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20.04.2005

dispar-être

Ce matin-là, Arsenal du Midi descendit nager une heure dans le lac, et en revint grave. Ses disciples le virent croiser les bras sur son torse nu, les poings serrés, et se ramasser sur lui-même. Après un silence, il se redressa. Dit :

"Égarés, intranquilles, pourquoi ne vous rassemblez-vous pas ? Non pas ensemble, manifestants désengagés – engagés dans quoi ? –, marchands de sourires. Rassemblez-vous en vous-mêmes avant de marcher épars contre les pillages. Devenez boule de feu puis déployez-vous. Votre individu ne tient qu’à un fil ; coupez-le."

Geste du grand cygne qui replie ses ailes sur lui-même en une inspiration. Puis, expirant :

"N’escomptons rien. Les marches en ligne droite ont des effets secondaires. Ramassez-vous et devenez neige puis, ensemble cette fois vraiment, unis cette fois solidaires, devenez avalanche. Cessez d’émettre votre avis : il ne vaut rien. Aucun avis ne vaut. Aucun. Comment ? Oui, il faudra bien, aussi, en finir avec la poésie. Il faudra bien en finir avec la littérature. Mais avant qu’elle ne s’autoimmole, elle redonnera sa chair au monde. Vous vous êtes déployés, vous vous êtes atomisés, éthérés les uns des autres, perdant tout ce qui fait la force d’un être. Ridicule réticule, mais la vie circule, elle est là, prête à prendre feu derrière une crainte."

Arsenal replia de nouveau ses bras en croix sur son torse, comme avant un grand combat :

"Au terme de ce siècle, frères, sœurs, votre ouïr va l’emporter en un sursaut sensuel, et les diseurs de Non briseront leur squelette en serrant leur corset. La grande rupture est proche – elle l’a peut-être toujours été –, elle ne tient qu’à un geste : ramassez-vous sur vous-mêmes, enveloppez-vous dans votre corps, puis explosez. Le temps approche où plus aucun trait de l’humain ne sera reconnaissable : ni les pleurs ni le rire. Cela s’appelle la naissance d’une autre espèce, née de l’humain par implosion. »

À ces mots, Arsenal vit que certains de ses disciples souriaient. Il descendit au milieu du groupe et se retourna vers sa grotte vide, la pointant du doigt en souriant avec eux :

"Regardez : il a disparu !"

10:20 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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