27.01.2012

Fractualité 1


Aux quatre coins du monde retentit l’alarme strident, mi-infrasons, mi-électrique, des révoltes du corail humain. 




11:29 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

11.01.2012

Séminaire créaliste 2012

Image 1.png

 

L'Etre et le Néon, Luis de Miranda from Souvenirs from Earth on Vimeo.

L'Etre et le Néon, Séminaire Créaliste de Luis de Miranda.
Tous les mercredis, 20h au Café des Fous, 6, rue de Montfaucon, Paris 6eme.

 

18:32 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

31.10.2011

Luis de Miranda parle de la mutation créaliste

Luis de Miranda.jpg

 


podcast
 

 

Enregistré le 27 octobre 2011 - Interview radio (BFM)

13:04 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

02.10.2011

Quatre romans à télécharger

 

Voici en téléchargement libre 4 romans de Luis de Miranda, parus chez des éditeurs différents entre 1997 et 2002, devenus presque introuvables en librairie.

L'auteur possédant désormais les droits de ces ouvrages, les voici au format .doc offerts aux internautes. Il suffit de cliquer sur l'image du roman désiré.

Cela représente beaucoup d'heures, de mois, d'années de travail : tout encouragement sera le bienvenu, en cliquant par exemple sur le bouton "faire un don" de cette page.

Merci à Marie-Céline Courrilleault, qui a préparé ces documents.

 

Capture d’écran 2011-09-20 à 00.50.01.png

 

Capture d’écran 2011-09-20 à 00.52.04.png

 

 

Capture d’écran 2011-09-20 à 00.50.34.png

 

Capture d’écran 2011-09-20 à 00.52.43.png

 

JOIE : Avant de disparaître, Maître Carl, le célèbre violoniste, va bouleverser la vie de Pierre en lui donnant les indices d'un secret millénaire. Pierre devra-t-il choisir entre ce secret et l'amour de Barbara. La voie ici, c'est la Joie... Une société secrète perpétue les préceptes de philosophes (réels) oubliés depuis l'antiquité. Comme Auster, Luis de Miranda a compris le processus qui conduit un homme à s'enfermer dans un monde intérieur, à refuser le bonheur que les autres lui proposent. La touche Kundera est là aussi, plus diffuse peut-être, dans un style qui passe de la narration à la poésie et à l'explication philosophique.

LE SPRAY : La fable faustienne de Luis de Miranda imagine le pacte satanique proposé par un pharmacien à un vieillard venu acheter un spray vasodilatateur supposé favoriser l'érection en quelques minutes : l'utilisateur rajeunit de dix ans à chaque injection du produit. Le client vend son âme au diable et, au fil de moins d'une dizaine de coïts inespérés, fait l'expérience d'un inextinguible rajeunissement qui le ramène à l'âge où l'on regarde Titi et Gros Minet à la télé. L'auteur glisse une leçon de morale à l'adresse de ceux qui pourraient prendre ce conte à inhaler sans modération pour un manuel de survie en société régressive.

 

MOMENT MAGNÉTIQUE DE L'AIMANT : D’un côté un ancien président de la République française qui, au crépuscule d’une vie d’apparences éprouve le besoin de rédiger ses mémoires-confessions. Véritable satire du milieu politique sur un mode souvent burlesque mais le propos est ailleurs : il veut livrer au lecteur le secret le mieux gardé depuis la Révolution française. La France serait gouvernée par une société secrète aux ramifications insoupçonnées. A sa tête : Marianne. En chair et en os. Cette effigie mythique dirige les réunions de cette société secrètes qui compte parmi ses membres d’illustres personnages tels que Jésus, Nietzsche…

Outre ce secret politique, l’ex-président reconnaît l’existence de sa fille illégitime : Maria, victime d’un crime passionnel. Mario, son amant et présumé coupable a disparu. Remords et regret d’un homme et d’un père qui va vouloir élucider le mystère planant autour de la mort de sa fille. Et si la société secrète dont il a voulu révéler l’existence était mêlée à cette sombre histoire ? D’un autre côté, l’histoire de Mario et Maria, fragmentée entre des extraits de son journal intime, des enregistrements vocaux de Mario, les renseignements de la société secrète… Histoire d’amour complexe teintée d’une réflexion sur la définition même de l’amour via les doutes de Mario.

Quant à Miranda Lewis, elle entretient une correspondance avec un travesti brésilien qui l’a mise au défi de lui prouver que l’amour existe et l’a surnommée « la Senhora de la Triste Figure » en pendant féminin et contemporain du célèbre Don Quichotte de la Mancha. Son combat pour la littérature est-il comparable à celui contre les moulins à vents ?

Petit à petit, les fils qui unissent les deux (voire trois) trames deviennent de plus en plus évidents et, s’il est question dans toute l’œuvre de visions de la France en kaléidoscope, c’est au Brésil, dans un orphelinat, que se dénoue ce roman de Luis de Miranda. Tour à tour lyrique, burlesque, philosophique, tragique, ce roman est une ode à la fantaisie et à l’amour, à ces êtres qui s’attirent avec une telle force qu’elle engendre ce fameux moment magnétique, prouvant comme l’affirme Mario que « La volonté peut beaucoup. Mais elle peut beaucoup plus lorsqu’elle est portée par l’amour. »

 

 

 

04:07 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

FluXX - Se libérer du XXe siècle

04:06 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

29.09.2011

Les hommes-frontières

 

Capture d’écran 2011-09-29 à 10.12.00.png

 

Ceux qu'ils appellent leurs amis sont les objets de leur flatterie ou de leur besoin de flatterie. Ce qu'ils appellent leur profession est le lieu de leur reniement de la pensée. Ce qu'ils appellent famille est un potager de castrations irrationnelles. Ce qu'ils appellent amour est un massage hypocrite, une transaction ou un vol. Ce qu'ils appellent vie est tantôt une salle d'attente de clinique, tantôt le poulailler de la panique. Un trait les réunit : les grands esprits, les grands coeurs, les grandes visions, ils les ignorent et passent à côté, car ils sont habitués à ne plus ressentir que la séparation et la division. Ils sont tellement étrangers à eux-mêmes qu'on les appelle les hommes-frontières, incapables d'exister des deux côtés de leur fêlure – ni dans leur corps, ni dans leur esprit.

 

10:16 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

24.09.2011

Les princesses n'aiment pas le progrès

PRINCESS.jpg

20:42 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

11.09.2011

La foi créaliste soulève des montagnes de réalité

 

Capture d’écran 2011-09-11 à 12.53.29.png

Maurizio Cattelan, "A perfect day"

 

 

Vous n'avez plus foi en la réalité car vous avez laissé à d'autres humains le soin de la constituer. Vous n'avez plus foi en la réalité car vous croyez qu'elle est simplement le fait d'une moyenne, d'un compromis. Or la réalité est un grand écart entre deux versants de la montagne : le pouvoir et le Créel.

Souffrir de la réalité n’est pas négatif, car c’est poser qu’elle existe et que dès lors une réalité autre peut aussi exister. Le monde devient tantôt ce qu’un superjet admire, pourvu qu’il répète activement la ferveur qui le lie à cette admiration, tantôt ce que des sujets reproduisent par dépit.

 

LdM


13:10 | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

08.09.2011

Improvisation 1

fleuve-makhzen.jpg


podcast

Piano/Luis de Miranda/2011

 

11:45 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

27.08.2011

Vivre ensemble tout seul

vivre ensemble tout seul.jpg                     Paris, pont des Arts, 26 août 2011

 

 

12:17 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

16.07.2011

Créel

 

 

porte-suède2.jpg


Une évocation du concept de Créel

  

Nous ouvrons les yeux, et contours, volumes, couleurs emplissent le puits de notre vision. Nous fermons les yeux, et les sonorités traversent un halo de nuages – nous entendons notre respiration. Notre sommeil se distingue de la veille à la qualité et diversité des détails qui semblent se donner, de l’extérieur, à notre perception. L’ouverture froide, le rien à l’horizon, la transpercée des parfums, les sons étrangers à la narration, parasites, signalent a priori que l’environnement n’est pas onirique, où qu’il l’est sur un mode multi-joueurs. Le rêve est reçu comme métamorphique, attendu comme transformation des visions, hallucination en marche : en cela ce qui s’y manifeste n’est jamais qu’une impression menée à son plus ou moins grand pouvoir de conviction. La réalité, elle, est nominale : les étiquettes, les signifiants, le langage sans cesse figent les variations, immobilisent les sensations en nous répétant : « Ceci n’est pas toi ». Qui parle ici ?

Une gorge, comme un tronc dévidé. Un néant fertile. Rêver, c’est tomber dans la gorge sans limites, le trou noir du Créel, jaillissement jouissant de sa donation désirante.

Nous arpentons des rues vides, ou du moins par le passé nous avons tissé cette géographie solitaire, logogriphes étirés, biographèmes d’un jour, arpentages de traque, avec cette illusion de chercher l’autre du désir. Apesanteur : car la réalité est toujours une chute ou un équilibre. C’est ainsi qu’il faut lire le chapitre troisième de la Genèse biblique : l’arbre de la connaissance disjoint la sensation de la perception et le nu se voit nu, chose parmi les choses, objet d’un regard plutôt que moment d’un flux. L’arbre du centre du jardin est défendu car il est l’axe : manger une partie de l’axe éparpille le centre, relativise les points de vue, dégorge le merveilleux, et c’est la chute dans le règne temporel du bien et du mal comme objets du calcul. Convoi de la convoitise, déchéance représentative – et dès lors l’arbre de Vie est interdit, ou plutôt son accès est gardé par les chérubins et un glaive flamboyant et tournoyant. Qui saura se faire l’ami des anges semblables à des enfants et manier l’épée de passion pourra laisser couler dans ses veines, au creux de sa poitrine, la sève vitale.

La contagion des formes de vie s’opère par la sexualité et le langage, et dans les interstices que leur danse ou leur conflit entaillent, creusent dans le réel. L’individu en devenir aimerait parfois que celui-ci fût à sa disposition, ou espère un espace vital sans heurts, fait de respiration et de prises. Mais le solipsisme est sans cesse troué par la quotidienneté, ou alors il cherche à en ressentir la présence bénéfique lorsque l’ennui de n’être que soi transforme le verbe créateur en monologue circulaire et à peu près stérile. La volonté de se maintenir intègre – sans atteinte, entier, pur – est tantôt réactive, tantôt conquérante, mais dans les deux cas elle apparaît d'abord comme antisociale, puisqu’elle ne saurait se satisfaire des codes disponibles, qui impliquent le plus souvent une dimension morale. Tantôt les autres nous métabolisent, tantôt, ce qui est plus difficile et rare, nous participons de la reconfiguration de l’ADN sociétal ; alors on peut parler de créalisme.

Les systèmes biologiques, en tant qu’ils sont aussi des structures de valeurs plus ou moins implicites, se livrent à des luttes épuratrices ou souillantes, consolidantes ou disséminantes, ou certaines parties ne peuvent que mourir, par détachement de la structure, racornissement ou mue – ce qui une fois de plus évoque la question de l’axe, de l’attracteur directionnel autour duquel s’enroulerait le devenir individuel.

