08.01.2005

SOLITUDE

A présent que l'homme avec qui la jeune femme d'en face vivait lui avait annoncé qu’ils étaient trop différents pour s’entendre, elle croyait attendre leur séparation avec impatience. Il ne lui raconterait plus ses rêves au matin, ne lui lirait plus son horoscope, inquiet de l’avenir. Elle n’entendrait plus sa voix, qu’au fond elle aimait tant, peut-être à cause de sa fragilité.

Le matin qui suivit, raconta Arsenal, la jeune femme sortit acheter le journal, seule. Au retour, devant le hall de son immeuble, elle aperçut un escargot, mollusque dont il avait oublié l’existence. L’animal exposait son corps longiligne au danger des passants. Elle se demanda si le destin lui demandait en cet instant d’avancer plus lentement, ou s’il l’encourageait à continuer seule malgré les risques d’écrasement. Elle avait aimé l'homme avec qui elle vivait depuis deux ans. Mais l’amour n’avait pas suffit à peupler les territoires qui les séparaient.

Nerveuse, elle regarda par la fenêtre du salon. Paris lui apparut comme un réseau de contraintes où la fantaisie se brisait les os au premier mur d’immeuble, baissait la tête au premier feu rouge. Le monde entier était un système carcéral. Elle eut envie de pousser un long cri, mais comme sa gorge restait serrée elle prit une feuille de papier, un crayon, et allongée sur le sol, la paume de la main gauche plaquée contre le parquet comme pour se retenir de tomber plus bas, la jeune femme d'en face commença à pleurer.

Ecrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.