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28.04.2005

Exister

 

Il allait traverser le pont d’Austerlitz. Une femme, C., venait de l’appeler : « J’avais besoin de frivolité. » Il ne se croyait pas frivole. Elle, contradictoire : « Je compte sur ta sincérité. » Il se savait parfois insincère, non par volonté de tromper, mais par manque de coïncidence avec lui-même. Il lui avait chanté une chanson, et avait proposé qu’ils la terminent ensemble. « Je n’aime pas trop la variété », avait-elle répondu – blessée de plus qui fuyait les mains trop vite tendues. Elle lui avait composé une chanson, pourtant : « Mais ce ne doit pas être ton style. »

Au loin, un bateau-mouche égratignait la Seine. Il poussa une exclamation salvatrice, il dit, s'accompagnant d’un geste sec un peu risible : « Tout ça n’existe pas ! »

Il se savait encore passablement aveugle. Il traversa le pont en chantant de la variété, un air et des paroles improvisées, emportées par le fleuve hors de la mémoire. Exister. Il venait de recevoir en son corps cette idée nouvelle, un fleuve : exister.


Il s’arrête. Il sait que vivre, ce serait continuer son chemin en rêvant. Il sait depuis le passage du pont qu’exister, ce serait… et c’est ce qu’il fait, osant se traverser lui-même, il rentre dans une pizzeria, et arrivant devant une jolie inconnue munie d'une valise, il improvise : « Nous avions rendez-vous ? » Elle sourit. L’accueille sans heurt. Elle prendra un train dans deux heures.

Ils font connaissance. Danza del Fuego : c’est une danseuse qui manie le feu, de nuit souvent. Nom de scène : Anita Bombita, qui gravite autour des chapiteaux du Soleil. Le serveur amusé sert une bière au nouvel existant. L’étrangère est une québécoise d’origine italienne. Elle parle de ces Moments de vie qu’elle aime, moments forts entre routines. Dans deux heures, elle prendra un train pour Madrid.

Anita Bombita avoue avoir acheté un livre pour son voyage, mais elle pense que c’est une merde. Il vérifie : oui, il n’est pas impossible que ce soit niaiseux. Il sort de son sac deux livres. Il propose à l’étrangère d’en choisir un. Sans hésiter longtemps, elle prend Le Gai Savoir. Elle n’a jamais lu Nietzsche. À son sourire, on sent qu’elle est curieuse. Lui sourira plus tard : offrir Nietzsche après le passage d'un pont...


07:40 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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