16.05.2005

RÉFÉRENDUM

Le réseau des correspondances s’est tu, remplacé par une ligne. Totem sans tabou. Rendre intelligible l’au-delà de la limite. Un homme marche dans une rue sombre la nuit. Il a refusé la lumière, excepté celle des réverbères. Il a refusé la lumière du présent pour celle de l’avenir, identifiée, anticipée, sentie. Il sait où il va, mais ignore de quoi le chemin sera fait. Il ne tourne plus en rond. Plus du tout. Il ne se traverse plus, mais attend son corps. Question de rythme. Ne pas laisser le corps derrière soi, ni devant. Les quatre empires se sont entrechoqués. Il n’est plus question d’empire. Ils sont derrière nous. L’homme s’est dépouillé de son sébastianisme, car il s’est dépouillé de ses origines. Nulle volonté de retour aux origines. Avancer. Les tentations réactionnaires, aussi justes qu’elles puissent paraître ne conduisent qu’à des répétitions de catastrophes, des guerres vaines. Totem sans tabou. Mais pas sans pudeur. Un petit chat dort sur un coin de couette blanche, délaissé. Il attend patiemment un baiser posé sur sa fourrure, sur son front. Il en ronronnera puis se lèchera. La nuit sent l’humidité d’une pluie pelliculaire. Il y a des reflets épicés de pins, des senteurs de champignons et de pisse. Un chien aboie, puis accompagne la marche de l’homme. Frapper d’abord, caresser ensuite : sortir de ce cycle. Pendant ce temps, loin de nous, des femmes s’allongent, cul ouvert, sur les cuisses d’hommes gras et trop bons. Elles portent parfois un tatouage sur le bas du dos. Des léopards se figent dans leur menace. Le jour viendra. Produit cette fois-ci par la marche de l’homme plutôt que par une attente sans nom. Un orgue joue au loin, barbarie diluée, allongée, étirée, dépassée. L’homme s’aperçoit qu’il précède un peu son corps, tout de même. Un mot le porte en avant. Totem. C’est le reste du monde qui est tabou. L’homme projette de devenir un compositeur. Mais il doit marcher auparavant, au risque que sa marche l’empêche de composer. Il sent le froid par moments, persistance insistant fausse note. Puis il comprend. S’il avance seul, il restera à distance du monde. Il doit l’emporter avec lui. Emporter les livres dans sa marche, emporter les mots, tous. Emporter les êtres. Et consentir à ce qu’ils dansent ailleurs, parfois. We don’t need another hero. Or do we ? L’homme marche sans plan, traverse les correspondances silencieuses mais non décomposées. Les structures se forment malgré nous autour de notre volonté. La joie est encore là, mais nimbée de tristesse. Une volonté blessée tient. Farouche, elle répugne aux plans quand tous les plans incarnés, développés, matérialisés, volumiques, lui paraissent mort-nés mais encore nécessaires. L’homme veut composer une symphonie nouvelle, inouïe, une symphonie autre mais encore une symphonie. Car la matière est là, qui veille. Le temps, ce n’est pas la femme, c’est la matière. Rien de ce qui est reçu ne devra être admis. Intuition pure. Totem pudique et presque puissant. Les ondes de l’orgue ondulent, appui sensuel et rond, au-dessus du crissement des moteurs. L’océan pacifique n’est pas loin. Mais l’homme refuse d’y entrer seul. Il traînera avec lui le monde, titan lourd, Atlas de trait. Il se doit d’être au-devant de son corps quand son corps traîne le monde. Le jour viendra. Le jour est déjà là. C’est un rire de femme, un aboiement joyeux de chien, un chat qui dort, un orgue continu, langoureux, hautes fréquences gorgées de vie, tandis que s'anime le léopard bienveillant et que se poursuit la lutte de l’homme contre l’emprisonnement dans la singularité, contre l’isolement dans la particularité, qu'il ne souhaite pas être une sortie hors de la piscine de l'amour. Piscine et océan devront cohabiter sans s'opposer. Ouverture des correspondances. Un frisson aux biceps. Tout est signe et réseau de signes tiré vers l’océan où enfin règnera le silence des signes et la tyrannie des idées, porteuse de guerre. Sortons, dit l’homme, du monde des idées pour entrer dans le monde des mots, des signes qui l’un sans l’autre sont silencieux. Entraide des mots contre guerre des idées. Chaque homme le mot d’un autre, soit. En attendant la suite. Nous sommes en marche, Dom Sébastien. Certains croient avec toi à la nécessité d’un empire. D’autres tirent le monde vers l’ouvert. La question est-elle soumise au référent homme ? Construit-il son destin ? Oui ou non. Olé ! : dansons un moment. Puis essaimons les plans communautaires.

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