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08.09.2005

Suaviteit

Dans l’ordre de l’esprit, la troisième dimension, c’est le temps. La première, l’élévation. La deuxième, le rampement (à moins que l’on veuille intervertir rampement et élévation – qu'importe). Le temps est le résultat de la dialectique de l’élévation et du rampement. L’humanité ne s’en sortira pas tant qu’elle n’aura pas brisé ce cercle. Le temps est un résultat négatif. La plupart du temps.

Nous cherchons les conditions de possibilité d’une endurance pure, sans idéal, mais créative. Ici on peut éclater de rire tant la chose paraît improbable. Une endurance pure créative ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !

L’une des formes d’endurance pure les plus persistantes que je connaisse, et à vrai dire la seule qui me vienne à l’esprit en cet instant, c’est le squelette. C’est très endurant un squelette, sans but. Beaucoup plus endurant que la chair. Un squelette, ça perdure pendant des siècles. De plus, c’est très beau. Pour des raisons discutables, les hommes ont arrêté la date de la mort à l’arrêt des battements de cœur. Tout ou presque étant arbitraire chez cet animal (on l’oublie trop souvent), ils auraient pu décider qu’un mort n’est pas mort tant que son squelette ne se décompose pas, par exemple. Nous vivrions ainsi des centaines d’années. Certes, un squelette, c’est un peu encombrant, ça n’a pas grand chose à dire, mais je connais maints gens de chair qui sont tels sans pour autant qu’on les décrète inexistants. Sauf que ceux-ci consomment de l’air et de la nourriture en grandes quantités, tandis qu'on n'a jamais vu un squelette prendre toute la place dans le bus.

Reste qu’un squelette, ce n’est pas très créatif. Regardez Fashion TV. Mais que savons-nous, nous autres, de la créativité. Hmm ?

Une lectrice a trouvé mon précédent billet, sur l’État de la France, « amer ». C’est un mot que l’on m’a servi plus d’une fois, et sincèrement je ne sais toujours pas à quoi il correspond. Je n’ai pas l’expérience de l’amertume. J'ai connu par exemple (et de moins en moins) la colère, la frustration, l'angoisse, mais comme faiblesses passagères. L'amertume en revanche n'est pour moi qu'un mot vide et inoffensif. Tout au plus puis-je en avoir un vague concept, comprendre que pour beaucoup d'âmes momentanément fragiles c’est un mot qui est peut-être censé faire taire les esprits vigoureusement lucides et critiques, qui crient un peu trop fort que ce monde est merdique.

Non, en moi coule un miel joyeux ("suaviteit") qui certes s’irrite souvent de la stagnation des mœurs, cette forme d’endurance souvent impure et incréative qu’on appelle société, et dont je n’ignore pas que je fais partie. Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !

09:15 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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