16.05.2012

Élévation (poème)

Poème écrit en 2005 en hommage à Baudelaire



podcast



Si tu marches un instant à l’écart des vallées,
Si ton œil curieux sait chevaucher les mers,
Tu seras et la terre et le feu des éthers,
Et tes dons chanteront l’univers étoilé,

Tes défauts apparents diront l’agilité
Par laquelle en riant tu te transformes en onde,
Toi l’écume, le dieu et l’abîme profonde,
Qui as su déverser en enfer Volupté.

Tu n’as plus à fuir les postillons morbides
Qui se noient dans le fiel de leur lac Supérieur,
Ton âme a distillé une sainte liqueur
Où mon cœur abreuvé s’est découvert limpide.

Il n’est plus de boulet pour lester tes chagrins,
Il n’est plus en hauteur de sensation brumeuse,
Et voici qu’apaisée ton armée vigoureuse
Est intouchable aux coups – le triomphe serein.

Cet éternel printemps dont tu es l’alouette
Répand sur la vallée une ambroisie sonore,
Retentit ton orchestre, enfant de tes efforts,
Toi, esprit généreux dont l'harmonie est prête.


19.03.2012

Romans libres

 

Voici en téléchargement libre 4 romans de Luis de Miranda, parus chez des éditeurs différents entre 1997 et 2002, devenus introuvables en librairie.

L'auteur possédant désormais les droits de ces ouvrages, les voici au format .doc à destination des internautes. Il suffit de cliquer sur l'image du roman désiré, à condition d'honorer un contre-don permettant à l'auteur de préserver sa liberté.

 

 

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02.10.2011

FluXX - Se libérer du XXe siècle

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16.07.2011

Créel

 

 

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Une évocation du concept de Créel

  

Nous ouvrons les yeux, et contours, volumes, couleurs emplissent le puits de notre vision. Nous fermons les yeux, et les sonorités traversent un halo de nuages – nous entendons notre respiration. Notre sommeil se distingue de la veille à la qualité et diversité des détails qui semblent se donner, de l’extérieur, à notre perception. L’ouverture froide, le rien à l’horizon, la transpercée des parfums, les sons étrangers à la narration, parasites, signalent a priori que l’environnement n’est pas onirique, où qu’il l’est sur un mode multi-joueurs. Le rêve est reçu comme métamorphique, attendu comme transformation des visions, hallucination en marche : en cela ce qui s’y manifeste n’est jamais qu’une impression menée à son plus ou moins grand pouvoir de conviction. La réalité, elle, est nominale : les étiquettes, les signifiants, le langage sans cesse figent les variations, immobilisent les sensations en nous répétant : « Ceci n’est pas toi ». Qui parle ici ?

Une gorge, comme un tronc dévidé. Un néant fertile. Rêver, c’est tomber dans la gorge sans limites, le trou noir du Créel, jaillissement jouissant de sa donation désirante.

Nous arpentons des rues vides, ou du moins par le passé nous avons tissé cette géographie solitaire, logogriphes étirés, biographèmes d’un jour, arpentages de traque, avec cette illusion de chercher l’autre du désir. Apesanteur : car la réalité est toujours une chute ou un équilibre. C’est ainsi qu’il faut lire le chapitre troisième de la Genèse biblique : l’arbre de la connaissance disjoint la sensation de la perception et le nu se voit nu, chose parmi les choses, objet d’un regard plutôt que moment d’un flux. L’arbre du centre du jardin est défendu car il est l’axe : manger une partie de l’axe éparpille le centre, relativise les points de vue, dégorge le merveilleux, et c’est la chute dans le règne temporel du bien et du mal comme objets du calcul. Convoi de la convoitise, déchéance représentative – et dès lors l’arbre de Vie est interdit, ou plutôt son accès est gardé par les chérubins et un glaive flamboyant et tournoyant. Qui saura se faire l’ami des anges semblables à des enfants et manier l’épée de passion pourra laisser couler dans ses veines, au creux de sa poitrine, la sève vitale.

