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07.01.2005

L'excès et l'incès

Puisque la vie d’un individu était jusqu’à nouvel ordre délimitée entre une naissance et une mort, la richesse ne devait pas se trouver dans un excès toujours reconduit mais plutôt dans ce qu’on aurait pu appeler, expliqua la jeune femme à Arsenal du Midi, "l’incès" : une hypertrophie de l’attention aux variations des phénomènes. L’analyse soutenue des nuances du bonjour de la boulangère de la rue du Télégraphe lui paraissait être un bon exemple de démesure - elle tenait de la résection chirurgicale. La jeune femme sentait pourtant qu’elle ne se résoudrait pas à un tel exercice ; c’était plus risqué, socialement, qu’un excès momentanné de drogues, tout simplement parce que cela supposait une perte de temps anormale.

Elle se sentait coupable de ne pas savoir raconter sa journée à l'homme avec qui il vivait, qui le lui reprochait (comme il lui reprochait sans jamais le formuler clairement de ne pas s’abandonner de manière absolue au sacre du couple, à la dissolution de l’un dans le deux-en-un qui à ses yeux était le désir secret et cannibale de la plupart des humains) : il n’était pas impossible que ce fût-là une preuve de cécité de la part de la jeune femme d'en face, celle de ne pas savoir déchiffrer les microvariations de l'intime puis de les exprimer de manière anodine.

Elle navigait plus volontiers sur le lac des abstractions qu’en mer des détails, ce réseau microcosmique qui pourtant était peut-être le terrain de la seule aventure encore possible dans un univers quadrillé. Elle se sentait relativement aveugle à la chair du vivant.

20:05 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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