27.03.2005
LE MAINTENEUR 3
C’était une question de néophyte. Ils étaient tombés dessus et avaient décidé de me punir, probablement pour l’exemple. Ils m’avaient donc suspendu, et je ne pouvais m’accrocher qu’à ma détestation de toute forme d’emprisonnement. J’affirmais depuis l’âge de vingt ans vouloir être un homme libre. Je ne voulais aucune clé autour de mon cou – je resterai indéfiniment l’étudiant de ma propre liberté, afin de la cerner sous chacun de ses angles : c’est en criant de telles phrases, absurdes, que je continuais suspendu au-dessus du vide. « Pourquoi écrivez-vous, pour atteindre à cette liberté ? », demanda la voix du haut-parleur. Non, par démence, probablement. Ou, si vous voulez, pour atteindre au style suprême, qui est cessation de toute graphomanie, de toute forme d’écriture. La littérature, hurlais-je à présent dans le noir, la tête rouge de sang, n’est qu’une fuite en avant en direction du style. Ne l’atteint que celui qui se tait. « Alors taisez-vous », cria la voix dans le haut-parleur, et aussitôt je sentis que des bras me hissaient.
Je retrouvai ma literie d’hôpital. Les draps étaient propres.
Je ne me sentais pas si mal. Il y avait bien cette clé autour de mon cou, mais au moins je ne me sentais plus sain. L’atmosphère clinique qui m’environnait me sortait de cette léthargie molle qui ronge les êtres trop sains. La santé est ce mélange de la plus dure folie avec la plus bestiale des endurances. Le psychotique, lui, est plus lucide, mais aussi plus fragile. Le sommeil lui manque.
Au moment où j’avais formulé ces phrases par la pensée, je n’y croyais plus. Je regardai mes mains. Caressai du bout des doigts de la main droite la paume de la main gauche. Il fallait que j’accepte de perdre bien des choses, pourvu que je sauve ma peau.
22:50 Ecrit par | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




Ecrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.