La contagion des formes de vie s’opère par la sexualité et le langage, et dans les interstices que leur danse ou leur conflit entaillent, creusent dans le réel. L’individu en devenir aimerait parfois que celui-ci fût à sa disposition, ou espère un espace vital sans heurts, fait de respiration et de prises. Mais le solipsisme est sans cesse troué par la quotidienneté, ou alors il cherche à en ressentir la présence bénéfique lorsque l’ennui de n’être que soi transforme le verbe créateur en monologue circulaire et à peu près stérile. La volonté de se maintenir intègre – sans atteinte, entier, pur – est tantôt réactive, tantôt conquérante, mais dans les deux cas elle apparaît d'abord comme antisociale, puisqu’elle ne saurait se satisfaire des codes disponibles, qui impliquent le plus souvent une dimension morale. Tantôt les autres nous métabolisent, tantôt, ce qui est plus difficile et rare, nous participons de la reconfiguration de l’ADN sociétal ; alors on peut parler de créalisme.

Les systèmes biologiques, en tant qu’ils sont aussi des structures de valeurs plus ou moins implicites, se livrent à des luttes épuratrices ou souillantes, consolidantes ou disséminantes, ou certaines parties ne peuvent que mourir, par détachement de la structure, racornissement ou mue – ce qui une fois de plus évoque la question de l’axe, de l’attracteur directionnel autour duquel s’enroulerait le devenir individuel.

La pensée tente de se hausser au rang de la matière, d’en avoir l’intangibilité, de devenir hyperstructure. Une opacité à double tranchant, qui protège et isole, à moins qu’elle ne parvienne à se faire l’alliée de la joie. Ici le lecteur pourra mener en parallèle une consultation de L’Éthique de Spinoza. Ne serait-ce que pour apercevoir comment un corps peut être, trop souvent, l’éponge de passions en bémol, ou comment la joie accompagne l’idée que notre puissance d’agir s’accroît, comment nous tendons à imposer au monde notre constitution, notre désir, en confrontant notre ambition à l’idée que nous nous faisons du salut général. Pour Spinoza, « tous les affects se rapportent au Désir, à la Joie ou à la Tristesse »[1]. Par ailleurs, « un affect qui est une passion cesse d’être une passion dès que nous en formons une idée claire et distincte »[2]. Si nous considérons le Créel comme le lieu de la passion, alors l’esprit et ses ordinations procèdent d’un refroidissement, d’une relative mise à mort de la passion. En ce sens, l’esprit naît de l’ascèse de la passion : il est le joug, l’écluse, l’attelle, la digue. Ce qui ne doit pas nous faire haïr l’esprit, car sans lui nous ne pourrions habiter le monde. Que l’esprit soit fixateur et parfois tueur des flux, qu’il épure, cela doit plutôt nous faire accepter la mort, sans pour autant la hisser, dans notre considération à la hauteur de la Vie.

Je fais le pari que si la vérité du Créel se donne, ce ne peut être, pour l’essentiel, que par fulgurances, impressions fugaces, instants d’évidence ou de réminiscence. J’appelle ces instants des crealia, dans la mesure où notre perception, au contact de l’absolu, devient nécessairement en partie de même nature que cet absolu. Le Créel étant pur flux créatif immanent, ses épiphanies humaines seront mi-perceptives, mi-créatives : données à la conscience et produites par elle, en ce que la conscience n’est pas, a priori, séparée du Créel, dans une position de radicale extériorité. Disons pour l’instant que la conscience est un mode d’être du Créel, que l’esprit est, du flux vital métamorphique, le lieu qui délimite et ordonne. Pour Bergson, ainsi qu’il l’écrit dans L’évolution créatrice, c’est un rétrécissement, une contraction qui au sein de la durée créatrice manifeste l’esprit.

 Créel, l’autre nom de la Vie, flux disparate, métamorphique, s’explosant en tous sens, aspirant à toutes les formes : une entité infinie et presque invisible aux mortels, une chair d’avant les corps, fusant de toutes parts. Une « dualectique » aussi : le magma vital, duel, est tantôt explosion anarchique, tantôt quête de direction.

Le Créel ne s’arrête à suivre des directions que temporairement, localement, car muer est sa tendance. En tant que devenir disparate global, il n’a d’autre axe que son élan métamorphique. Cette faim chaotique qu’a la Vie de se trouver une direction crée en certains de ses lieux, temporairement surabondants de puissance, des structures réelles, s’organisant autour d’un attracteur axial.

