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22.02.2005

À la deuxième personne du singulier

Ta rétine épluche la ville en écorces amères.

Ton œil ne jouit plus des surfaces planes, il numérise dans les normes les résidus de tes brûlures coagulées, celles de tes disparus, celles des fouets à venir.

La matière n’est plus que l’éponge de ton mal, et tu tentes de marcher sur le feu depuis que le turf vital s’est arrêté. Et comment ne pourrait-il s’arrêter tôt ou tard ?

Presque rien n’anime tes artifices. Tes mots ont perdu leur sol, et s’envolent, ridicules, ici comme ailleurs. Tu ne digéres plus l’amour qui s’éfile aux angles des cartes de crédit.

L’avenir est rétréci par les focales de l'abandon. Devant tes yeux, les hommes prennent des bains de crachats. La mort étend son domaine. Nous gravons en rires sur notre sang le cancer du rien.

Tu es peut-être magnifique mais tu ne le crois pas, quand bien même une voix douce te le murmurerait.

Car il n’y a jamais que deux ou trois voix pour te soutenir. Tu agites tes membres dans la cage invisible qui te retient sans attaches.

Et par erreur, tu dis "nous" lorsque que tu veux parler de toi.

Tu dis : "Plus nous subissons les pamoisons de l’idiotie, plus notre coeur pèse, sans fuite."

Tu dis : "Plus notre monde s’est déconstruit, plus nos tripes se sont alourdies, gémissantes, tremblantes dans l’attente d’un miracle sans foi."

Tu dis : "Nous nous accrochons aux mots comme à des bouées, retardant l’asphyxie, la rendant à peine plus lente. Les sons nous arrivent par problèmes, quanta d’indigestions.

Nous regardons en sursis ce qu’il reste de nos corps pour les autres. Cinq millions d’hématies, à peine trois cent mille plaquettes par millimètre cube."

Mais tu oublies que les mystères ne tiennent pas qu’une seconde.

Depuis l’annonce de la mort de Dieu, tu survis accroché à des mantras vitalistes, pucerons de la chevelure du destin affamé.

Ton âme, qui n'est plus qu’un souvenir, se déplace lourdement sur l’échiquier de la réversibilité.

Mais toi tu crois détenir la vérité.

Tu dis, morose : "Nous avalons des liquides qui nous apaisent quelques secondes, fumons notre angoisse et murmurons des paroles usées.

Notre détresse est ridicule car elle a déjà été vécue.

Nos espoirs le sont encore plus, car ils ne sont qu’une fuite.

Nous n’avons pas tout, sauf un manque. Nous manquons de tout, et marchandons notre lucidité en vies reflétées."

Tu demandes : "Et s’il en avait été autrement ?"

09:25 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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