12.01.2005
VIOLENCE
Combien de mécanismes sociaux n'ont pas déjà été dévoilés, lança Arsenal du Midi ce jour-là. Parlons de la violence. Ce mot suffit à déclencher aujourd'hui chez les individus conditionnés un rictus désapprobateur. Il n'est pas souhaité que la violence soit centrale dans nos sociétés. Elle doit écumer les marges, la périphérie des cercles sociaux. La violence ne doit pas être extrême, disent-ils, et en attendant ce sont les extrêmes qui sont violents : embryons ou foetus éradiqués à raison de 1 million par an en Europe (on nomme cela d'un terme qui rappelle la boulimie : interruption volontaire de grossesse), suicides hivernaux, dépression massive, précaires de l'euro ou de l'affect... Pour fonctionner, une société dénature en continu le principe d'Héraclite, selon lequel les opposés se touchent, en tentant d'éloigner le bien-être de la violence. Au centre, le bien-être : enfants des grandes écoles, autoérotisme mental... À la périphérie, vide et déchets nihilistes.
Voilà pour une description superficielle. Mais bien entendu, la violence ne se laisse pas ainsi séparer du plaisir. Il faut donc supposer qu'elle prenne des formes masquées, déguisées, voire qu'elle se grime en son contraire, mais – et tout cela est connu, précisa Arsenal en soupirant, trop connu pour être vu – la violence ne disparaît jamais des zones centrales. Des exemples de violence déguisée en plaisir ? La cigarette, les renvois d'ascenseur, l'abstinence sexuelle des femmes, l'alimentation rapide, le cinéma mimétique. Tout cela participe d'un sado-masochisme infantile qui est l'une des formes par lesquelles la violence peuple les zones centrales de la société.
Mais nous devons aller au-delà, ajouta Arsenal en fermant les yeux. Nous connaissons tous les explications qui précèdent, et pourtant nous répétons chaque jour des attitudes contradictoires : nous condamnons la violence alors que nous la distillons à doses essoufflées.
Ils cherchent à nous frustrer ? Nous serons bientôt au-dessus des frustrations et des envies. Pour cela, nous ne devons pas éteindre notre flamme intérieure mais au contraire en faire un immense feu de joie. Car la violence n'est pas nécessairement une mauvaise chose, voilà ce que vous avez oublié, affirma Arsenal en levant la tête, le regard limpide. La violence en son sommet est maîtrise et c'est cette maîtrise que vous avez oublié.
Car vous avez désormais le souffle court. Reprenez votre souffle, réapprenez à expirer des vents chauds, à inspirer des aquilons. Un jour nous fûmes maîtres et amoureux de la nature, nous dialoguions avec elle, étions l'ami des loups et des aigles. Aujourd'hui nous sommes les esclaves d'une antinature surgelée.
Et Arsenal du Midi ajouta avant de se retirer : mes frères, réapprenons la violence qui est plus violente que la haine ! Ce ne sera pas facile. Il faudra unir nos forces pour fonder la dynastie des Titans de l'Amour.
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