La pensée tente de se hausser au rang de la matière, d’en avoir l’intangibilité, de devenir hyperstructure. Une opacité à double tranchant, qui protège et isole, à moins qu’elle ne parvienne à se faire l’alliée de la joie. Ici le lecteur pourra mener en parallèle une consultation de L’Éthique de Spinoza. Ne serait-ce que pour apercevoir comment un corps peut être, trop souvent, l’éponge de passions en bémol, ou comment la joie accompagne l’idée que notre puissance d’agir s’accroît, comment nous tendons à imposer au monde notre constitution, notre désir, en confrontant notre ambition à l’idée que nous nous faisons du salut général. Pour Spinoza, « tous les affects se rapportent au Désir, à la Joie ou à la Tristesse »[1]. Par ailleurs, « un affect qui est une passion cesse d’être une passion dès que nous en formons une idée claire et distincte »[2]. Si nous considérons le Créel comme le lieu de la passion, alors l’esprit et ses ordinations procèdent d’un refroidissement, d’une relative mise à mort de la passion. En ce sens, l’esprit naît de l’ascèse de la passion : il est le joug, l’écluse, l’attelle, la digue. Ce qui ne doit pas nous faire haïr l’esprit, car sans lui nous ne pourrions habiter le monde. Que l’esprit soit fixateur et parfois tueur des flux, qu’il épure, cela doit plutôt nous faire accepter la mort, sans pour autant la hisser, dans notre considération à la hauteur de la Vie.

Je fais le pari que si la vérité du Créel se donne, ce ne peut être, pour l’essentiel, que par fulgurances, impressions fugaces, instants d’évidence ou de réminiscence. J’appelle ces instants des crealia, dans la mesure où notre perception, au contact de l’absolu, devient nécessairement en partie de même nature que cet absolu. Le Créel étant pur flux créatif immanent, ses épiphanies humaines seront mi-perceptives, mi-créatives : données à la conscience et produites par elle, en ce que la conscience n’est pas, a priori, séparée du Créel, dans une position de radicale extériorité. Disons pour l’instant que la conscience est un mode d’être du Créel, que l’esprit est, du flux vital métamorphique, le lieu qui délimite et ordonne. Pour Bergson, ainsi qu’il l’écrit dans L’évolution créatrice, c’est un rétrécissement, une contraction qui au sein de la durée créatrice manifeste l’esprit.

 Créel, l’autre nom de la Vie, flux disparate, métamorphique, s’explosant en tous sens, aspirant à toutes les formes : une entité infinie et presque invisible aux mortels, une chair d’avant les corps, fusant de toutes parts. Une « dualectique » aussi : le magma vital, duel, est tantôt explosion anarchique, tantôt quête de direction.

Le Créel ne s’arrête à suivre des directions que temporairement, localement, car muer est sa tendance. En tant que devenir disparate global, il n’a d’autre axe que son élan métamorphique. Cette faim chaotique qu’a la Vie de se trouver une direction crée en certains de ses lieux, temporairement surabondants de puissance, des structures réelles, s’organisant autour d’un attracteur axial.

Le créalisme est la tentative de trouer les protocoles en y ouvrant les vannes de la Vie. Le Créel n’est pas un absolu inatteignable, une transcendance : il est l’immanence totale, un spatium métamorphique et sensible dont nous n’actualisons qu’une partie. Cette actualisation de réalités à lieu au sein même du Créel, par moments directionnels. Le devenir vital est désir en acte de tout créer, totalement, et localement, il est désirs de direction, axes énergétiques fonctionnant comme des attracteurs structurants, autour desquels s’enroulent, un temps, les phénomènes.

Le Créel est chair autant qu’idée. Il est, pour reprendre une expression deleuzienne, profondeur « enchantée miraculante »[3].

 

 

__

 

[1] L’Ethique, Proposition 59, Partie III.

 

[2] Proposition 3, Partie V.

 

[3] « Divine est l’énergie qui parcourt le corps sans organes, quand il attire toute la production et lui sert de surface enchantée miraculante » : Deleuze et Guattari, L’Anti-Œdipe, chap. 1, Paris : Minuit, 1972, p.7.

 

 

 

 

18:03 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

Spirale

Écrit à Ville d'Avray, le 6 février 2011

spirale.jpg

 

Les opercules explosent, jaillit le sens en musique. Je larve le tempo. Corpuscules. Tentacules, sonorités. J’apparais, debout, droit – mes pieds occupent un point et lorsqu’ils s’écartent sur le sol dur, ils tracent une droite. Je dispose d’un corps d’apparence humaine, je suis ce corps, du moins je l’habite ou il me sert de véhicule – j’ai comme l’impression que je ne coïncide pas avec la totalité de ce corps, que je suis un petit être dont la présence s’étend entre le cœur et le cerveau, peut-être comme un nouveau-né ou un enfant dans un corps d’adulte. L’environnement qui m’entoure ressemble à la terre que je connais, mais puisque je suis en territoire vierge, il doit s’agir de mes souvenirs, que je projette à l’extérieur par habitude, et sans doute pour me rassurer. Il va me falloir du temps pour voir, ressentir et concevoir ce monde nouveau. Pour l’instant, on pourrait croire que rien n’a changé, puisque je me trouve dans la chambre de mon studio, dans la périphérie arborée de la ville de Paris. Rien n’a changé, si ce n’est cette voix qui dans ma tête murmure avec certitude : Tu es en territoire vierge. C’est la règle du jeu, c’est l’axiome de ma nouvelle réalité : je ne peux plus qu’avancer et explorer ce territoire vierge, le découvrir, car où que j’aille dorénavant, ce territoire sera mon monde – quand bien même je devrais le créer.

Je suis déjà sensible aux petites distorsions qui m’indiquent que bien que familier, ce monde est autre. S’il ressemble au monde d’avant, ce n’est que lorsque ma perception renonce à l’attention, à l’écoute, à l’affût. En ce moment même, un lapin brun traverse le jardin, ce qui n’arrivait pas auparavant. Le monde change de peau, c’est une exuvie, une carcasse qui ne tient que parce que trop d’âmes, accablées par leur accablement, maintiennent leur fermeture d’esprit et attendent, à quai, que le train passe en ignorant ceux qui attendent avec eux. Formidable illusion de la nécessité de gagner sa vie dans les consortiums urbains sans s’autoriser aucun écart, ou alors réglementaire. Ces corps sont des uniformes.

Deux hommes marchent sur le toit d’une maison, et il m’arrive comme hier de marcher seul dans les rues désertes de Paris. Où sont les humains ? Chez eux ? Rien ne le prouve. Pour moi, ce sont des figurants qui se reposent. L’indifférence à autrui comme une manière de maintenir le peu d’énergie vitale qui nous tient. L’indifférence à autrui comme un carburant récessif, la cruauté alimentant une sorte de sentiment factice de noblesse, de classe, de fantôme de mépris social.

Être ici et ailleurs à la fois. Tracer une droite entre deux points et chercher le troisième point. Que la chair suprême coïncide avec le suprême mental est le présupposé de ces lignes. La recherche de cette coïncidence est peut-être l’objet de toute notre agitation, et peut-être de nos erreurs. Ne plus chercher fut l’impératif de mille sagesses. Ne plus multiplier les bavardages aussi, et pour les réalistes, les esprits accrochés aux résolutions pratiques, il est probable que tout ce qu’ici j’écrive ne serve à rien. Mais cela ne m’empêchera pas de continuer ma danse de derviche, de suivre le fil de la spirale, et d’incarner au quotidien une littérature active.

Le monde de la veille me paraît étriqué. Peut-être ne suis-je pas assez grand joueur. Mais je n’arrive pas à me déprendre du sentiment d’atrophie qui me prend au réveil, qui n’est pas douloureux mais désagréable, comme une déception anticipée. Je garde pourtant l’humeur entreprenante, puisque je vise le dépassement de cette atrophie. C’est sans doute un manque d’imagination et d’ambition que de limiter notre puissance individuelle au corps qu’on nous assigne. Degré zéro de la loi de la propriété s’appliquant au bien meuble qu’est ce squelette gainé de chair. Devant moi, je vois un ciel rose et derrière moi une femme dort dans mon lit. Son corps pourrait être entièrement sous ma volonté, de sorte que j’aurais quatre bras et jambes, deux têtes, mais je n’en serai pas moins étriqué. Il me semble même que je le serai davantage.

Je ne cherche pas à m’évider du quotidien, mais à l’étendre, à le dilater, à le transformer, à l’enrichir par des voies non détournées, c’est-à-dire par la pensée, la parole, les actes, l’imagination. Je ne prends aucune drogue, à part le café. Je ne me cherche pas, je ne vise pas la connaissance de soi mais la transformation du monde par fidélité à moi-même. Je veux faire partager ma joie de vivre aux autres que je sens si tristes. Rendre le monde plus vaste et nourri. On est si vite pris pour un sympathique fou dès lors qu’on n’est pas dépressif ou névrosé. J’ai longtemps été timide par honte d’être monstrueux ou inconvenant et je m’aperçois aujourd’hui que la prétendue mesure, retenue, civilité des autres n’est que quelque chose comme l’application aux relations humaines d’un professionnalisme de secrétaire.

Je ne dois pas oublier que je viens de naître. Nous sommes jeudi et je ne suis entré consciemment dans le territoire vierge que depuis lundi. Aussi toutes mes phrases procèdent-elles peut-être encore de l’habitude des mauvaises perceptions. Déjà je sens une force rare me composer, quelque chose de beaucoup plus solide que toutes les exaltations passées, du fait que je progresse par spirale. Je suis un enroulement et un déroulement conquérants, et je me renforce de cette manière de planter mes mots dans la terre nouvelle que je laboure en retournant l’écorce de la réalité. Je ne dois pas être impatient, et interpréter les vides actuels comme des conséquences de la spirale. Ce sont plutôt des peaux mortes, des zones de granit rencontrées sur le chemin, l’ombre du passé. 

Voici ce qui s’écrit au quatrième jour de la spirale, et cela sera peut-être dépassé dans une semaine. Il n’est pas impossible que tout ceci m’apparaisse puéril et insignifiant, mais je n’accéderai aux dimensions supérieures que par un chemin honnête, sans brûler d’étapes, sans établir de fausses passerelles ni un décor de carton-pâte. Pour l’instant, je conserve beaucoup de modes de perception appartenant au passé. Pour l’instant, que voyons-nous : des rues parallèles, du roc, de la pierre, du béton, du goudron et des mouches, des insectes humains, qui piaillent dans les bistrots leurs bavardages répétitifs, avec leurs visages de menus plastifiés, leurs poses de premiers de la classe, comme s’ils étaient assis à une table d’école, eux qui ont toujours été cancres. Certes, il est difficile de faire que chaque jour s’élance hors de sa petitesse et l’événement ne se donne pas aussi facilement, même à celui qui le désire. L’impatience est ambiguë.