Le créalisme est la tentative de trouer les protocoles en y ouvrant les vannes de la Vie. Le Créel n’est pas un absolu inatteignable, une transcendance : il est l’immanence totale, un spatium métamorphique et sensible dont nous n’actualisons qu’une partie. Cette actualisation de réalités à lieu au sein même du Créel, par moments directionnels. Le devenir vital est désir en acte de tout créer, totalement, et localement, il est désirs de direction, axes énergétiques fonctionnant comme des attracteurs structurants, autour desquels s’enroulent, un temps, les phénomènes.

Le Créel est chair autant qu’idée. Il est, pour reprendre une expression deleuzienne, profondeur « enchantée miraculante »[3].

 

 

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[1] L’Ethique, Proposition 59, Partie III.

 

[2] Proposition 3, Partie V.

 

[3] « Divine est l’énergie qui parcourt le corps sans organes, quand il attire toute la production et lui sert de surface enchantée miraculante » : Deleuze et Guattari, L’Anti-Œdipe, chap. 1, Paris : Minuit, 1972, p.7.

 

 

 

 

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Spirale

Écrit à Ville d'Avray, le 6 février 2011

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Les opercules explosent, jaillit le sens en musique. Je larve le tempo. Corpuscules. Tentacules, sonorités. J’apparais, debout, droit – mes pieds occupent un point et lorsqu’ils s’écartent sur le sol dur, ils tracent une droite. Je dispose d’un corps d’apparence humaine, je suis ce corps, du moins je l’habite ou il me sert de véhicule – j’ai comme l’impression que je ne coïncide pas avec la totalité de ce corps, que je suis un petit être dont la présence s’étend entre le cœur et le cerveau, peut-être comme un nouveau-né ou un enfant dans un corps d’adulte. L’environnement qui m’entoure ressemble à la terre que je connais, mais puisque je suis en territoire vierge, il doit s’agir de mes souvenirs, que je projette à l’extérieur par habitude, et sans doute pour me rassurer. Il va me falloir du temps pour voir, ressentir et concevoir ce monde nouveau. Pour l’instant, on pourrait croire que rien n’a changé, puisque je me trouve dans la chambre de mon studio, dans la périphérie arborée de la ville de Paris. Rien n’a changé, si ce n’est cette voix qui dans ma tête murmure avec certitude : Tu es en territoire vierge. C’est la règle du jeu, c’est l’axiome de ma nouvelle réalité : je ne peux plus qu’avancer et explorer ce territoire vierge, le découvrir, car où que j’aille dorénavant, ce territoire sera mon monde – quand bien même je devrais le créer.

Je suis déjà sensible aux petites distorsions qui m’indiquent que bien que familier, ce monde est autre. S’il ressemble au monde d’avant, ce n’est que lorsque ma perception renonce à l’attention, à l’écoute, à l’affût. En ce moment même, un lapin brun traverse le jardin, ce qui n’arrivait pas auparavant. Le monde change de peau, c’est une exuvie, une carcasse qui ne tient que parce que trop d’âmes, accablées par leur accablement, maintiennent leur fermeture d’esprit et attendent, à quai, que le train passe en ignorant ceux qui attendent avec eux. Formidable illusion de la nécessité de gagner sa vie dans les consortiums urbains sans s’autoriser aucun écart, ou alors réglementaire. Ces corps sont des uniformes.

Deux hommes marchent sur le toit d’une maison, et il m’arrive comme hier de marcher seul dans les rues désertes de Paris. Où sont les humains ? Chez eux ? Rien ne le prouve. Pour moi, ce sont des figurants qui se reposent. L’indifférence à autrui comme une manière de maintenir le peu d’énergie vitale qui nous tient. L’indifférence à autrui comme un carburant récessif, la cruauté alimentant une sorte de sentiment factice de noblesse, de classe, de fantôme de mépris social.

Être ici et ailleurs à la fois. Tracer une droite entre deux points et chercher le troisième point. Que la chair suprême coïncide avec le suprême mental est le présupposé de ces lignes. La recherche de cette coïncidence est peut-être l’objet de toute notre agitation, et peut-être de nos erreurs. Ne plus chercher fut l’impératif de mille sagesses. Ne plus multiplier les bavardages aussi, et pour les réalistes, les esprits accrochés aux résolutions pratiques, il est probable que tout ce qu’ici j’écrive ne serve à rien. Mais cela ne m’empêchera pas de continuer ma danse de derviche, de suivre le fil de la spirale, et d’incarner au quotidien une littérature active.

