11.06.2005

PLASTIC VERSUS LATEXT

Ils s’étaient réunis dans le but de faire masse, bien que certains d’entre eux discutassent encore le concept de masse, et que leur terminologie hésitât entre le but et le projet, bref ils tergiversaient lorsque l’un d’eux proposa, harponné dans son désir, semble-t-il, par l’appât d’une vitrine, d’acheter une miniature de ptérodactyle.

Infantile !, réagirent certains, qui n’avaient pas oublié leur leçon – et pourtant l’idée les traversa qu’il y aurait peut-être là un événement, dans l’immixtion dans le groupe d’une figurine en plastique, fût-elle de ptérodactyle. Car ce qui faisait sens, osa l’un d’eux, c’était bien, hic et nunc, le plastique. Pourquoi ?, demanda son voisin, que la volonté de mépris rendait curieux.

On pourrait croire le plastique toc, répondit l'autre, or le plastique est précisément le point de départ de tous les paradoxes postmodernes : il concurrence sévèrement le latex. Pourquoi nous sommes plus plastiques que latex, c’est que nous avons beau appartenir à la génération branlette, nous évoluons, nous travaillons notre plasticité, O nos éjaculations sont de plus en plus temporisées et O ce sont les femmes qui désormais nous branlent.

Quel discours !, commenta une femme du groupe. Vous êtes plutôt ébranlés, avouez, et même inrigidés, plastifiés de l'intérieur sans possibilité d'explosion ! Non, répondit le plus hystérique de tous. Nous singularisons, nous arbitrarisons, nous événementialisons, nous universalisons par soustraction, nous...

Tais-toi, fripouille, lança une clocharde qui à la vue de ce groupe de blancs-becs, s’était mis à cracher parterre avec rage. Taisez-vous, niaiseux qui ne faites que scrofulier !

Soudain la Diogène ne dit plus mot, rendu rêveuse par quelque apparition, au loin, belle visiblement, au point de lui rendre son visage de petite fille. Après quoi les membres du groupe s'abattirent sur elle. Leurs voix qui n'avaient pas encore mué criaient : à mort, la poétesse !

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