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03.01.2005

L'effort et la gaieté

Les jours passent. Depuis six mois, Arsenal du Midi vit seul avec un chat abyssin au caractère aussi agréable qu’invariant. Il comprend que Descartes ait pu parler de machines à propos des animaux — mais qui passe assez de temps avec l’un d’eux les comparerait plutôt à des enfants. L’indépendance élégante et l’absence de méchanceté de son chat, comparées à la frustration, à la névrose, à la constante demande d’affection, à l’inconstance de la plupart des humains qui l’entourent lui est une source de joie. Reste, se dit-il, un point commun entre les humains et l’animal : la crainte. Et cette fois-ci, à observer la récurrence épisodique de mouvements de peur chez un chat pourtant entouré d’amour et de sécurité, on peut en effet être pessimiste sur l’évolution de l’espèce humaine, qui a tant à faire avec la haine et l’imprévisible. Chez la plupart des êtres, la peur est si instinctive qu’ils ne quittent pas les rails d’un comportement prudent, timide, discret. Ennuyeux, en somme.

Aristote recommandait la prudence (on sait ce que son élève Alexandre a fait de ce conseil…). Cette vertu, si elle en est une, n’est pas systématique dans le comportement d’Arsenal, ce qui lui vaut parfois de se cogner le nez contre quelques portes, de subir quelques déconvenues, déceptions. Mais aussi qui le délivre de l’ennui et lui apporte de bonnes surprises, lui donnant à vivre des expériences singulières dont la douce, l’enivrante saveur l’élève de quelques centimètres au-dessus de la terre. Malgré quelques passages à deux doigts de la mort, Arsenal du Midi ne troquerait pas la turbulence de ses trois premières décennies contre une existence plus métronomique. Il admire certains êtres disciplinés, à condition qu’ils soient eux-mêmes à l’origine de l’essentiel de leur maîtrise de soi, plutôt que dressés par un environnement policé.

Arsenal n’est jamais totalement inconscient au point de se perdre, jamais assez méticuleux pour devenir une machine à survivre. Disons qu’il est un fruit à maturation lente. Il n’a jamais été précoce que dans le chaos, ce qui est assez naturel. Il a compris au fil des ans que jouissance et discipline forment une dialectique périlleuse, sorte de chemin ivre entre deux ravins où le corps peut finir démembré. Une fois sur ce chemin, on n’a d’autre solution qu’avancer, sans certitude, et surtout pas celle qu’on pourra arriver au sommet avant la fin du temps qui nous est imparti.

L’un des plus grands mystères humains est le divorce entre la gaieté et l’effort. Adam et Eve chassés du paradis. À cause peut-être de la paresse d’Eve, qui n’a pas eu le courage et la patience d’accéder à la connaissance par la lente expérience, et du fait de l’ambiguïté d’Adam, qui devait tellement s’ennuyer là-haut qu’il n’a pas cherché à décourager Eve d’aller voir du côté du serpent. Si le couple édénique avait été réellement joyeux, se dit Arsenal, aurait-il dérivé du côté de la connaissance ?

09:40 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arsenal du midi, miranda, aristote | |  Facebook | |  Imprimer

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