Le monde de la veille me paraît étriqué. Peut-être ne suis-je pas assez grand joueur. Mais je n’arrive pas à me déprendre du sentiment d’atrophie qui me prend au réveil, qui n’est pas douloureux mais désagréable, comme une déception anticipée. Je garde pourtant l’humeur entreprenante, puisque je vise le dépassement de cette atrophie. C’est sans doute un manque d’imagination et d’ambition que de limiter notre puissance individuelle au corps qu’on nous assigne. Degré zéro de la loi de la propriété s’appliquant au bien meuble qu’est ce squelette gainé de chair. Devant moi, je vois un ciel rose et derrière moi une femme dort dans mon lit. Son corps pourrait être entièrement sous ma volonté, de sorte que j’aurais quatre bras et jambes, deux têtes, mais je n’en serai pas moins étriqué. Il me semble même que je le serai davantage.

Je ne cherche pas à m’évider du quotidien, mais à l’étendre, à le dilater, à le transformer, à l’enrichir par des voies non détournées, c’est-à-dire par la pensée, la parole, les actes, l’imagination. Je ne prends aucune drogue, à part le café. Je ne me cherche pas, je ne vise pas la connaissance de soi mais la transformation du monde par fidélité à moi-même. Je veux faire partager ma joie de vivre aux autres que je sens si tristes. Rendre le monde plus vaste et nourri. On est si vite pris pour un sympathique fou dès lors qu’on n’est pas dépressif ou névrosé. J’ai longtemps été timide par honte d’être monstrueux ou inconvenant et je m’aperçois aujourd’hui que la prétendue mesure, retenue, civilité des autres n’est que quelque chose comme l’application aux relations humaines d’un professionnalisme de secrétaire.

Je ne dois pas oublier que je viens de naître. Nous sommes jeudi et je ne suis entré consciemment dans le territoire vierge que depuis lundi. Aussi toutes mes phrases procèdent-elles peut-être encore de l’habitude des mauvaises perceptions. Déjà je sens une force rare me composer, quelque chose de beaucoup plus solide que toutes les exaltations passées, du fait que je progresse par spirale. Je suis un enroulement et un déroulement conquérants, et je me renforce de cette manière de planter mes mots dans la terre nouvelle que je laboure en retournant l’écorce de la réalité. Je ne dois pas être impatient, et interpréter les vides actuels comme des conséquences de la spirale. Ce sont plutôt des peaux mortes, des zones de granit rencontrées sur le chemin, l’ombre du passé. 

Voici ce qui s’écrit au quatrième jour de la spirale, et cela sera peut-être dépassé dans une semaine. Il n’est pas impossible que tout ceci m’apparaisse puéril et insignifiant, mais je n’accéderai aux dimensions supérieures que par un chemin honnête, sans brûler d’étapes, sans établir de fausses passerelles ni un décor de carton-pâte. Pour l’instant, je conserve beaucoup de modes de perception appartenant au passé. Pour l’instant, que voyons-nous : des rues parallèles, du roc, de la pierre, du béton, du goudron et des mouches, des insectes humains, qui piaillent dans les bistrots leurs bavardages répétitifs, avec leurs visages de menus plastifiés, leurs poses de premiers de la classe, comme s’ils étaient assis à une table d’école, eux qui ont toujours été cancres. Certes, il est difficile de faire que chaque jour s’élance hors de sa petitesse et l’événement ne se donne pas aussi facilement, même à celui qui le désire. L’impatience est ambiguë.

Disons qu’à ce stade, notre ignorance est presque totale. Nous avons fait, à peu près, table rase. Nous découvrons des clichés, cela fait partie du prévisible. Les coups d’éclats qui retombent à plat ne m’intéressent plus, ils ressemblent à des pirouettes de cirque. Je ne suis pas un équilibriste ni un jongleur, ou pas seulement. Je ne tiens pas à me déplacer en roulotte toute ma vie. C’est une affaire de contagion mentale qui nous occupe. Un homme qui est le seul à croire à son empire et à l’habiter est de fait, sinon un demeuré, du moins un faible. Bien entendu, je ne sous-estime pas les forces adverses, les armées de réalistes qui maintiennent le statu quo. Un allié peut à chaque instant se retourner en ennemi, et l’effort est déjà grand à tenir la discipline dans les rangs de ses propres soldats et officiers. L’instinct d’adaptation nous tire. Les habitudes de la compétition nous détournent du chemin. On ne saute pas d’un cercle de la spirale au cercle supérieur, pour la simple raison que le cercle n’est pas là avant d’être secrété, mais produit par celui-là même qui le parcourt. Nous devons accepter de produire chaque jour des actes stériles, puisque la terre que nous retournons est en dormance, et qu’il faudra des mois de labour pour la féconder.