Disons qu’à ce stade, notre ignorance est presque totale. Nous avons fait, à peu près, table rase. Nous découvrons des clichés, cela fait partie du prévisible. Les coups d’éclats qui retombent à plat ne m’intéressent plus, ils ressemblent à des pirouettes de cirque. Je ne suis pas un équilibriste ni un jongleur, ou pas seulement. Je ne tiens pas à me déplacer en roulotte toute ma vie. C’est une affaire de contagion mentale qui nous occupe. Un homme qui est le seul à croire à son empire et à l’habiter est de fait, sinon un demeuré, du moins un faible. Bien entendu, je ne sous-estime pas les forces adverses, les armées de réalistes qui maintiennent le statu quo. Un allié peut à chaque instant se retourner en ennemi, et l’effort est déjà grand à tenir la discipline dans les rangs de ses propres soldats et officiers. L’instinct d’adaptation nous tire. Les habitudes de la compétition nous détournent du chemin. On ne saute pas d’un cercle de la spirale au cercle supérieur, pour la simple raison que le cercle n’est pas là avant d’être secrété, mais produit par celui-là même qui le parcourt. Nous devons accepter de produire chaque jour des actes stériles, puisque la terre que nous retournons est en dormance, et qu’il faudra des mois de labour pour la féconder.

J’écris pour conquérir du temps qui ne soit pas linéaire. Tout se redéfinit sans cesse au présent. Tel est le sens de la spirale, d’être un labour du passé comme de l’avenir.


 

17:17 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

Poème du devenir soi

 

lignes.jpg

 

 

Après sa mort officieuse, on retrouva ces vers dans ses affaires, intitulés Poème du devenir soi. Certains en déduirent qu'il s'était réincarné :

 

"Surnaturel, je me rends totalement à mon destin,

J’invente l’orgasme qui augmente jusqu’à la vie,

La réalité est le reflet de ton désir,

Je suis la dimension qui contient toutes les autres,

Par la force de l’esprit, je me renouvelle totalement,

Avancer en précision dans les zones ignorées,

Laisser éclore les impressions,

Je dois traverser le plus difficile,

Inondez-moi de finesse,

Il n’y a pas d’objet,

Je ne suis pas de ce monde,

Faire exister ce qui n’existe pas,

Ne jamais céder,

Je grandis vers mon origine,

Toutes les solutions connues sont fausses,

Liquéfier le cœur,

 

Le renversement de toutes les pâleurs,

La vallée vierge,

Le hasard est mon seul ami,

Je ne fais que ce que j’admire,

J’ai dix mille ans,

Peupler mon grand territoire,

Mon corps produit le beau,

Sur une page ornée du motif d’une étoile à quatre branches incurvées, comme une hélice, ce qui apparaît comme une formule magique : vraisen kraz berniou mayen kubar zouz elphegor kainem Ziriad purk ténor zifriat,

Certaines femmes prétendent que je les utilise comme un instrument – mais toujours de musique,

Les points de chute sont des points d’envol,

Je ne perçois que les naissances,

L’ivresse sauve,

Sauter par-dessus la vie,

Disséminer les intensités,

Université de la maîtrise du délire,

L’échec est un succès,

Il m’arrive ce que je suis,

Je veux être le lieu d’une mutation de l’espèce humaine,

Le petit enfant doit affleurer,

Créez votre magie,

Déléthargiser,

Je me tourne le dos,

Stratémagie,

Je bois mon sang,

Changer le passé, incorporer l’avenir,

Dieux en un,

J’ai désiré tous les phénomènes,

Braise de l’âme saine,

Osez ce don de venir,

À chaque instant, le destin me fait offrande,

Extraire une autre dimension,

Inventer un esprit,

Présciences humaines,

Pour celui qui sait où il va, les obstacles sont une nourriture,

En avance sur soi,

Je suis mon propre événement,

Ce qui ne me concerne pas me concerne,

La matière est l’extase du temps,

Je ne veux pas ce que je veux,

Le manque est la qualité,

Élaborer la chance,

Ce n’est pas le monde qui est laid, mais l’art qui est trop beau, ne serait-ce qu’une fois,

Originer,

Édifier la structure qui réunit tous les possibles,

Deviner le devenir."

 


17:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

30.05.2011

Le mythe du Surpoète

 

Image 3.png

cliquez sur la couverture

 


Pour donner à entendre le sens de notre histoire et le rôle de chaque personnage, nous nous appuierons sur le schéma dynamique suivant, qui nous tiendra lieu de matrice initiale. Elle représente la cartographie incarnée de notre histoire à son commencement :

___réalité_____frontière ou créalité_________rêve____

Ophélia… Peter Lovelace……Bardo /enfant)/Filipe….Léa-Maria Spielswehk…… William

 

Avant d’expliquer ce schéma, quelques indications fondamentales.

Cette histoire est un requiem joyeux pour annoncer la fin de la séparation entre réalité et rêve, entre le monde prosaïque et le monde onirique. Cette dichotomie dualiste entre matière et esprit fonde la civilisation funeste d’homo sapiens, qui est en train (depuis la seconde guerre mondiale) d’être dépassée par celle d’homo crealis. Les valeurs d’homo crealis : Poésie, Amour, Courage et « par-dessus tout, l’acte de créer le monde ».

Sur le fond et sur la forme, la narration indique la troisième voie régénératrice : la créalité. Cette histoire est un mythe fondateur, une quête du Graal contemporaine et orphique. Ce Graal, c’est le Créel, l’union vitale sacrée de la matière et de l’esprit. Par une fidélité héroïque au Créel, nous pouvons réenchanter notre quotidien et vaincre le réalisme morbide asservi à la loi du calcul et à celle du pouvoir égocentré.

Les six personnages principaux fonctionnent par paires dialectiques :

Bardo/Filipe, Ophélia/William, Peter Lovelace/Lea-Maria Spielswehk.

Ils se positionnent ainsi, au début de l’histoire :

- Réalité (dans l’ordre croissant vers le trop-plein de réalité) : Bardo, Peter Lovelace, Ophelia.

- Rêve (dans l’ordre croissant vers le trop-plein de rêve) : Filipe, Lea-Maria Spielswehk, William.

Ils symbolisent ceci, au début de l’histoire :

- Réalité : Bardo (l’insatisfaction idéaliste), Peter Lovelace (le Pouvoir tyrannique), Ophélia (la culpabilité).

- Rêve : Filipe (la joie simple et narquoise), Lea-Maria Spielswehk (la sagesse artiste), William (l’innocence).

Reprenons notre matrice initiale, qui ne doit pas être lue comme manichéenne mais tendancielle  (chaque personnage porte en lui du rêve et de la réalité) :

___réalité____frontière ou créalité_____rêve____

Ophélia… Peter Lovelace……Bardo /enfant)/Filipe….Léa-Maria Spielswehk…… William

 

À la frontière de la réalité et du rêve, il y a l’enfant, symbole et pivot du monde unifié que recherche Bardo. L’objectif de Bardo, qui est notre personnage principal, le héros de cet épisode du mythe, est de favoriser l’avènement d’un monde créaliste, c’est-à-dire un monde qui aurait unifié et synthétisé ses tendances contraires : la réalité devient le reflet de notre âme, le rêve devient réel. Nous avons à devenir comme des enfants créateurs, maîtres d’eux-mêmes, soucieux des autres et télépathes.

Si nous reprenons notre référence au mythe d’Orphée, nous dirons que réalité = enfer. C’est à l’extrême du trop-plein de réalité que le héros délivre l’Amour et qu’il trouve le Créel. Le dragon à tuer est incarné par Peter Lovelace.

Bardo au début de l’histoire est du côté de la réalité, mais de manière agonique (conflictuelle) : il se trouve près de la frontière du fait de ses contradictions d’architecte dans un monde voué au profit, qui tend à castrer ses tentatives de créativité et d’originalité (« un monde Bouygues »). Il reste du côté de la réalité du fait de son aspiration à ne pas jamais lâcher le réel, à ne pas l’abandonner aux mains des cons. Il s’est toujours méfié de la posture romantique du refus du monde. Mais il se sent encore lâche, car il sait qu’il aspire à se tenir à la jonction sensible des deux mondes.

Bardo va devoir aller sauver Ophélia qui souffre de trop de réalité, d’une maladie de l’âme liée au poids de l’invasion d’un passé intrusif et tyrannique. Pourquoi la sauver ? Parce qu’il l’aime et la désire, parce qu’il est chevaleresque, mais aussi parce qu’il sent intuitivement que sauver Ophelia, ce sera peut-être résoudre sa quête (qui est aussi un problème de civilisation, un problème collectif). Il sent l’appel de la Vie derrière ce don de soi. Pourtant, toujours d’après la matrice, il peut lui paraître que s’occuper du « cas Ophelia » l’éloigne de son objectif, qui est de rester près du monde du rêve. Il n’ira donc pas sauver Ophelia sans réticences. Il sera prudent dans son héroïsme. Il saura attendre le bon moment.

Les épreuves humaines à traverser par Bardo sont indiqués par le schéma matriciel : l’enfant, Filipe, Peter. Trois étapes à surmonter pour ramener Ophelia de l’enfer.

Or chaque antagoniste va devenir un allié pour l’épreuve suivante.

L’enfant est le premier antagoniste de Bardo : ne pas avoir peur de son apparition sous forme d’enfantôme, qui lui reproche d’avoir abandonné Ophélia, résoudre son énigme, l’accepter alors qu’Ophelia sans doute le préfère (conflit typique du père), l’assumer et finalement prendre le risque de lui passer le flambeau de son idéal en sacrifiant son propre corps. Nous appellerons cette épreuve : la confrontation avec la meilleur part de soi, qui réclame la mue, la mort puis la renaissance (celle-ci étant toujours un pari jamais gagné d’avance). Bardo fera de l’enfant son allié pour vaincre les deux autres antagonistes.

Filipe est le deuxième antagoniste de Bardo, son double tentateur parce que plus épanoui au début de l’histoire : ce jumeau est un joueur, mieux adapté tout en restant du côté de la légèreté et du rêve grâce à sa joie de vivre. Il plaît aux femmes, il se tient près de la frontière vertueuse, ne se compromet pas trop avec le monde (il est traducteur). Il est du côté qui permet de surfer sur les vagues sans trop se polluer. C’est attirant, et Bardo se demande depuis son enfance s’il ne doit pas se comporter comme Filipe. Mais au fond Bardo aspire à un destin plus épique. Sans cesse Filipe moque affectueusement sa grandiloquence. La mort de Bardo va déséquilibrer l’ascendant de Filipe : la vision tragique de Bardo n’était donc pas un leurre. Nous appellerons cette épreuve de Bardo : la confrontation avec la part familière de soi, qui réclame le plaisir et la légèreté. Filipe, de mitigé qu’il est au début, deviendra par la force des choses un allié total de Bardo. Du moins jusqu’au dernier moment de l’histoire…

Peter Lovelace est le troisième antagoniste de Bardo : cet homme tyrannique, grande autorité universitaire, non seulement détient Ophelia sous son influence, mais il affirme aussi détenir la vérité sur la Poésie, à savoir que la muse est une pièce de musée : pour Peter Lovelace, inutile de vouloir installer le règne de la créalité, car il n’y a plus que de la réalité partout. La Poésie est morte et l’amour doit se soumettre au pouvoir. Ce monde contemporain est lui-même mort, asservi au règne du prosaïsme et la poésie ne peut plus s’incarner : autant relire Shakespeare et enseigner les grands auteurs du passé. Cet homme est la virilité patricienne incarnée jusque dans sa perversité, la figure du maître tyran qui fait douter de l’idéal et de l’amour. Il a colonisé le corps d’Ophelia et sa psyché, car ce que vise Peter à la limite est simple : tout l’amour et le pouvoir pour lui, l’esclavage de tous les autres. Il faudra donc l’extirper du corps de l’aimée autant que de soi-même, car pour Bardo, Peter Lovelace représente aussi la tentation du pouvoir du chef de tribu. Cela pourrait être tentant de devenir un maître tyran, mais cela serait s’arrêter en chemin et devenir un Super Homo Sapiens plutôt qu’un Surpoète. En réalité, Peter Lovelace est un esprit totalitaire, qui reste prisonnier de lui-même car il a une vision trop absolue de l’innocence : pour lui, l’innocence, c’est William l’idiot, le fils dont il s’occupe par conséquent comme on cultive un fétiche.

