10.01.2005
IDENTITÉ
Un individu porte avec lui tant de points de vue, d'éthiques, de pulsions contraires, commença Arsenal du Midi, qui ce jour-là préférait les questions aux réponses. S'ils en suivaient un rigoureusement plutôt qu'un autre, un destin bien différent serait-il ainsi tracé ? Parfois ces points de vue sont inconscients, c'est le cas des individus qui disent avoir des émotions : en réalité, dit Arsenal, ils ne parviennent peut-être pas à déterminer les variations de point de vue qui déterminent ces affects. Ceux qui en sont conscients ne sont pas plus heureux tant qu'ils n'ont pas réussi à cesser de flotter d'un point de vue à l'autre.
À chaque instant nous déterminons notre destin. Mais puisque nous sommes incapables de choisir avec détermination un point de vue, une esthétique, un Moi parmi tous ceux qui nous sont possibles, notre destin n'est petit à petit qu'une sorte de moyenne entre des mode d'être différents, parfois connexes, parfois contradictoires. Nous sommes un puzzle identitaire.
Pourquoi avons nous plusieurs Moi ? Et doit-on appeler Moi ces identités fugitives, cette polyvalence de points de vue, cette incapacité à se fixer à un seul masque, ou à un seul mode d'être ? Est-ce parce que nous manquons d'honnêteté ? Mais quel critère autoréflexif permet de juger de cette honnêteté ? Si la vie est un chemin entrecoupé de carrefours, quel sens interne nous permet de distinguer la bonne voie de l'erreur ?
Dans la préface de son troublant et burlesque roman, "L'Homme-dé", Luke Rhinehart écrit : "Le style fait l'homme, dit un jour Richard Nixon, et il passa sa vie à ennuyer ses lecteurs... Mais que faire si l'homme un, le style unique sont introuvables ?" Comment réussir sa vie, cette question aujourd'hui semble d'autant plus complexe que l'individu à l'impression de plusieurs choix de vie possible. Mais nous n'avons toujours qu'une vie. Quels sont les critères de réussite d'une vie ? La question mérite toujours d'être posée. Elle se dédouble de cette autre question : comment savoir que SA vie, même réussie, est bien la sienne ?
Dans un monde sans valeur dominante UNE, comme celle que la foi en Dieu pouvait déterminer, comment l'individu peut-il tracer son existence avec certitude, une certitude équivalente à la foi ?
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