J’écris pour conquérir du temps qui ne soit pas linéaire. Tout se redéfinit sans cesse au présent. Tel est le sens de la spirale, d’être un labour du passé comme de l’avenir.


 

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Poème du devenir soi

 

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Après sa mort officieuse, on retrouva ces vers dans ses affaires, intitulés Poème du devenir soi. Certains en déduirent qu'il s'était réincarné :

 

"Surnaturel, je me rends totalement à mon destin,

J’invente l’orgasme qui augmente jusqu’à la vie,

La réalité est le reflet de ton désir,

Je suis la dimension qui contient toutes les autres,

Par la force de l’esprit, je me renouvelle totalement,

Avancer en précision dans les zones ignorées,

Laisser éclore les impressions,

Je dois traverser le plus difficile,

Inondez-moi de finesse,

Il n’y a pas d’objet,

Je ne suis pas de ce monde,

Faire exister ce qui n’existe pas,

Ne jamais céder,

Je grandis vers mon origine,

Toutes les solutions connues sont fausses,

Liquéfier le cœur,

 

Le renversement de toutes les pâleurs,

La vallée vierge,

Le hasard est mon seul ami,

Je ne fais que ce que j’admire,

J’ai dix mille ans,

Peupler mon grand territoire,

Mon corps produit le beau,

Sur une page ornée du motif d’une étoile à quatre branches incurvées, comme une hélice, ce qui apparaît comme une formule magique : vraisen kraz berniou mayen kubar zouz elphegor kainem Ziriad purk ténor zifriat,

Certaines femmes prétendent que je les utilise comme un instrument – mais toujours de musique,

Les points de chute sont des points d’envol,

Je ne perçois que les naissances,

L’ivresse sauve,

Sauter par-dessus la vie,

Disséminer les intensités,

Université de la maîtrise du délire,

L’échec est un succès,

Il m’arrive ce que je suis,

Je veux être le lieu d’une mutation de l’espèce humaine,

Le petit enfant doit affleurer,

Créez votre magie,

Déléthargiser,

Je me tourne le dos,

Stratémagie,

Je bois mon sang,

Changer le passé, incorporer l’avenir,

Dieux en un,

J’ai désiré tous les phénomènes,

Braise de l’âme saine,

Osez ce don de venir,

À chaque instant, le destin me fait offrande,

Extraire une autre dimension,

Inventer un esprit,

Présciences humaines,

Pour celui qui sait où il va, les obstacles sont une nourriture,

En avance sur soi,

Je suis mon propre événement,

Ce qui ne me concerne pas me concerne,

La matière est l’extase du temps,

Je ne veux pas ce que je veux,

Le manque est la qualité,

Élaborer la chance,

Ce n’est pas le monde qui est laid, mais l’art qui est trop beau, ne serait-ce qu’une fois,

Originer,

Édifier la structure qui réunit tous les possibles,

Deviner le devenir."

 


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30.05.2011

Le mythe du Surpoète

 

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cliquez sur la couverture

 


Pour donner à entendre le sens de notre histoire et le rôle de chaque personnage, nous nous appuierons sur le schéma dynamique suivant, qui nous tiendra lieu de matrice initiale. Elle représente la cartographie incarnée de notre histoire à son commencement :

___réalité_____frontière ou créalité_________rêve____

Ophélia… Peter Lovelace……Bardo /enfant)/Filipe….Léa-Maria Spielswehk…… William

 

Avant d’expliquer ce schéma, quelques indications fondamentales.