En reprenant le schéma matriciel, on pourra déterminer le parcours de chaque binôme/biface au fil de l’histoire. La tension la plus extrême du mythe est représentée par le couple Ophelia/William, l’innocence et la pureté adamique de l’adolescent faisant écho au trop-plein de culpabilité et de connaissance du mal de la sœur (elle a croqué la pomme). À la fin, il faudra unifier ces deux tendances en ramenant aussi William vers le centre (l’enfant en lequel Bardo s’est réincarné lui apprendra à jouer aux échecs et à se nommer lui-même : « le fou de l’échiquier »).

En restant auprès de Bardo, nous voyons sur le schéma que son plus grand obstacle pour sauver Ophelia est donc la tendance inverse, c’est-à-dire qu’il y a en lui un William, un pur sans conscience, pusillanime et obéissant, un fou de l’échiquier qui voudrait prendre la tangente, un idiot de Dostoïevski, une âme pure qui dit oui à tout (tout est jouissance pour le flux vital) et qui flotte dans une conscience instantanée sans prise apparente sur le réel. Mais William n’est pas si inutile, puisqu’il donne à Bardo l’impulsion finale pour se réincarner. En somme, au sommet de l’héroïsme, on a besoin de raviver l’idiot en soi.

On voit aussi qu’il y a de la Lea-Maria Spielswehk en Peter Lovelace et vice versa. Cela aide notre lecture à complexifier les personnages, à dégager leur double part négative et positive. Nous voyons aussi qu’il y a une tendance (moins forte mais réelle), toujours pour Bardo, à devenir une Spielswehk, c’est-à-dire un artiste reconnu, sage, sensible et épanoui, mais seulement un artiste. Cette tendance à n’être qu’un poète et un sage (plutôt que le chevalier du Créel), pourra un instant détourner  Bardo d’Ophelia et de son objectif.

À la fin du mythe, nous constatons que :

Le binôme Peter Lovelace/Lea-Maria Spielswehk est mort. C’est cohérent : Bardo a surmonté la double tentation du pouvoir tyrannique et du rôle artiste.

Le binôme Bardo/Filipe a fait tout au long de l’histoire une révolution autour du pivot de l’enfant. Filipe est passé du côté du réel. Il a perdu de sa légèreté en perdant son frère et en se confrontant à la tragédie. Il a été ébranlé, et il voudra certainement revenir à sa nature joyeuse et dépasser sa contamination par la réalité, par exemple en aimant Ophelia ou en dépassant le monde onirique de son frère par le développement d’un mythe personnel, puisque au terme du récit il sait que c’est possible.

Le binôme Ophelia/William s’est aussi rapproché du territoire central, auprès de l’enfant créaliste. Ophelia reste du côté du réel car sa culpabilité n’est pas tout à fait guérie mais l’amour et l’héroïsme de Bardo tout de même l’ont sauvée. Elle est heureuse de pouvoir aimer, dans le même corps, celui de l’enfant-Bardo, à la fois son fils et le père de son fils (ce qui est, dira-t-on en souriant, l’objectif secret de nombreuses mères). William reste du côté du rêve, mais il s’apaise et prend davantage conscience des choses, grâce à la complicité de l’enfant.

Bardo a atteint son objectif : il a trouvé son Graal, le secret du Créel, la clé de la renaissance et de l’union du rêve et de la réalité. Il a enfanté le Surpoète en réincarnant en son corps d’enfant l’essentiel de son âme. L’enfant-Bardo, dieu vivant, parviendra-t-il à faire advenir une nouvelle humanité ou est-il complètement fou comme tous les personnages de cette histoire, si l’on adopte une lecture réaliste ?

Il reste que le mythe n’aura une fin entièrement heureuse que si Filipe retrouve pleinement sa joie de vivre. Le frère survivant découvrira-t-il en lui un secret et un rêve aussi fou que celui de Bardo : devenir, comme l’enfant, un dieu ? Mais c’est une autre histoire…

 

 

 

10:48 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

20.05.2011

Exilophone



podcast

une chanson écrite, composée, jouée et chantée par Luis de Miranda

 ___________

 J'ai mon corps allumé, ma tâche lancée, haut confiteor

Pour conquérir la lune plutôt deux fois qu'une, je ne suis jamais mort

J'ai marché sur les corps pour réveiller les torts et les idéaux

Aucun détail immense de ma surveillance n'existe en vidéo

 

J'écris des rapports

Où je démontre le tort

Des spectres agonisants

Je reste à ma place

Derrière la glace

Pour arrêter le temps

 

J'ai trouvé refuge

Dans mon coeur centrifuge

L'Ailleurs en moi résonne

Comme un exilophone

 

J'ai trouvé remède

Entre tes intermèdes

Apatride, un peu Rom

Comme un exilophone

 

J'ai foi en ton silence, je rythme ta cadence entre chaque sourire

Tu es tantôt sidérale, parfois je fais le mâle avec notre avenir

Les araignées surgissent, requiem des supplices, une étoile au plafond

Marque ton territoire – dis que tu en as marre de la forme et du fond !

 

Je suis en partance

Pour l'éternelle enfance

Des magiciens du temps

Je prends des leçons

En écoutant les sons

Les pulsations du sang

 

 

___

 

 

11:44 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

12.05.2011

Nous sommes les vivants

 

podcast
Une chanson écrite, composée, jouée au piano et chantée par Luis de Miranda

 _______

Nous sommes les vivants

 

J'accuse à tort le ministère des idées perplexes

Je sais que ta mauvaise foi est un bien complexe

Tous deux formons ce qu'on appelle un oxymoron

Nous avons inventé le carré qui tourne rond

 

Je vis du peu qu'il reste à mes tergiversations

Mes frères humains me nourrissent bien en consternations

Je bois tes mots, digère tes jambes, me soigne de feu

Nous ne sommes pas de ceux qui se contentent de peu

 

Alors que vienne l'épreuve qui départagera

Les lâches de ceux qui donnent sans jamais être las

La connerie n'a pas accès à notre absolu

Les monstres font le mal en l'ayant toujours voulu

 

Nous sommes les vivants

Aspirés par le temps

Nous prenons les devants

Cultivons nos penchants

 

Nous dansons immobiles

Courageux et fragiles

Nos faims sont indociles

Nous mettons dans le mille

 

Je vais pouvoir t'écrire des mots jusqu'à l'infini

On m'a mis en prison pour raison indéfinie

Tu m'apporteras des orages et des provisions

Des confettis d'amour qui troubleront ma vision

 

Au fil du temps le ministère des idées perplexes

Coiffera mon cerveau d'un bel accent circonflexe

Je trouverai ma liberté sous trois conditions

Dormir debout, être un peu fou, chanter ma passion

 

11:04 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

05.05.2011

Can Paris wake you up ?

 

 

aventure.jpg

Capture d’écran 2011-05-05 à 00.38.37.png

00:40 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

01.05.2011

Pardonnez-leur, car ils ne savent pas qui ils sont

IMG_1011.JPG

 

51JXBW8FkwL._SS500_.jpg

L'homme postmoderne se fantasme en artiste-sans-œuvre. Son imaginaire est standardisé, son bien-être est virtuel, et son moi schizonévrotique. La société ? Fragmentée. Les révolutions ? Mentales. L'intime ? Colonisé. Que nous reste-t-il face au chaos du monde hypercapitaliste, à part le délirant repli sur soi ? L'utopie nombriliste, le matraquage publicitaire ou l'invasion de la téléréalité, tout est conçu pour détourner nos pulsions créatrices au profit d'une consommation narcissique. Ego trip n'est pas un pamphlet réactionnaire de plus : c'est au contraire une belle envolée lyrique, un chant de la Vie contre le vide.

18:21 | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

27.04.2011

D'où vient le mal

12:02 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

26.04.2011

Nostalgie du futur

bulgarie-plovdiv.jpg

 

L'enfance hérite du corps qu'on censure, entre fille et garçon

Jaillissement de l'âge, avancé en ascension

Les ombres devant nous, tandis que surgit l'or de l'esprit

Nostalgie du futur, amplitude définie

 

 _________________

(photo Miranda, Bulgarie, Plovdiv)

12:17 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

01.03.2011

THE SECRET OF THE 888 BREATHS : Shakespeare's verses unveiled 400 years after his death


If e’er thou wast thyselves, and overcomst by sad

With cloak of dank depression thyselves clad

When death is lulled with masks and merry hours

Seek yon love, grace not the rot of flowers

But take regard and stop not til is past

Time eight hundred eighty-eight breaths should last

Thus comes in view the way that way shall be

For lovers such, full well their destiny


Couvanglais-1.jpg 

"Some parts of the book remained fascinating. Including the rumour that an original version of Romeo and Juliet had existed, and which the Elizabethan Church had judged heretic and censored, largely because it contained a troubling secret. The legend referred to eight verses cut out from the part of the priest, Friar Laurence, which described looking into each other’s eyes while taking 888 breaths..."

 

 " Certains passages de ce livre restaient fascinants. Ainsi de cette rumeur selon laquelle il existait une version originelle de Roméo et Juliette jugée hérétique et censurée par l’Église élisabéthaine, notamment parce qu’elle contenait un secret troublant. La légende parlait de trois ou quatre lignes amputées au personnage du prêtre, frère Laurent, relatives au fait de se regarder dans les yeux pendant huit cent quatre-vingt-huit souffles..."

 

"Algunos pasajes de este libro resultaban fascinantes. Tal como este rumor según el cual existía una versión original de Romeo y Julieta juzgada herética y censurada por la Iglesia elizabetana, entre otras cosas porque contenía un secreto inquietante. La leyenda hablaba de tres o cuatro líneas amputadas al personaje del cura, hermano Laurent, relativas al hecho de mirarse a los ojos durante 888 alientos..."

