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19.01.2005

DÉSIR

Arsenal du Midi, par le passé, avait vécu quelques temps avec une jeune et belle disciple, Kamlia.

Ce qui distingue les hommes, dit un matin Kamlia, c’est leur allure, dépressive, enjouée, ou mitigée ; la plupart marche d’un pas mitigé, croyant en Dieu le lundi, à la jouissance le mardi, oubliant tout le reste du temps.

À quelques mois d’avoir vingt-trois ans, la vie m’apparaît comme une joyeuse décomposition, insista Kamlia en souriant. Joyeuse décomposition, car la mort nous désire, c’est notre plus ardente amante, poursuivit-elle, enflammée. Elle nous désire si fort qu’elle nous aura, même si nous la trouvons laide et, comme cela arrive souvent, n’aimerions pour rien au monde partager son lit.

Arsenal jeta un coup d’oeil au lit qu'il partageait parfois avec Kamlia.

Rejeter la mort est une inélégance, continua Kamlia. Et même une absurdité logique, lança-t-elle fièrement en fouettant l’air avec sa fine main droite. Car aimer la vie, c’est aimer le désir. Or, puisque la mort est la plus grande force de désir au monde, capable d’obtenir tout ce qu’elle veut, aimer la vie ce doit être respecter par-dessus tout la mort. Si on reconnaît un être vivant à sa capacité de désirer et de satisfaire ses désirs, il n’y a rien de plus vivant que la mort, répéta Kamlia. Quant aux hommes, leur plus grand bonheur est d’être désirés, et ils ne le seront jamais autant que par la mort, qui ne se fatigue jamais de ses conquêtes, depuis l’aube des temps.

Kamlia resta silencieuse, attendant l'approbation d'Arsenal, qui la regardait en se retenant de sourire.

La mort, ajouta Kamlia d’un air triomphant, a un désir si puissant qu’elle a probablement créé la vie (et qu’elle la recrée sans cesse), afin de pouvoir exercer son désir. C’est pourquoi le désir fait si peur à tant de personnes : instinctivement, ils ont compris que le désir est l’affaire de la mort, non de la vie.

La seule façon de réfuter tout ce qui précède, conclut Kamlia en minaudant, est de poser que l’essence de la vie n’est pas le désir, ce qui serait une absurdité.

Arsenal, pour toute réponse, s'approcha de Kamlia, la dénuda, puis la caressa. 

10:55 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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