Cette histoire est un requiem joyeux pour annoncer la fin de la séparation entre réalité et rêve, entre le monde prosaïque et le monde onirique. Cette dichotomie dualiste entre matière et esprit fonde la civilisation funeste d’homo sapiens, qui est en train (depuis la seconde guerre mondiale) d’être dépassée par celle d’homo crealis. Les valeurs d’homo crealis : Poésie, Amour, Courage et « par-dessus tout, l’acte de créer le monde ».

Sur le fond et sur la forme, la narration indique la troisième voie régénératrice : la créalité. Cette histoire est un mythe fondateur, une quête du Graal contemporaine et orphique. Ce Graal, c’est le Créel, l’union vitale sacrée de la matière et de l’esprit. Par une fidélité héroïque au Créel, nous pouvons réenchanter notre quotidien et vaincre le réalisme morbide asservi à la loi du calcul et à celle du pouvoir égocentré.

Les six personnages principaux fonctionnent par paires dialectiques :

Bardo/Filipe, Ophélia/William, Peter Lovelace/Lea-Maria Spielswehk.

Ils se positionnent ainsi, au début de l’histoire :

- Réalité (dans l’ordre croissant vers le trop-plein de réalité) : Bardo, Peter Lovelace, Ophelia.

- Rêve (dans l’ordre croissant vers le trop-plein de rêve) : Filipe, Lea-Maria Spielswehk, William.

Ils symbolisent ceci, au début de l’histoire :

- Réalité : Bardo (l’insatisfaction idéaliste), Peter Lovelace (le Pouvoir tyrannique), Ophélia (la culpabilité).

- Rêve : Filipe (la joie simple et narquoise), Lea-Maria Spielswehk (la sagesse artiste), William (l’innocence).

Reprenons notre matrice initiale, qui ne doit pas être lue comme manichéenne mais tendancielle  (chaque personnage porte en lui du rêve et de la réalité) :

___réalité____frontière ou créalité_____rêve____

Ophélia… Peter Lovelace……Bardo /enfant)/Filipe….Léa-Maria Spielswehk…… William

 

À la frontière de la réalité et du rêve, il y a l’enfant, symbole et pivot du monde unifié que recherche Bardo. L’objectif de Bardo, qui est notre personnage principal, le héros de cet épisode du mythe, est de favoriser l’avènement d’un monde créaliste, c’est-à-dire un monde qui aurait unifié et synthétisé ses tendances contraires : la réalité devient le reflet de notre âme, le rêve devient réel. Nous avons à devenir comme des enfants créateurs, maîtres d’eux-mêmes, soucieux des autres et télépathes.

Si nous reprenons notre référence au mythe d’Orphée, nous dirons que réalité = enfer. C’est à l’extrême du trop-plein de réalité que le héros délivre l’Amour et qu’il trouve le Créel. Le dragon à tuer est incarné par Peter Lovelace.

Bardo au début de l’histoire est du côté de la réalité, mais de manière agonique (conflictuelle) : il se trouve près de la frontière du fait de ses contradictions d’architecte dans un monde voué au profit, qui tend à castrer ses tentatives de créativité et d’originalité (« un monde Bouygues »). Il reste du côté de la réalité du fait de son aspiration à ne pas jamais lâcher le réel, à ne pas l’abandonner aux mains des cons. Il s’est toujours méfié de la posture romantique du refus du monde. Mais il se sent encore lâche, car il sait qu’il aspire à se tenir à la jonction sensible des deux mondes.

Bardo va devoir aller sauver Ophélia qui souffre de trop de réalité, d’une maladie de l’âme liée au poids de l’invasion d’un passé intrusif et tyrannique. Pourquoi la sauver ? Parce qu’il l’aime et la désire, parce qu’il est chevaleresque, mais aussi parce qu’il sent intuitivement que sauver Ophelia, ce sera peut-être résoudre sa quête (qui est aussi un problème de civilisation, un problème collectif). Il sent l’appel de la Vie derrière ce don de soi. Pourtant, toujours d’après la matrice, il peut lui paraître que s’occuper du « cas Ophelia » l’éloigne de son objectif, qui est de rester près du monde du rêve. Il n’ira donc pas sauver Ophelia sans réticences. Il sera prudent dans son héroïsme. Il saura attendre le bon moment.

Les épreuves humaines à traverser par Bardo sont indiqués par le schéma matriciel : l’enfant, Filipe, Peter. Trois étapes à surmonter pour ramener Ophelia de l’enfer.