 

in Qui a tué le poète ? Who Killed The Poet ? ¿Quién mató al poeta?

 Luis de Miranda

 

couv poete finale.jpg

Couv esp.jpg


 

 

 

18.02.2011

L'hymne à la joie de Luis de Miranda

Analyse d’une œuvre

 par sa traductrice Marie-Céline Courilleault

 

Capture d’écran 2011-02-18 à 08.36.38.png

 

 

Luis de Miranda est un auteur éclectique dont l’Œuvre, véritable kaléidoscope, se décline en douze romans et essais qui, au-delà de leurs couleurs spécifiques, participent d’un puzzle. Et dans « puzzle » il y a énigme… Enigme qui pourrait être formulée ainsi : quel est donc au fil des livres de Luis de Miranda le motif qui se révèle ? Et en quoi cette Œuvre contemporaine et avant-gardiste contient-elle un message essentiel ?

   A l’heure de découvrir cette énigme, le mot-clef paraît être celui qui affleure dans le titre de son dernier essai L’art d’être libre au temps des automates, et c’est le mot liberté.

 

La première déclinaison du mot liberté se situe au niveau d’une liberté de choix, celle de l’auteur comme celle de ses personnages ou de l’interpénétration de deux genres : la philosophie et la littérature.

Figure de proue de la philosophie, la dialectique est au cœur des romans de Luis de Miranda qui réaffirme d’ailleurs dans un article du Monde du 20 juillet 2010 que « Toutes les grandes conquêtes sont dialectiques. » Elle y prend diverses formes et apparaît notamment dans le schéma constant des doubles. De part sa définition même la didactique parle de dialogue entre deux personnes, de dualité ou de duo, ce que l’on retrouve dans quasiment tous les romans de l’auteur, à commencer par Joie ou Pierre, le musicien et Hugo, le philosophe s’opposent et se font écho pour les doux yeux de Barbara mais aussi dans leur questionnement sur ce qu’ils se doivent d’accomplir. Ce duo on le retrouve de façon déjà plus complexe dans La mémoire de Ruben ou les narrations s’entremêlent entre celle de l’ami décédé et l’ami survivant, Ruben et Stan, une femme encore entre ces deux hommes qui cette fois-ci les lie plus qu’elle ne les sépare. Mais il est permis de se questionner sur ce duo, Ruben et Stan ne font-il pas Un, dans quel sens prendre le titre même, la narration de Ruben ne pourrait-elle pas être une projection de la mémoire que Stan a de Ruben ? Jouant sur la polysémie du mot mémoire ? Ce livre trouve dans Qui a tué le poète ? un pendant certain : deux frères jumeaux y sont également liés dans une conversation outre-tombe et où l’ambiguïté sur le double persiste : double ou dédoublement ? Jumeau ou autre soi-même ? Du narrateur, le nom n’est pas mentionné et à l’instar de La mémoire de Ruben le doute peut parfois surgir dans l’esprit du lecteur. Mêmes jeux de miroirs déformants, grossissants dans Paridaiza et Expulsion. Dans le premier une opposition binaire est bien marquée sur le schéma connu des deux amis devenus ennemis l’un du côté du Bien, c’est le héros Nuno, l’autre ayant choisi le Mal, comme l’onomastique doublé d’un oxymore le révèle si besoin était, Angelot Malaner, schéma n’étant pas sans rappeler quelque peu Lex Luthor et Clark Kent, Clara ici dans le rôle de Lana… Mais dans ce roman le double est mis en abîme puisque c’est aussi ceux que les personnages se créent dans une réalité virtuelle plus que réaliste. Et ce motif de s’enchâsser et de se complexifier encore. Le double virtuel permettant le dédoublement de la personne voire sa multiplication à l’infini dans un système ou la personne créée se veut autonome, c'est-à-dire se nommant elle-même. Et d’apparaître entre autres, Nunox… Amis, frères ennemis…

Luis de Miranda aborde également la version féminine des doubles dans Expulsion. Portrait de deux sœurs pour qui la question de la maternité prend une place centrale dans leur existence. L’une, enceinte, ne désire pas cet enfant, l’autre en désir d’enfant apprend qu’elle ne peut être mère… Question de choix face au destin. La question du double dans le couple est également soulevée dans Moment magnétique de l’aimant, aimant objet et celui qui aime, ce sont Mario et Maria dont Mario dit qu’elle est « comme sa sœur ». La question du double est essentielle également dans ce livre puisqu’il aborde le pendant masculin/féminin dans chaque personne via le questionnement intérieur de Mario. Le double c’est aussi Maria/Marianne, fille de sang et fille de la République, mais aussi, clin d’œil de l’auteur à l’une de ses narratrices : Miranda Lewis et Luis de Miranda… Outre tout ce réseau de doubles et parallèles, c’est peut-être dans A vide que s’illustre le mieux la définition stricte de la dialectique dans le sens où l’on a des personnages évoluant dans des milieux très différents qui se croisent et dialoguent en double, ce sont Lubert Mensch et Afro M et Lubert Mensch et Fontenay-Brie. Dialectique donc dans la galerie des personnages de l’œuvre de l’auteur.

 

Dialectique également dans les choix et le mouvement d’évolution des personnages tout comme dans le mouvement général de démonstration des essais. C’est ce que l’on nomme communément « thèse antithèse synthèse », résumé parfois ironiquement en « oui non peut-être » mais qui mérite la peine de s’attarder sur son fonctionnement plus profond. Qu’est-ce que le mouvement dialectique et en quoi est-il illustré dans les livres de l’auteur ? Pour synthétiser simplement, ce serait effectivement un passage par une opposition duelle mais qui ne commence par forcément par l’affirmative, plus par un questionnement a priori, c'est-à-dire avant l’expérience, suivi d’une négation pour pouvoir ensuite faire une composition, un compromis, une recréation ou alors nier la négation sachant que ce faisant quelque chose reste de la négation, ce n’est pas une négation simple d’elle-même. Être libre de dire non pour pouvoir dire oui ou pour se créer sa propre voie. C’est précisément ce qui ressort du combat intérieur des personnages, prenons l’exemple de Marie qui décide d’avorter dans Expulsion, elle passe par un questionnement sur la question de l’avortement et son droit, sa liberté de choix, mais cette décision avec toute la difficulté qu’elle comporte lui permet de pouvoir à nouveau envisager la maternité au futur avec Juan qui lui, se (pro)pose en père depuis le début.

Dans la trajectoire de Pierre, le violoniste de Joie, aussi se retrouve le mouvement dialectique, lui qui ne veut pas prendre la suite de son maître de violon va, malgré lui au début, être plongé au cœur du secret que lui a légué à mots couverts son maître avant de mourir, et une fois encore, ce n’est qu’après la négation qui participe de la construction de l’individu en tant qu’individu indépendant, et responsable de ses choix, qu’il va progressivement basculer dans l’inconnu et se plonger dans la mission qui lui a été confiée. Le même principe anime les personnages du livre à des degrés plus ou moins importants et c’est encore sur le même modèle que commence l’histoire du Spray, sur le prétexte des mythes revisités et combinés de la fontaine de jouvence et de Faust, où le héros octogénaire refuse l’offre surprenante d’un apothicaire étrange, avant de signer de son sang le pacte qui le liera à Satan pour un flacon de Spray contenant jeunesse et virilité…Cocktail détonnant qui l’emmènera sur un mode parfois léger mais non moins profond à la recherche de son âme…

Et ce ne sont là que quelques exemples, loin de vouloir prétendre à un relevé exhaustif du phénomène précité. Il convient néanmoins d’évoquer que le même principe sous-tend dans une certaine mesure Peut-on jouir du capitalisme ? et Une vie nouvelle est-elle possible ? de façon plus classique dans le premier puisque une analyse formelle y est présentée visant à démonter le mécanisme de la raison pour laquelle le capitalisme prétend tendre vers le plus-de-jouissance, puis à montrer qu’elle est fallacieuse avant d’ouvrir sur une nouvelle voie, et dans le second dans l’analyse dialectique en elle-même du mouvement ternaire des lignes de Deleuze : ligne de coupure, ligne de rupture, ligne de fêlure. Mouvement dialectique qui s’y inscrit également de façon figurée dans la maxime « Être à la fois la terre et la mer et le navigateur, voilà le salut de l’âme qui s’étend dans l’ouvert ». Et Luis de Miranda de conclure « Il était une fois la rencontre d’une rupture et d’une systématique, d’une inconscience et d’un rythme, d’un feu et de la glace ».

Ce mouvement dialectique c’est donc le dépassement d’une opposition duelle, les bonnes actions, décisions d’un côté, les mauvaises de l’autre « Ne craignez pas les erreurs, il n’y en a aucune » dira Miles Davis. Par delà le bien et le mal il n’existe que ce que l’on fait et ce que l’on ne fait pas. Par delà la vision manichéenne du monde.

 

C’est d’ailleurs dans le prolongement de cette philosophie non dualiste que l’auteur transcende moult oppositions ou contraires dans ses œuvres. Parmi les plus révélateurs et porteurs de sens il faut ici mentionner les oppositions vie/mort, nature/ville, tradition/modernité.

La première des trois se manifeste par la perpétuation d’un dialogue après la mort, comme évoqué précédemment, dans La mémoire de Ruben et Qui a tué le poète ?. Les frontières tangibles et réalistes volent en éclat dans des récits qui posent en filigrane la question d’une communication médiumnique, de dons qualifiés dans le monde réaliste de paranormaux, mais d’une certaine façon, les héros présentés sont des êtres hors-normes. Point qui est encore emphatisé dans le dernier roman de Luis de Miranda, car il y est finalement question de réincarnation, envisagée, selon les lectures, de façon concrète ou plus métaphorique, mettant encore en perspective la problématique du double traitée plus avant. Parler au-delà de la tombe, c’est également ce qui est possible dans Joie à travers un manuscrit laissé par un personnage mystérieux qui apportera néanmoins depuis ses ténèbres une lumière sur l’histoire de Barbara. La frontière vie/mort est totalement prise à contre-pied également dans Le Spray où le rajeunissement du personnage va de pair avec l’idée d’une vie éternelle qui n’en serait pas une, puisque le personnage est cliniquement mort mais reste en vie, prisonnier pour l’éternité d’une enveloppe charnelle qui ne correspond pas au nombre de ses années, tel un Sisyphe condamné à « un éternel retour ». Enfin, de la même façon que les morts semblent pouvoir rester en vie, les vivants peuvent continuer à vivre en étant dans la mort, « cette mort qui peut nous frapper tous alors que nous sommes encore en vie : celle d’une existence sans couleurs, dépressive, craintive, remplie d’aigreur ou de jalousie, celle d’une vie sans fantaisie ni érotisme » dixit l’auteur dans Ego Trip.

