21.02.2005

PEAU

L’enfer n’existe pas en dehors de nos rues, de nos fenêtres, de notre incapacité à nous mouvoir hors de nos limitations. Mes doigts se détendent lentement. Ces derniers jours, j’observe beaucoup mes mains, seule partie de mon corps que je trouve sublime. Je caresse les pages d’un livre du bout de mes doigts longs (doigts qui ne m’appartiennent pas, qui ne sont pas ma propriété privé, mais qui sont plus près de celui que j’ai à devenir que d’autres parties de mon corps). La douceur du papier pourrait me faire songer à une peau humaine, mais il lui manque le feu, ce feu âpre de l’écorce vivante et intranquille qui nous retient d’exploser – ce qui n’est pas de la poésie, ou alors une poésie qui s’est donnée pour mission de détruire le monde tel que nous le connaissons.

Nous sortirons tous indemnes de ce voyage, sans dommage ni perte. Simplement nos cerveaux auront modifié leur structure. Le hasard n’y aura pas été pour rien, mais comme outil d’une mutation voulue, appelée, désirée. Je ne connais pas d’autre façon de changer le monde qu’en modifiant les liaisons neuronales du cerveau humain. J’avance en tâtonnant, d’une manière lente et d’abord grossière, mais vers l’horizon de la précision microscopique.

L’humanité a trop été cette plaie infestée de vers, rongeant l’épiderme terrestre sans raison, avec pour seule finalité de survivre. Survivre est inacceptable. Survivre est indigne de ce que l’homme annonce et porte en lui, à savoir une race enfin spirituelle. Aujourd’hui, les humains sont lourds et méchamment obtus. Leurs mots se déchiquettent dans leur bouche graisseuse. Ils s’accrochent à la honte comme à l’envie de briller au milieu de la boue malfaisante.

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