26.03.2005
LE MAINTENEUR 1
Je sus que je venais de me réveiller en tâtant de la main droite le mitigeur thermostatique qu’ils avaient fixé sur mon crâne. Ils avaient mis leur menace à exécution, avaient appliqué à la lettre leurs métaphores malades. Pour l’instant, je ne parvenais plus à penser, ne savais même plus ce que penser voulait dire. Mon corps était endolori. Je n’étais pas moelleusement étendu. J’étais une épave au fond d’un lit.
Nu. Seule une clé pendait à mon cou par un fil de laine vert. C’était une clé minuscule, de celles qui ouvrent les mallettes. Alors un haut-parleur cracha une voix monocorde et synthétique : « Bonjour. Nous allons amorcer le processus de descente. »
La chambre où je me trouvais avait une apparence grand-guignolesque. Quelqu’un avait collé au mur des flocons de coton, de façon à dessiner un mandala. Au plafond, on avait fait peindre un perroquet doté d’un immense jabot. Il faisait chaud comme dans un fourneau.
Pourtant je ne cherchai pas à m’échapper. L’envie me faisait défaut. Je m’étais comporté comme un débauché et il était naturel qu’ils me reconditionnent. Lorsque, dix secondes plus tard, les infirmiers firent leur apparition pour m’attacher les chevilles, je me laissai faire en détournant la tête. Peu après, le sol s’affaissa et je me retrouvai suspendu par les jambes. Il ne restait plus qu’à ouvrir le mitigeur et les représentations s’écouleraient, les jugements froids mêlés à la ménagerie des phénomènes mentaux asociaux.
La clé restait attachée à mon cou , balançant dans le vide...
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