27.03.2005

CONTRACTION

Ils m’avaient annoncé ton départ. Ils m’avaient dit elle part, inutile d’attendre qu’elle revienne. J’avais dit OK. Je ne voulais rien imaginer de l’avenir. Je ne voulais rien répondre, il me suffisait de savoir que tu n’étais pas morte. Mais je ne savais pas si j’aurais la force de te délivrer. J’avais tellement à faire avec mon environnement. Il faut que tu comprennes que tout se contractait. J’avais quitté le monde, mais il me rappelait pour sauver une vie. Ce n’était pas cohérent. Quelque chose clochait. Tu me mentais, ils me mentaient.

D’ailleurs, tu n’es pas morte. Six mois plus tard, tu resurgis, simplement plus dépressive. Je m’ennuie de moi-même, dis-tu. Je réponds que ça, c’est quand les possibles sont trop ouverts. Regarde, mon environnement se contracte, je ne m’ennuie plus. Le café du matin prend des proportions infinitésimales. Les autres n’existent plus que comme une dilatation dans mon espace temporel. Des ombres parfois souriantes. Ils ne me dérangent pas. Tout ce qu’ils peuvent dire sur nous ne me dérange plus. Je t’ai offert des billes, pourquoi ne joues tu pas, ne serait-ce que par nostalgie ? Je sais, je suis con. Je ferme les yeux. Mais il m’est arrivé de les ouvrir, et je ne récoltais que la distance et la mort.

Marchons un peu. Laissons passer le vent qui voudrait nous faire taire. Donne-moi ta main. Nous ne pouvons pas vivre ensemble. Nous serions courbés. Contentons-nous de marcher, sans prévoir. Rien que cette marche. Je suis fatigué, comme toi, des gens qui ne disent pas ce qu’ils ressentent, ce qu’ils pensent au moment où ils le ressentent. Je suis fatigué de toute cette hypocrisie, comme toi. Ils se saluent, tu as raison, comme des asperges souriantes. Tu ne voudrais pas qu’on fasse comme eux ? Je me fous de l’endroit où nous allons. Dis-moi si tu veux être avec moi ou pas. J’en ai marre des conversations autour du feu, je deviens le feu, plutôt l’atome de feu, et tout en moi se contracte en brûlant, et je préfère encore brûler que me crisper dans un rictus de proximité. Tu as choisi ton camp ? Tu aimerais les faire rire ? Pourquoi pas. Je ne te demande rien. La vérité, c’est que je préfère vivre sans toi. Celle que j’aime en toi s’évanouit, c’était un mirage. S’il faut que nous soyons jugés, ton tribunal n’est pas mon tribunal, nous n’avons pas commis les mêmes délits.

Marche avec moi. Tu ne peux plus oublier, c’est ça ? Il y a tant de choses que tu veux oublier et tant d’autres dont tu voudrais te souvenir. Comment sortir du monde, te demandes-tu ? C’est absurde. On ne sort pas du monde. Même le suicide ne nous sort pas du monde.

Tout se répète. Tout tourne en rond, dis-tu. Tu n’as pas tort, sauf que parfois les choses se contractent, et alors il n’y a plus d’horizon. Ce n’est pas une mauvaise chose. Il faudrait que les choses se contractent encore, que les possibles s’effilochent jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus qu’un. Je veux me contracter dans la nécessité. Alors nous parlerons de destin.

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