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05.01.2005

La lenteur de l'absence d'obstacles

Le sujet fuit-il le monde du calcul, ce réel difficile à supporter, comme semble-t-il le considérait Lacan, ou bien est-il secrètement amoureux des mathématiques, et qui dit amoureux, dit jaloux ?, se demande Arsenal du Midi.

Musil décelait l’avènement de l’homme moyen dans la propagation des statistiques sociologiques ; tant que nous sommes normaux, nous ne sommes qu’un chiffre interchangeable, perdu au milieu d’une courbe de Gauss. Le sujet libre, le sujet intense, n’existerait qu’aux extrémités de cette cloche. Serait davantage libre celui qui n’est pas « cloche »…

Mais nous remarquerons dans un premier temps, dit Arsenal, que c’est précisément parce qu’il n’a pas un comportement logique, rationnel, que le sujet est mathématisable. À agir impulsivement, on tombe facilement dans le mimétisme.

Prenons l’exemple du périphérique intérieur parisien, par rapport au périphérique extérieur. Trois voies sans feux rouges sont supposées être plus rapides que deux voies parsemées de signalisations. Cette remarque n’est pourtant pas une remarque de logique, mais plutôt une observation phénoménologique, un jugement de bon sens a priori. Ce qui mène la plupart des voitures vers le périphérique censé être le plus rapide, c’est le désir, le désir que le réel soit sans obstacles, et l’idée que l’obstacle ralentit l’épanouissement du sujet. Un véritable raisonnement logique, psychologique si l’on veut, doit au contraire intégrer le fait que l’homme est sans cesse à la recherche d’un réel sans obstacles. En conséquence, ce que l’observation confirme, le périphérique à trois voies sans feu est plus lent que les Grands Boulevards, et en toute logique, il ne convient jamais de le prendre pendant la journée.

Bref, ajoute Arsenal, ce serait parce que le sujet n’a pas un comportement dicté par un raisonnement mathématique, ou logique, que son comportement est mathématisable. On pourra pourtant faire ici une objection. Admettons que tous les conducteurs fassent le raisonnement plus haut cité et observent qu’il vaut mieux ne pas prendre le large périphérique. Puisque cette hypothèse suppose un sujet unanimement rationnel (en acte, et pas seulement en puissance), il faut aller jusqu’au bout de cette prémisse et admettre que le conducteur déduira que sa conclusion devrait être partagée par tous : dès lors il prendra tout de même le périphérique à trois voies sans feu, espérant y être plus seul, en vain. C’est là un autre exemple du dilemme du prisonnier. Par conséquent, que l’homme pense ou non, il y aurait toujours des bouchons au même endroit…

On peut déduire de ce qui précède, dit Arsenal, qu’il est probable que cela roule presque toujours mieux, statistiquement, et en milieu urbain, lorsqu’il y a des feux, hypothèse à vérifier auprès des urbanistes. Dit autrement, on aboutirait à cet apparent paradoxe : les flux circuleraient mieux lorsqu’ils rencontrent des obstacles. Éthiquement, stratégiquement, il serait donc préférable pour un sujet de ne pas éviter les obstacles, mais au contraire de les chérir…

18:45 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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