Or chaque antagoniste va devenir un allié pour l’épreuve suivante.

L’enfant est le premier antagoniste de Bardo : ne pas avoir peur de son apparition sous forme d’enfantôme, qui lui reproche d’avoir abandonné Ophélia, résoudre son énigme, l’accepter alors qu’Ophelia sans doute le préfère (conflit typique du père), l’assumer et finalement prendre le risque de lui passer le flambeau de son idéal en sacrifiant son propre corps. Nous appellerons cette épreuve : la confrontation avec la meilleur part de soi, qui réclame la mue, la mort puis la renaissance (celle-ci étant toujours un pari jamais gagné d’avance). Bardo fera de l’enfant son allié pour vaincre les deux autres antagonistes.

Filipe est le deuxième antagoniste de Bardo, son double tentateur parce que plus épanoui au début de l’histoire : ce jumeau est un joueur, mieux adapté tout en restant du côté de la légèreté et du rêve grâce à sa joie de vivre. Il plaît aux femmes, il se tient près de la frontière vertueuse, ne se compromet pas trop avec le monde (il est traducteur). Il est du côté qui permet de surfer sur les vagues sans trop se polluer. C’est attirant, et Bardo se demande depuis son enfance s’il ne doit pas se comporter comme Filipe. Mais au fond Bardo aspire à un destin plus épique. Sans cesse Filipe moque affectueusement sa grandiloquence. La mort de Bardo va déséquilibrer l’ascendant de Filipe : la vision tragique de Bardo n’était donc pas un leurre. Nous appellerons cette épreuve de Bardo : la confrontation avec la part familière de soi, qui réclame le plaisir et la légèreté. Filipe, de mitigé qu’il est au début, deviendra par la force des choses un allié total de Bardo. Du moins jusqu’au dernier moment de l’histoire…

Peter Lovelace est le troisième antagoniste de Bardo : cet homme tyrannique, grande autorité universitaire, non seulement détient Ophelia sous son influence, mais il affirme aussi détenir la vérité sur la Poésie, à savoir que la muse est une pièce de musée : pour Peter Lovelace, inutile de vouloir installer le règne de la créalité, car il n’y a plus que de la réalité partout. La Poésie est morte et l’amour doit se soumettre au pouvoir. Ce monde contemporain est lui-même mort, asservi au règne du prosaïsme et la poésie ne peut plus s’incarner : autant relire Shakespeare et enseigner les grands auteurs du passé. Cet homme est la virilité patricienne incarnée jusque dans sa perversité, la figure du maître tyran qui fait douter de l’idéal et de l’amour. Il a colonisé le corps d’Ophelia et sa psyché, car ce que vise Peter à la limite est simple : tout l’amour et le pouvoir pour lui, l’esclavage de tous les autres. Il faudra donc l’extirper du corps de l’aimée autant que de soi-même, car pour Bardo, Peter Lovelace représente aussi la tentation du pouvoir du chef de tribu. Cela pourrait être tentant de devenir un maître tyran, mais cela serait s’arrêter en chemin et devenir un Super Homo Sapiens plutôt qu’un Surpoète. En réalité, Peter Lovelace est un esprit totalitaire, qui reste prisonnier de lui-même car il a une vision trop absolue de l’innocence : pour lui, l’innocence, c’est William l’idiot, le fils dont il s’occupe par conséquent comme on cultive un fétiche.

En reprenant le schéma matriciel, on pourra déterminer le parcours de chaque binôme/biface au fil de l’histoire. La tension la plus extrême du mythe est représentée par le couple Ophelia/William, l’innocence et la pureté adamique de l’adolescent faisant écho au trop-plein de culpabilité et de connaissance du mal de la sœur (elle a croqué la pomme). À la fin, il faudra unifier ces deux tendances en ramenant aussi William vers le centre (l’enfant en lequel Bardo s’est réincarné lui apprendra à jouer aux échecs et à se nommer lui-même : « le fou de l’échiquier »).

En restant auprès de Bardo, nous voyons sur le schéma que son plus grand obstacle pour sauver Ophelia est donc la tendance inverse, c’est-à-dire qu’il y a en lui un William, un pur sans conscience, pusillanime et obéissant, un fou de l’échiquier qui voudrait prendre la tangente, un idiot de Dostoïevski, une âme pure qui dit oui à tout (tout est jouissance pour le flux vital) et qui flotte dans une conscience instantanée sans prise apparente sur le réel. Mais William n’est pas si inutile, puisqu’il donne à Bardo l’impulsion finale pour se réincarner. En somme, au sommet de l’héroïsme, on a besoin de raviver l’idiot en soi.

