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07.01.2005

Où commence l'hygiénisme ?

Elle s’arrêta à la bibliothèque municipale du quartier, raconta Arsenal du Midi. Dans les toilettes, une pancarte pourtant commune l’arrêta, nouvel output de fiction sociale : “Merci de laisser cet endroit aussi propre que vous souhaiteriez le trouver en entrant.” Cette formule lui parut faire écho à des pensées vagues sur l’helvétisation de l’Europe. Tel que la jeune femme le trouva, ce lieu d’aisance n’était pas irréprochablement propre, des taches d’urine dessinant au sol de coupables ovales. Admettons que la jeune femme eût souhaité trouver l’endroit à l’état virginal, avec une odeur de lavande ; devait-elle demander une éponge et du produit nettoyant à une bibliothécaire fragilisée ?

Elle estimait que son passé de femme ayant atteint par des chemins détournés la moitié de son existence n’était pas aseptisé comme celui de ces grands enfants que leur éducation maintenait à l’écart des limites, faisant d’eux des douaniers plutôt que des contrebandiers de la vie. Elle n’avait pas reçu la vérité en héritage, avait dû la découvrir au détour des mauvaises expériences, tombant et se relevant comme les saisons, avait dû tutoyer le chaos pour avoir une idée de ce qu’était l’ordre. Mais les technocrates et leurs bons élèves auront beau purifier les rues à la manières des toilettes d’un hôtel de luxe, ils ne feront jamais que l’existence elle-même fût immaculée, vidée de ses agonies quotidiennes et de ses ombres en points d’interrogation. Tout au plus la démocratie finirait-elle par s’aveugler sur la réalité des choses, glissant sur les apparences de l’hygiène sociale en variant périodiquement de ligne de soin.

14:55 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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