24.02.2005
CHAOS
Si l'homme est donneur de leçons, c'est qu'il est par-dessus tout écouteur de sentences, assoiffé de vérité. Et si nous étions arrivés à un temps où plus aucune vérité ne puisse s'énoncer autrement qu'à la première personne ? Misère de la philosophie en terre de postmodernisme.
Mais salut peut-être. Imaginons un Kant qui ne parle que pour lui... Imaginons qu'aucune psychologie ne puisse plus se dire transpersonnelle. Peut-être est-ce la seule manière, ô Weber, de réenchanter le monde : interdire la généralité en matière de sciences humaines. Abolir les sciences humaines. Admettre que la théorie du chaos s'applique à l'échelle de l'individu, incertitude microscopique, interdépendance de l'observateur et de l'observé, attractions étranges et sensibilité aux conditions initiales.
Alors je pourrais converser avec une femme et l'entendre me parler des lianes qui s'affolent la nuit autour de son corps, nouant sa crainte de se transformer en guépard, ou m'affirmant son désir de me tatouer le corps, millimètre par millimètre, de phrases que j'aurais dites et regrettées, usant du sang de son phyton d'estimation pour graver sur mon épiderme frémissant ces traces indélébiles de mes abjurations.
Nous passerions alors plus de temps à nous surprendre qu'à juger nous décevoir, et cela vaudrait le coup d'attendre, au coin d'une rue, qu'une femme s'apprête : son retard serait rattrapé par autre chose que des platitudes auquelles répondent d'autres banalités menant à un coït furtif et trop horizontal : je rêve que la rencontre d'un couple ressemble à une fission d'atomes sur un terrain de squash.
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