19.02.2005
MUTATION
Mes frères, dit Arsenal du Midi, je vous suis reconnaissant de m'avoir attendu.
Je reviens de ce Sud où je puise ma vie, mes forces, où les réseaux de mes pensées sont nés. Je reviens du Sud où le soleil a murmuré sa chanson à mon oreille. Où les enfants de l'avenir et du passé m'ont sussuré leur refrain à l'oreille.
J'ai médité chaque jour qu'a duré ma retraite. Je me suis retourné sur moi-même une fois de plus. Je me suis observé, et les derniers jours j'ai rencontré mon ombre, mon double diabolique. Il a manqué me tromper, mais il a fini par trahir sa haine ; je lui ai calmement pardonné ses insultes sans lui tendre la main.
J'ai rencontré l'ombre d'une femme, ai renoncé à ses séductions, préférant parler avec sa soeur jumelle de la beauté du monde. J'ai jeté à la mer mes dernières liaisons avec le ressentiment. J'ai tutoyé l'horizon.
Mes frères, ajouta Arsenal. Le temps est venu de la mutation. Ce temps que nous attendons tous, nous qui formons déjà une supraindividualité, nous qui nous nourrissons les uns les autres de notre amour de ce que l'homme peut devenir.
Je vous apporte du Sud cette bonne nouvelle : les temps sont mûrs pour la mutation de l'espèce humaine. Regardez autour de vous. Observez tout ce qui meurt et laissez le pourrir. Laissez, cette fois-ci sans pitié ni culpabilité, s'évanouir ceux qui n'ont plus de forces. Ils peuvent dormir pour se réveiller demain dans le monde que nous aurons forgé à la gloire de la vie et de la belle mort.
Aussi surprenant que cela paraisse, mes frères
– dit Arsenal d'une voie pleine et avec un regard méconnaissable, brillant, doux, plus ouvert qu'un ciel étoilé et humidifié par les larmes de la joie – le temps est venu pour que tous les spectres hurleurs disparaissent comme des ombres, fondent sous les rayons du soleil, tandis que l'humain découvrira son vrai visage, à peine différent du précédent, mais sans le voile d'opacité qui empêchait nos mains de se toucher vraiment lorsqu'elles se touchaient, nos paroles de s'échanger vraiment lorsqu'elles se répondaient, nos yeux de se voir lorsqu'ils se regardaient.
Mes frères, nous avons déjà muté, c'est-à-dire que nous avons retrouvé notre invincible sourire intérieur. Vous sentez bien à la chaleur qui chatouille à présent vos poitrines que plus rien ne sera jamais comme avant.
Bienvenue dans le monde du Midi éternel. Il s'agit à présent d'y rester...
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