Seconde opposition : nature/ville ou naturel/artificiel. Comme chez les Surréalistes, l’espace urbain joue un rôle majeur dans la symbolique chez Luis de Miranda, ce qui est peut-être le plus flagrant dans son dernier roman avec le sens donné l’Arc de Triomphe dans l’histoire de B(ern)ardo et Ophelia ou encore l’étymologie de la station Sternschanze « promontoire étoilé » telle une pyramide facilitant le trajet de l’âme vers le cosmos. Mais dans l’expression même de « paysage urbain » on retrouve toute la réflexion en pointillé qui émaille les œuvres du romancier et philosophe. C’est le frère jumeau de Bernardo qui ne cesse de faire dessiner des parallèles entre la ville et cette campagne où habitait son frère. Dans Joie c’est Barbara qui incarne celle qui soulève la dichotomie entre ville et nature à laquelle elle aspire, elle qui traduit des articles du National Geographic mais c’est Pierre qui refuse cette séparation binaire, lui qui finira pourtant par se retirer de la ville. Dans Expulsion également, on trouve des traces de cette opposition dans la trajectoire de Marie qui le jour de l’expulsion se trouve en compagnie d’autres femmes dans un jardin, symboliquement acte non naturel au milieu de la nature. Dans Paridaiza la nature finit par envahir la ville. Dans Ego trip aussi se présente le paradoxe de cet auteur exilé du continent africain, Syl Cheney-Coker qui échoue à Los Angeles, la ville au milieu du désert mais lui-même trouve que la ville est un désert, « La boucle est bouclée : la solitude du désert a enfanté le royaume du désir et de l’argent. Les machines à sous, à leur tour, allaitent le Poète solitaire ». Le message semble être au fil des œuvres que la nature n’est pas le paradis perdu, le lieu de la vertu et la ville le lieu de l’artificiel, de tous les vices, les distingos sont plus subtils. 

Troisième opposition majeure : tradition/modernité. Elle est envisagée par le sujet des nouvelles technologies et des changements qu’elle implique chez l’humain dans l’essai L’art d’être libre au temps des automates. Loin de faire l’apologie d’un âge d’or naturel avant l’informatique et toutes les inventions scientifiques dont regorge le monde actuel, Luis de Miranda propose une vision moderne d’une ère où certes, l’être humain ne peut plus se passer des avancées technologiques et par conséquent son comportement s’en trouve changé, sa nature même s’en trouve changée dans la mesure où une fusion de l’homme avec la machine est avancée mais se dressant contre la position, la vision mécaniste du monde résumée ainsi par Nikola Tesla « Nous ne sommes rien de plus que des automates entièrement à la merci des forces de l'environnement, et nous sommes ballottés comme des bouchons à la surface de l'eau et confondons la résultante des impulsions extérieures avec le libre arbitre. » il affirme et clame haut et fort que la créativité, la singularité humaine l’emporte toujours chez l’homme dont on ne peut heureusement prévoir les sursauts, les éclairs. C’est le créalisme : « le monde est et doit être ma création, la Terre mon œuvre d’art », ce qui n’implique pas de faire fi du passé, en philosophie il est d’ailleurs coutume de poser que la nouveauté se construit à partir de l’ancien. Non pas faire du neuf avec du vieux mais le transcender.

Cette réflexion sur « un art de vivre » dans la société actuelle fait écho à une réflexion plus esthétique peut-être sur l’art en lui-même dans Ego trip ou la société des artistes sans œuvre. En quoi cela a-t-il un lien avec la tradition et la modernité ? L’auteur tel un archéologue excave et passe à la loupe le concept d’art et d’artiste ainsi que ce qui a évolué entre les temps jadis, où l’artiste était considéré comme un être exceptionnel, rare, et les temps présents, où l’art contemporain tout comme la multiplication et l’accessibilité des medium de l’art ont tout à la fois démystifié et dans une certaine mesure appauvri l’idée de l’art et de l’artiste. Mais Luis de Miranda semble y voir une contrepartie si l’on met en parallèle cet essai, d’où émane le désir de singularité des sujets, avec Une vie nouvelle est-elle possible ? Le changement de conception de l’art peut être transcendé et ne pas déboucher sur l’impasse de l’Ego trip notamment si le terme de singularité est compris au sens du sujet singulier comme celui cherche à « faire exister ce qui n’existe pas », du « sujet comme so(u)rcier » dont le moteur serait le « désir : surface enchantée miraculante » car « Le XXI siècle sera celui de la créativité quotidienne ou ne sera pas ».

 

« Sourcier », « sorcier », « surface enchantée », « miraculante », tous ces termes renvoient sans conteste à la magie. Secret, quête, révélation : la liberté passe chez Luis de Miranda, outre par la liberté de choix, par la connaissance.

Tous ses personnages sont, pour reprendre une de ses expressions dans Qui a tué le poète ?, pastichant Luigi Pirandello, des « personnages en quête de hauteur ». En cela, le questionnement de ses personnages, comme le questionnement de ses essais, font échos aux questionnements modernes et universels de l’être humain, ainsi humanistes à plus d’un titre.

Outre la variété de leurs genres, les romans de Luis de Miranda ont en commun d’être des romans d’initiation à plusieurs points de vue. Stricto senso d’abord, à l’instar d’un Candide qui a tout à apprendre et à connaître du monde, les personnages se retrouvent souvent « jetés au monde », chassés d’un ordre préétabli et d’un lieu stable. C’est le cas pour le héros du Spray qui doit sans cesse fuir d’un pays à un autre après avoir du fuit son appartement où il s’était enterré vivant et ce faisant il part à la découverte du monde. Même schéma pour Stan qui ne peut plus rester dans l’appartement qu’ils occupaient Ruben et lui en colocation, c’est comme si la matrice qui abritait les personnages les expulsait dans des accouchements plus ou moins douloureux. Par ailleurs c’est cette expulsion qui permet la croissance et l’apprentissage. Le schéma se répète encore pour le frère jumeau de Bardo dans Qui a tué le poète ?, il se retrouve chez Bardo pour mieux percer le mystère de son identité et de sa mort, quittant de ce fait l’appartement qu’il occupait auparavant. Pour Hugo de Joie aussi le changement passe par un changement physique de lieu de vie, et dans Moment magnétique de l’aimant il sera donné de constater que si le salut n’est pas dans la fuite, le mouvement des personnages est essentiel à leur construction et à leur quête. C’est en quelque sorte une application du destin de navigateur : larguer les amarres, couper le cordon, prendre le large. Aller au devant de l’aventure de la vie.

Roman d’initiation également au sens d’une quête qui se décline à plusieurs échelles également. C’est d’abord la quête de soi, topique ô combien célèbre en philosophie et ce depuis l’Antiquité avec le célèbre « Connais-toi toi-même ». C’est par ailleurs une question qui renvoie à l’utilisation des doubles, comme un miroir. Outre l’introspection, quel autre moyen pour se connaître que de voir son image renvoyée chez l’autre ? Dès lors la pertinence des dédoublements ou personnages opposés se fait sentir. Exister c’est avoir conscience d’être, or si l’autre ne renvoie pas des personnages image réfléchie comment avoir conscience de sa présence au monde ? Se nommer participe de la connaissance de soi, à cet égard il est intéressant de souligner que dans Qui a tué le poète ? la quête du narrateur, outre celle de la justice et de la vérité sur cette mort passe par la quête de l’identité de ce frère jumeau de sorte que cette quête devienne aussi celle du lecteur. La quête de l’identité revient également dans Moment magnétique de l’aimant où il est question d’identité sexuelle, ce qui transparaît aussi  dans Le Spray à travers certains personnages, bien entendu également dans Paridaiza avec cette création de doubles, autonomes. Masque et révélation en quelque sorte comme lorsque Nuno fait voler les miroirs en éclats à la fin de Paridaiza.

Révélation. C’est également de ce point de vue qu’il est permis de parler d’initiation, renvoyant cette fois-ci plus à l’ésotérisme car l’initiation est un aspect essentiel, la découverte du secret par l’élu. Tel Arthur et Excalibur, Perceval et le Graal. Ces secrets touchent à des domaines divers. Dans les essais on peut parler de l’Art comme révélation, dans tout art il est question de révélation plus ou moins spirituelle ou plastique, même au temps au l’art cherchait à imiter la nature, il est dans l’art un substrat, une transcendance même du caractère sacré et immanent que l’on peut retrouver dans la nature. C’est cette révélation, ce supplément d’âme qui permet d’Être libre au temps des automates et qui permet de concevoir un art généreux qui ne reflète pas une volonté égotiste de vaine gloire, célébrité ou reconnaissance matérielle.

Révélation aussi de la connaissance d’une histoire occulte dans Moment magnétique de l’aimant où il est révélé que Marianne n’est pas qu’une égérie de plâtre mais bien vivante et présidant à des réunions de société secrète si puissante qu’elle gouverne la France incognito… C’est également de révélation mystique qu’il s’agit dans Joie, la découverte des notes de joie est un secret millénaire qui pourrait apporter le bonheur à l’humanité. Tandis que Hugo s’emploie à percer les secrets de la philosophie des présocratiques. Ces quêtes multiples s’inscrivent dans la recherche d’un but, d’un sens à la vie, du bonheur, d’une recherche de l’âme. Ainsi faut-il mettre en parallèle la quête de Lubert Mensch dans A vide et celle de René dans Le Spray. L’un explore l’alphabet, le langage donc le monde car « il n’est pas de réalité au-delà de sa représentation » si l’on en croit Eduardo Moga et René qui lui parcourt le monde physiquement et géographiquement. Le parallèle se prolonge car leur recherche de la connaissance passe également par la connaissance des femmes dont une certaine cartographie peut également être tracée. Connaissance des corps et aspirations à l’amour. L’un décline l’alphabet et égrène les relations sexuelles, l’autre remonte le temps à chaque fois qu’il veut fertiliser une femme. Mais profondément, outre la quête de son âme déposée par Satan quelque part dans le monde et la quête du bonheur pour sortir de la torpeur des jours, quel nom poser sur ce que cherchent ces deux personnages ?  Et tous les autres ? Quand, à l’aube de sa mort un ex-président de la République éprouve dans Moment magnétique de l’aimant le besoin de divulguer le secret de sa paternité et celui de l’existence de Marianne, que cherche-t-il ? La justice pour venger la mort de sa fille ? Tout comme le narrateur de Qui a tué le poète ?, qui emploie lui-même le mot « Ton Justicier » dans une lettre adressée à son frère ?

Dans cette mise au monde des personnages qui les amène à leur quête, la citation de Walter Benjamin dans Hashish in Marseille semble éclairante : “La nature nous jette par amples poignées, sans espoir ou attente de quoi que ce soit, vers l’existence ». Le professeur Mark Harris dans une conférence On Aspects of the Avant-guarde Spring 2004, vol. 3 No 1 Online Journal of Literature and the Arts Blackbird Archive parle de « sens de perte productive ». Il n’y aurait donc pas de sens concret à donner à l’existence mais cela permettrait d’en être acteur et de ne pas chercher un au-delà ? Ainsi l’image de la quête de l’âme de René dans Le Spray qui ne débouche pas sur le poncif de ton âme était chez toi, en toi depuis le début, mais sur la nécessité pour Titi d’être poursuivi par Grominet sans qui son existence serait bien morne, sans raison suprême présidant au sens de leur course-poursuite.

