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11.09.2005

Ex nihilo 1

Une distance infinitésimale me séparait de la béatitude, tandis que je marchais trop de buts en tête, trop de fuites dans le cœur, alourdi par l’attente de l’événement qui venait d’avoir lieu, regardant parfois la paume de mes mains comme une manifestation de beauté absolue, sans cause. Il suffirait maintenant d’un peu de patience ; j’étais parvenu au seuil de ce que les hommes rêvaient, et cet espace neuf requerrait toute la puissance paradoxale dont j’étais capable.

J’avais vu la lumière du Nord, j’avais arpenté les rues dépeuplées de contrées plus pacifiques, plus préservées, plus hiératiques ; j’avais rencontré à vingt ans l’âme du monde sur une place de Stockholm, faite d’instinct, de nécessité branlante, de lumineuse vérité sans raisonnement, d’éloignement du chaos, un soleil de minuit et pourtant j’étais ensuite revenu au cœur de la tempête, plus au Sud, à mi-chemin du désordre, entre joie et souffrance, convaincu que l’excès d’activité se confondait avec la léthargie : dans les deux cas c’était être aux ordres.

Or désormais mon commandement était intérieur, me permettant de traverser chaque jour les jardins de l’hôpital de la Pitié sans tristesse ni jubilation épidermique, observant mi-avide mi-moqueur les jeunes filles en jupe étendues sur la pelouse devant la chapelle Saint-Louis, agrippées à leur petits téléphones. Paris était ma ville, elle m’occupait, mais en trente ans je n’en avais pas encore reconnu la beauté pure ni pleine, comme on tarde à reconnaître la beauté de sa propre vie, tandis que je restais convaincu que Stockholm était la plus belle ville du monde, parce je m’y étais senti loin de la vase, en élévation, parce que la dernière cité majestueuse avant le Grand Nord, parce qu’ultime vestige civilisé de vieille Europe au milieu des forêts démesurées où le grouillement des humains devenait une rumeur de fond de cave.

11:55 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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