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05.06.2005

La marchandise absolue

Extrait de Peut-on jouir du capitalisme ?

 

Lorsque la production est reine, le producteur dans une chaîne signifiante devient lui-même l’objet d’une autre chaîne signifiante. Le modèle de la consommation domine ; on se dépense pour pouvoir dépenser. Fictions énergétiques. Que le capitalisme ne produise pas la jouissance, mais seulement de fausses tensions vers la jouissance, cela explique que la machine semble pour l’instant tourner.

La plus-value ne s’identifie pas avec la jouissance elle-même (Lacan, Radiophonie, p. 87) :

"Car ce cauri, la plus-value, c’est la cause du désir dont une économie fait son principe : celui de la production extensive, donc insatiable, du manque-à-jouir. Il s’accumule d’une part pour accroître les moyens de cette production au titre du capital. Il étend la consommation d’autre part sans quoi cette production serait vaine, justement de son ineptie à procurer une jouissance dont elle puisse se ralentir."

Dans une telle situation chacun devient prolétaire : la jouissance est localisée par le sujet-consommateur dans le sein fantasmé d’une Marchandise Asolue dont la production est imminente et toujours reportée. L’hystérie des discours à lexique révolutionnaire dans le marketing avancé reflète cette attente, cette fiction nécessaire du capitalisme de la Marchandise Absolue, de l’objet (il peut s’agir d’un service ou d’un spectacle) qui nous permettrait d’atteindre à la jouissance pleine et définitive.

L’esclave, aveuglé par le plus-de-jouir, tombe dans le panneau publicitaire et se plie à la marchandise "révolutionnaire". Le véritable maître, lui, n’ignore pas que l’objet reste un objet, et l’objet absolu une fiction (lorsqu’il s’agit d’un homme, il lui faut souvent d’abord comprendre que la Femme Absolue n’existe pas, ou plutôt que toute femme peut devenir absolue dans une relation de dialogique amoureuse). Ce vrai maître ne peut vraiment trouver sa place dans le discours du capitalisme qu’une fois mort, car de son vivant il incarne (c'est plus fort que lui) la résistance à devenir un objet de consommation.

Car au sein du discours du capitaliste, il n’y a plus de maître. Le maître est lui-même absorbé par la Marchandise Absolue. Celle-ci, nirvana du consommateur censé ouvrir la porte de l’Expérience Totale, méduse du producteur espérant (non sans une pointe de mauvaise foi, même aveugle, celle par exemple du « développeur durable »), délivrer la meilleure qualité au meilleur prix, est une fiction appartenant à la logique capitaliste de la même façon que l’inatteignable est la fiction du langage, son « tonneau des Danaïdes ».

09:50 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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