Cependant la réflexion induite par les œuvres de Luis de Miranda va plus loin et ne se cantonne pas au scepticisme. L’adjectif ésotérique peut revenir souvent au moment de qualifier ses œuvres, à travers cette idée de société secrète, perce l’idée d’une mystique, d’une religion à un sens renouvelé et moderne du terme, une religion à inventer, une religion qui réunit transcendance et immanence. Cette idée qui affleure dans tous ses précédents écrits se dévoile de façon évidente dans son dernier roman Qui a tué le poète ?. Le dernier chapitre s’intitule en effet : « Le temps des Surpoètes ». Une annonce est faite : « Le temps de la plus haute valeur est venu, c’est le temps des Surpoètes », qui donne lieu à ce qu’il est permis de rapprocher d’un credo, d’une profession de foi « je procéderai en me fiant à mes sensations, à mes émotions, à l’embrasement de mon imagination, à ma soif de quitter le pays des pénombres et des silhouettes. Lorsque l’ancienne civilisation achèvera de s’effondrer, il y aura l’amour pour se guider à travers les nuits. Et, par-dessus tout, l’acte de créer le monde. ».

Liberté par la connaissance et connaissance du but de sa quête dont Nietzsche définit ainsi la façon d’y parvenir : « Le rire et l’ivresse (« intoxication » dans le texte anglais) sont par-dessus tout un moyen de se libérer des buts illusoires ».

 

Troisième déclinaison de la liberté, et non des moindres : la liberté et les contraintes de la société ou le bonheur individu versus le bonheur de l’humanité.

Luis de Miranda professe lui-même une « méthode d’intoxication exemplaire que j’ai tenté de pratiquer dans certains de mes romans » Ego Trip. Il renvoie en cela, comme le souligne la note de bas de page, à l’Essai d’intoxication volontaire de Peter Sloterdijk. Le terme d’ « intoxication » mérite un examen plus attentif. D’abord sur sa traduction. « Intoxication » en français a une connotation extrêmement péjorative. La définition dans ledictionnaire.com est la suivante : « présence dans l’organisme d’une substance toxique en quantité notable. » Sous sa deuxième acception : « Fait d’intoxiquer les esprits ». Quant la définition de l’auto-intoxication à rapprocher de l’intoxication volontaire : « Intoxication par les propres déchets de l’organisme ». La pertinence du terme « intoxication » est donc toute relative, en effet le terme est à comprendre non pas sous son acception française, mais bel et bien sous le sens qu’il a en anglais : « ivresse, griserie, enivrement ». Ce qui n’est pas sans rappeler le Bateau Ivre de Rimbaud faisant le pont entre « être à la fois la Terre et la mer et le navigateur » comme mentionné plus avant et l’ivresse. C’est la réflexion aussi de Baudelaire dans ses Petits poèmes en prose « Il faut être toujours ivre. C’est là l’unique question (…) Mais de quoi ? De vin, de poésie, de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. ». Pourquoi cet examen attentif du concept d’intoxication au sens d’ivresse au moment d’aborder les liens aliénants ou libérateurs entre individu et société ? En cela qu’il est lié justement à l’opposition individu/société. Le concept, avant Sloterdijk, vient de Nietzsche qui évoque une « Intoxication esthétique (qui) dissout la séparation artificielle de l’humain et du monde dans un continuum de Devenir où notre engagement transforme les choses ».

Depuis son premier roman, c’est une problématique qui revient dans l’œuvre de Luis de Miranda. Dès Joie en effet, la quête de Pierre en musique prend rapidement une portée plus altruiste : « Le vieux souci de l’altérité… Postulat de cette gène-heureusité : tous devaient être joyeux ou personne ne l’était vraiment. ». D’où les notes de joie, qui éloignent Pierre de Barbara mais dont il affirmera sentir l’impériosité de leur quête. Ceci étant dit la frontière est mince entre cet altruisme de Pierre et l’autisme vers lequel cela l’entraîne, comme le qualifiera Barbara. Autisme compris au sens de ne plus être à l’écoute, de l’absence de réciprocité nécessaire comme l’auteur le mentionne dans Ego trip avec cette citation d’Hannah Arendt : « Le monde commun prend fin lorsqu’on ne le voit plus que sous un seul aspect, lorsqu’il n’a le droit de se présenter que dans une seule perspective » La condition de l’homme moderne.

Dans Paridaiza également le personnage principal se bat pour faire triompher des valeurs éthiques pour la subsistance d’une vision de l’humanité. Le groupuscule de dissidents qui s’opposent à la suprématie d’Angelot Malaner au péril de leur vie veut faire triompher l’Amour vrai, des valeurs humanistes et vraies.

Dans A vide, on retrouve cette vision parodiée d’une recherche de bonheur commun de l’humanité à travers le personnage de Pavlova chargée de répandre ce qui pourrait être qualifié de bonne nouvelle. Mais la frontière entre secte, dérive mystique et spiritualité altruiste est fine.

Egoïsme et altruisme c’est aussi la réflexion que mène Marie dans Expulsion, son droit à l’avortement est-ce de l’égoïsme ou un choix légitime de sa part ? Question d’autant plus poignante quand sa sœur se suicide après avoir appris l’avortement de Marie, elle aurait souhaité garder cet enfant, mais Marie était-elle responsable du bonheur de sa sœur au détriment sinon de son propre bonheur de sa décision justifiée selon son point de vue dans sa situation ? Il est intéressant de noter aussi la pression et le regard de la société sur le choix de Marie, notamment au travail avec ses collègues où elle subit une sorte de mise au banc du groupe pour avoir pris une décision qui si elle ne concerne qu’elle-même semble affecter la conception de l’Humain avec sa grande hache…

Même réflexion dans Peut-on jouir du capitalisme ? sur le modèle de société proposé qui au contraire d’un projet unifiant de société exacerbe l’individualisme, le chacun pour soi et l’égoïsme, chacun cherchant à « être un gagnant pour soi » et non à servir un but commun et unificateur. Un individu dans une société dont le ciment, le liant se délite devient un individu en plein Ego trip définit de façon assez visionnaire et réaliste par Starmania dès les années 1980 : « Ego trip, toi tu fais ton ego trip, égo trip, moi je fais mon ego trip, on n’aime que soi-même comment veux-tu qu’on s’aime ? Ego trip, chacun fait son ego trip ».

Réflexion identique concernant l’art dans Ego trip, la société des artistes sans œuvre. Le constat est le suivant sans générosité l’œuvre d’art n’a pas de sens. L’art vise originellement à transcender la réalité et si l’on en croit les réflexions sur le rôle de l’Art en philosophie l’œuvre d’art transcende l’âme par le Beau. Mais dans la recherche de l’ego trip, la raison de « l’œuvre » réalisée est la jouissance personnelle dans un premier temps, puis une jouissance matérielle affirmée par un Andy Warhol pour qui l’art le plus intéressant est l’art des affaires et non l’art de l’art.   

Si souvent, l’égoïsme et l’ego trip s’enferment, Stan dans La mémoire de Ruben est sauvé de l’autisme et de l’égoïsme par l’amour de Laura. De façon plus générale, c’est l’amour qui sauve « chacun espérant trouver et garder la personne à qui dire : Ne m’appelle plus qu’amour et je serai rebaptisé » Qui a tué le poète ?.

Le bonheur individuel comme finalité unique est donc une impasse, d’où la nécessité d’un projet partagé de société dans laquelle chaque individu est créa(c)teur d’une œuvre commune, dans laquelle « le sujet cohérent-actif occupe une place co-centrale avec l'harmonium cosmique, où l'imagination, la passion, la volonté, l'art, le désir, l'amour redéfinissent sans cesse, au présent et en acte, les conditions de possibilité d'une vie désaliénée, d'une existence libre. » C’est une « politique du Réel en tant que co-création en devenir » : Luis de Miranda l’a nommée « créalisme ».

 

Si la question posée était donc celle du motif se dessinant dans l’œuvre  de Luis de Miranda et qu’il est apparu que ce motif offrait des déclinaisons de la liberté, pour filer la métaphore du « motif » et répondre à la question de la contemporanéité de son œuvre et à la nécessité de sa réflexion, il faut considérer l’autre acception du « motif », à savoir une raison d’être. Articuler un discours autour de la liberté pourquoi ? Serait-ce en rapport avec l’idée de révolution ? Une nouvelle conception de la révolution ayant trait au concept d’« intoxication » repris par Walter Benjamin comme étant « comprise au sens large comme une intensification de l’expérience de chaque jour, quelque chose qui peut arriver même au travers de la lecture, de la contemplation (« comme remplissement de soi » dans Une vie nouvelle est-elle possible ?) ou juste dans la traînaillerie. Si la révolution doit réussir, elle doit être liée à la révolte dans laquelle nous sommes transformés par une expérience nouvelle des aspects les plus ordinaires de la vie ». C’est bien de révolution au sens de changement nécessaire et vital dont il est question aussi dans Une vie nouvelle est-elle possible ? Et de conclure avec l’auteur : « la révolution dans la durée, le devenir autre, la transmutation humaine, la libération des sillons du labour : peut-on concevoir sujet plus solennel et gai, rageur et triomphant ? Une dialectique dont les étincelles produisent le monde, peut-on concevoir meilleur sujet de passion ? ». L’Œuvre de Luis de Miranda est un humanisme, un hymne à la Vie, à la Création, à la Liberté, à la Joie… 

 

08:37 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

17.02.2011

Qui a tué le poète ? - roman - printemps 2011

Capture d’écran 2011-02-17 à 11.05.49.png

Capture d’écran 2011-02-17 à 11.05.25.png

 

 

11:02 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

08.02.2011

Promenade

00:18 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

21.01.2011

Nous

photo-3.JPG

 

 

Lucides, nous le devenions. Extralucides, même, parfois, par refus d’adapter notre vision à la réalité admise. Il nous arrivait de voir par-delà les formes, notre intuition en éveil. Nous respirions alors par le nez – une inspiration profonde qui éveillait notre instinct. Et pourtant nous sentions nos limites. Nous n’accédions au sublime que par instants, impressions furtives, formules. L’un de nous avait dit : Pour celui qui sait où il va, les obstacles sont une nourriture. Une autre avait ajouté : Pour celle qui va vers son atmosphère, tout est oxygène.

Il nous semblait que le Grand Destin du Monde était avec nous. Mais cela dépendait de notre désir, et de la fluidité des résistances. Nous arpentions les villes, encore trop dures, nous caressions la pierre et la paume de nos mains vibrait. Ceux qui nous croyaient fous, nous les décrétions morts. Nous étions des nouveaux-nés.

Chaque être humain était une vibration, agréable ou irritante, qui venait effleurer les triceps. Nous n’étions pas sûrs de les comprendre encore : c’était un terrain à explorer, opaque, en raison du manque de franchise qui était l’ombre de la société. Ce déficit d’honnêteté intellectuelle et émotionnelle, dit l’un de nous, était précisément ce qu’il y avait à comprendre. Une autre ajouta : C’est un déficit de style. Sans axe propre, pas de cohérence de la forme, pas d’esthétique, donc pas de vérité. Nous étions dans la pénombre encore, mais nous nous guidions à l’odorat avec une relative confiance.

