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30.04.2006

Dépendance

Un train a traversé la piscine. Les roues de fonte se sont craquelées au contact de l'eau. Chaque goutte s'est diffractée en reflets d'elle-même dans le regard des voyageurs qui s'étaient penchés au dehors. Le bassin de la piscine était une vitre opaque au fond de laquelle brillait une lueur.

Je nageais. Il m'importait moins de subir sur mon dos le poids de la locomotive que de retrouver deux mots qui, quelques secondes plus tôt, avaient émergé de ma conscience comme une éruption de fièvre et que par molesse j'avais aussitôt oublié : "Théologie amoureuse" ? "Tératologie émotive" ?

Une fois de plus, je chevauchais, dans le vide, un cheval qui courrait à côté de moi. En coulant, le train vida le bassin de son eau et de ses nageurs, projetés contre les parois de verre qui nous séparaient des souterrains de la ville. Les voyageurs sautaient du train en hurlant. On se blessait en essayant de fuir. Je continuais de nager, le corps indolent car son énergie était mobilisée par la quête des deux mots disparus : "Monadologie négative" ?

Le train s'était finalement dissous dans quelques gouttes d'eau. Les passagers s'étaient envolés en frottements humides. La piscine n'était plus qu'un long couloir de boue où galopait mon pur sang, de long en large.

Mais tout cela, je ne le voyais que par bribes : j'avais l'esprit mobilisé par la recherche des deux mots oubliés, qui me semblaient plus importants qu'un train déraillant dans une piscine municipale. En cela, dans cette dépendance aux lettres composées en hologrammes de sens qui m'aveuglaient sur les phénomènes, je me montrais humain.

14:40 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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