On voit aussi qu’il y a de la Lea-Maria Spielswehk en Peter Lovelace et vice versa. Cela aide notre lecture à complexifier les personnages, à dégager leur double part négative et positive. Nous voyons aussi qu’il y a une tendance (moins forte mais réelle), toujours pour Bardo, à devenir une Spielswehk, c’est-à-dire un artiste reconnu, sage, sensible et épanoui, mais seulement un artiste. Cette tendance à n’être qu’un poète et un sage (plutôt que le chevalier du Créel), pourra un instant détourner  Bardo d’Ophelia et de son objectif.

À la fin du mythe, nous constatons que :

Le binôme Peter Lovelace/Lea-Maria Spielswehk est mort. C’est cohérent : Bardo a surmonté la double tentation du pouvoir tyrannique et du rôle artiste.

Le binôme Bardo/Filipe a fait tout au long de l’histoire une révolution autour du pivot de l’enfant. Filipe est passé du côté du réel. Il a perdu de sa légèreté en perdant son frère et en se confrontant à la tragédie. Il a été ébranlé, et il voudra certainement revenir à sa nature joyeuse et dépasser sa contamination par la réalité, par exemple en aimant Ophelia ou en dépassant le monde onirique de son frère par le développement d’un mythe personnel, puisque au terme du récit il sait que c’est possible.

Le binôme Ophelia/William s’est aussi rapproché du territoire central, auprès de l’enfant créaliste. Ophelia reste du côté du réel car sa culpabilité n’est pas tout à fait guérie mais l’amour et l’héroïsme de Bardo tout de même l’ont sauvée. Elle est heureuse de pouvoir aimer, dans le même corps, celui de l’enfant-Bardo, à la fois son fils et le père de son fils (ce qui est, dira-t-on en souriant, l’objectif secret de nombreuses mères). William reste du côté du rêve, mais il s’apaise et prend davantage conscience des choses, grâce à la complicité de l’enfant.

Bardo a atteint son objectif : il a trouvé son Graal, le secret du Créel, la clé de la renaissance et de l’union du rêve et de la réalité. Il a enfanté le Surpoète en réincarnant en son corps d’enfant l’essentiel de son âme. L’enfant-Bardo, dieu vivant, parviendra-t-il à faire advenir une nouvelle humanité ou est-il complètement fou comme tous les personnages de cette histoire, si l’on adopte une lecture réaliste ?

Il reste que le mythe n’aura une fin entièrement heureuse que si Filipe retrouve pleinement sa joie de vivre. Le frère survivant découvrira-t-il en lui un secret et un rêve aussi fou que celui de Bardo : devenir, comme l’enfant, un dieu ? Mais c’est une autre histoire…

 

 

 

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20.05.2011

Exilophone



podcast

une chanson écrite, composée, jouée et chantée par Luis de Miranda

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 J'ai mon corps allumé, ma tâche lancée, haut confiteor

Pour conquérir la lune plutôt deux fois qu'une, je ne suis jamais mort

J'ai marché sur les corps pour réveiller les torts et les idéaux

Aucun détail immense de ma surveillance n'existe en vidéo

 

J'écris des rapports

Où je démontre le tort

Des spectres agonisants

Je reste à ma place

Derrière la glace

Pour arrêter le temps

 

J'ai trouvé refuge

Dans mon coeur centrifuge

L'Ailleurs en moi résonne

Comme un exilophone

 

J'ai trouvé remède

Entre tes intermèdes

Apatride, un peu Rom

Comme un exilophone

 

J'ai foi en ton silence, je rythme ta cadence entre chaque sourire

Tu es tantôt sidérale, parfois je fais le mâle avec notre avenir

Les araignées surgissent, requiem des supplices, une étoile au plafond

Marque ton territoire – dis que tu en as marre de la forme et du fond !

 

Je suis en partance

Pour l'éternelle enfance

Des magiciens du temps

Je prends des leçons

En écoutant les sons

Les pulsations du sang

 

 

___

 

 

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