Sans doute disposions-nous de peu de temps. La part libre de notre être était le jeu d’une incessante volonté de colonisation de la part des forces de la répétition. Mais en retour nous nous étions faits envahisseurs opiniâtres de l’espace du calcul. Parfois, l’un de nous parlait de l’amour comme d’une arme douce. Une autre répondait : Qui aime bien châtie bien. D’autres voix s’élevaient, citant le hasard vertueux, les conspirations magiques, l’amitié. Là encore, il y avait beaucoup à réapprendre. Nous avions hérité d’une confusion totale des idées, et c’était déjà avancer que d’en faire le constat. Tandis que la sphère réaliste continuait de s’empêtrer dans la boue des définitions, nous faisions table rase, prêts à requalifier un à un les signifiants souillés. Au fond, nous étions joyeux.

Entre nous certains affects tendaient à devenir caducs : la jalousie, sœur de l’esprit de compétition se terrait peut-être dans un coin, prête à nous sauter au cou, mais peut-être aussi l’avions nous terrassée par inadvertance. Il ne suffisait pas de nettoyer les valeurs – certains signifiants étaient à produire sui generis. Parce que notre cœur était grand, nous n’avions pas peur des concepts. Parce que notre intellect était souple, il s’autorisait la sensibilité. Mais là encore, nous étions novices, apprentis de nous-mêmes, et savions que notre humilité seule nous porterait loin. Sans doute fallait-il apprendre à reconnaître ses travers et à les exprimer. Écouter celles et ceux qui, complices de l’air du temps, réclamaient moins de pensée et davantage de simplicité. Simple est le mot le plus compliqué de la langue française, interjeta quelqu’un par malice et cela nous fit sourire.

Les perceptions nous intéressaient. Nous écoutions les bruits de machines, corrosifs, acérés, qui peinaient à couvrir le grand silence qui était la gangue de notre présence. Les voix humaines escaladaient l’air, comme des grappes de raisin. Raisons propres. Nous écoutions la trame du monde et la logique du scénario nous échappait encore. Nous balbutions, cherchant la porte d’entrée, le fil d’Ariane, l’idée derrière les bruits, l’épure derrière la profusion des enveloppes. Nous faisons fausse route, disaient certains. Désignons un chef d’orchestre, cria une voix. Non, fit le chœur. Des premières personnes du singulier cherchaient à poindre. Peut-être avaient-elles toujours été là, suintantes de vouloir, terrées sous la table. Peut-être faisaient-elles partie du plan d’attaque, ou du plan du labyrinthe. Il faut pénétrer les corps, dit quelqu’un.

Le voyageur immobile ne va nulle part s’il ne sait projeter son esprit et l’envoyer courir au loin dans les prairies de l’avenir, cheval, léopard, vent, électricité s’agrippant au sol par les racines des pylônes. Et si l’inanimé voulait davantage que le libre arbitre ? Nous sommes trop abstraits, dit une voix féminine en s’étranglant sur la fin. On voyait que le constat lui coûtait. Nous aimions les idées, et pourtant nos pieds se posaient partout, sur l’herbe d’un jardin, sur le bois d’un parquet, au fil d’un trottoir, graviers, matelas, ascenseur, queue de cinéma, restaurant, et la présence de nos pieds allait jusqu’à mouler des chaussures sans jambes, comme si les objets étaient, là encore, dotés d’une âme propre, et ferme.

Sans cesse des entités cherchent à nous envahir, commença l’un de nous. En multipliant les points d’accès au monde, nous multiplions les chances d’être infectés par des microbes incompatibles avec notre forme de vie. La question de l’immunité est donc centrale – peut-être la virologie est-elle la porte d’entrée que nous cherchons. Sans cesse la forteresse est prise d’assaut. Mais la vie n’est-elle pas le plus puissant des virus ?

D’autres évoquaient la possibilité de se constituer en trou noir, d’absorber le devenir, d’être une puissance absorbante. Parfois, ce sont des malentendus qui nous font boiter, dit l’une, alors que nous devrions rire. Pourvu que nous marchions, plutôt que d’emprunter systématiquement les transports publics, pourvu que nous ne cédions pas à l’apitoiement sur nous-mêmes, lorsque les signes du destin se faisaient plus sourds. Il convient de constituer une science des impressions, de pénétrer l’univers parallèle autrement que par fulgurances vagues. Que voyons-nous ? Sommes-nous capables de retourner la pensée sur nous-mêmes, sur notre propre regard, sur notre perception ? Et si l’autre côté du miroir était derrière nous ?

 

 

 

10:19 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

08.01.2011

Abyssus abyssum

Capture d’écran 2011-01-08 à 18.52.35.png

 

L’offrande est journalière. Elle se gargarise de mots compartimentés, d’expressions fléchées, d’idées qui surprennent à la hauteur du désir de désir. Des institutions veulent stériliser tout ce qui cherche à vivre. Les fauteuils sont occupés par des âmes douces et timorées. Et pourtant. Au fond d’un regard je décèle la rage, la turbulence, la lave. Elle m’intéresse. Elle me donne envie de pétrir la chair incarnée, pour oublier les fantômes urbains. Ombres rectifuges. Qui savent très bien ce qu’elles ignorent. Sans le dire.

Longtemps les nations ont fait obstacle à la compréhension. Les langues, les cultures, autant d’inventions solidaires de l’occultation. La raison et les lumières, l’idéologie du milieu et de l’explicite. Téphras. À être trop lucide on finit aveugle, à écouter les murmures du marché et les rumeurs de hall ou de cuisine. Ânonnements de fausses évidences biographiques. Tandis que rien de ce que nous voyons n’est tel que nous le représentons. Le pratique est dissout. Aucun sujet ne tient sa forme. Masques et évaporations.

J’ai connu la forêt et j’ai connu le goudron. Je vois les dissolutions et les visages de l’abîme derrière la géométrie apparente. Le flux ignore l’approbation. Les robots ne savent pas lire. Mais ils peuvent apprendre. Je me tiens ni trop prêt ni trop loin du feu et de ses métamorphoses. Se constitue une science du devenir et des sens.

 

 

(Image Ben Gossens)

18:54 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

Quoi de vierge au Virgin ?

virgin.jpg

Il suffit de se promener devant les étagères d’une librairie, mettons le Virgin des Grands Boulevards, de feuilleter les livres de poche contemporains, pour comprendre que ce ne sont pas, dans la plupart des cas, les écrivains qui écrivent, mais le marché et la communication. La plupart de ces textes « magistraux » ou « décalés » se plient aux diktats de la petite histoire, des personnages codés, et surtout de cette langue qui n’est plus singulière que par inadvertance et simple comme un communiqué de presse. La majorité des soit disant auteurs multipubliés en poche sont aujourd’hui de mauvais traducteurs d’eux-mêmes : ils convertissent leur conformisme en euros, et vice versa.

 

Une manière de définir l’aventure : la recherche et l’exploration des espaces vifs et vierges. Où trouver ces espaces aujourd’hui ? Faut-il les créer ? Définitions provisoires et elliptiques : qu’est-ce que le Vif ? Un lieu d’exaltation du corps et de l’esprit. Qu’est-ce que le Vierge ? L’inexploré, l’invisible, l’inexploité. Nous vivons dans un monde qui sans cesse tire le désir dans la direction du réel morbide, et seul un axe ferme permet de résister à ce fascisme de la réalité des Grands Boulevards. Cet axe peut, entre autres, s'exprimer ainsi :

 

"Ce serait folie et inconséquence que de supposer que des choses qui n'ont encore jamais été accomplies puissent être accomplies sans recourir à des moyens jusqu'ici jamais employés."

 

Francis Bacon, Novum Organum, 1620, livre I, § 6.

 


11:44 | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

06.01.2011

Le génie du froid

What Power art thou,

Who from below,
Hast made me rise,
Unwillingly and slow,
From beds of everlasting snow!

See'st thou not how stiff,
And wondrous old,
Far unfit to bear the bitter cold.

I can scarcely move,
Or draw my breath,
I can scarcely move,
Or draw my breath.

Let me, let me,
Let me, let me,
Freeze again...
Let me, let me,
Freeze again to death!

18:54 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

04.01.2011

Se regarder dans les yeux

72992-oeil-yeux-regard.jpgQui peut dire qu’il a déjà regardé un inconnu au fond des yeux plus de quelques secondes, ou même un ami, ou la personne avec qui il/elle vit ? Les échanges oculaires chargés d’intensité restent la plupart du temps rares, fugaces ou sans suite. L’humanité se tue, se fait l’amour, invente des machines complexes, met en place de légers protocoles, mais pour ce qui est de se fixer avec constance dans le coeur de l’œil, le malaise, la gêne, la pudeur, la peur, l’ennui, l’impatience ou le désir font que rapidement on vise ailleurs. Nous passons une grande partie de nos journées à détourner le regard.

La raison en est simple : au fond des yeux ne se trouve pas la seule âme de la personne que l’on regarde, mais virtuellement toutes les âmes possibles, qui ne demandent qu’à passer de l’ombre au grand jour. Au fond des yeux, il y a le flux métamorphique et irrépressible de la vie dans toutes ses dimensions, les plus apaisantes comme les plus effrayantes. Le regard d’autrui nous rappelle ces possibles que l’on ne vivra jamais, que nous désirons parfois mais dont nous avons peur, souvent, qu’ils nous submergent. Fuyant les yeux des autres, c'est notre propre regard que nous évitons.

Mais nous puisons aussi dans cet échange de vues certaines énergies qui, allumées par une étincelle, prennent parfois, pour le meilleur et pour le pire, la forme d’une toujours furtive impression d'être chez soi, devant un foyer ardent, qui s'éteindra dans la nuit.

 

11:01 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer

02.01.2011

Les stars rejoignent l'UMP

 

CAMPOS.jpg

Après Jean-Luc Godard, c'est le poète portugais Alvaro de Campos qui vient d'annoncer son ralliement à la nouvelle force politique qui promet de bousculer la campagne présidentielle française de 2012, l'UMP, Union pour un mouvement poétique.

 

Alvaro de Campos, que j'ai eu l'occasion de prendre en photo cet hiver lors de sa randonnée immobile quotidienne (dans la petite ville d'Âncora, au nord du Portugal), est l'auteur notamment des vers suivants :

 

Esclaves cardiaques des étoiles,
nous avons conquis l'univers avant de quitter nos draps,
mais nous nous éveillons et voilà qu'il est opaque,
nous nous éveillons et voici qu'il est étranger,
nous franchissons notre seuil et voici qu'il est la terre entière,
plus le système solaire et la Voie lactée et le Vague Illimité.

 

(Mange des chocolats, fillette ;
mange des chocolats !
Dis-toi bien qu'il n'est d'autre métaphysique que les chocolats,
dis-toi bien que les religions toutes ensembles n'en apprennent
pas plus que la confiserie.
Mange, petite malpropre, mange !
Puissé-je manger des chocolats avec une égale authenticité !

 

18:24 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer