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01.03.2005

Sermon de Midi

Aujourd'hui, dit Arsenal du Midi à quelques touristes échoués par hasard devant sa grotte, dont j'étais, nous allons faire un petit stage post-humain. L'enjeu est de vous désencrasser, et Dieu sait que vous en avez besoin (pardon ? Oui, bien entendu, Dieu est mort, c'était une figure de style vaguement ironique, mais je vous félicite d'être attentifs).

Bien. Il y a du pain sur la planche, ajouta Arsenal en regardant le groupe inquiet amassé à ses pieds, et en s'arrêtant un instant sur ma pauvre personne. Par exemple, vous êtes venus avec votre corps éponge, vos sentiments circulaires, votre méchanceté frustrée et envieuse. Laissez tout cela au vestiaire, voulez-vous ? Le vestiaire coûte 2 euros : c'est à peu près ce que valent ces sentiments.

Vous êtes venus avec votre admirable don d'imitation. C'est fou ce que vous imitez bien, dit Arsenal. Mais vous ne savez pas tout imiter. Il semblerait que les mimiques grasses vous soient plus aisées que les esquisses aériennes (oui, vous pouvez poser vos gigantesques sacs à dos). Les expressions idiotes, vous en raffolez. Quoique le terme de "raffoler" ne soit pas adéquat, car de la folie vous êtes aussi éloignés que l'éléphant du papillon (parlons-en de votre mémoire hypertrophiée et craintive).

Vous êtes aussi gracieux que des blocs de granit. Vous êtes aussi généreux et créatifs (et oui, c'est presque la même chose, tandis que vous persistez à croire que le créateur est égoïste) que des parois en béton. La preuve, c'est que dans votre groupe de vingt vous n'êtes à présent plus que trois à m'écouter.

Attention, précisa Arsenal en me regardant, je ne vous insulte pas. Je suis très gentil, au contraire. Seulement, vous avez perdu la grandeur d'encaisser avec joie la saine dureté, la grâce virile de chorégraphier la lutte joueuse vers un ailleurs plus grand, plus sec et frais, où l'on respire plus profondément. Ne grognez pas : vous n'aviez qu'à rester dans le circuit réglementaire, plutôt que de faire un détour par ma grotte.

Décidément, cet Arsenal qui se prenait pour Zarathoustra m'importunait...

09:55 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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