Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16.09.2005

Ex nihilo 4

L’enquête sur les conditions de possibilité d’un monde autre me donnait tantôt l’impression d’avancer à grands pas, des enjambées rassurées par quelques pierres flottant sur l’eau, en attendant que ces signes de solidité deviennent eux-mêmes superflus, tantôt le découragement me rattrapait, et j’avais alors beau regarder dans toutes les directions, je ne tombais que sur le vide de mon propre regard, trébuchant au pied des puits abyssaux tapissés de miroirs, tous les visages s’y reflétant semblables et les sourires lointains.

Je sortais alors sous la pluie battante, ouvrant les mains vers le ciel pour y sentir les gouttes tenter des percer ma peau à la manière des aiguilles que je tentais de plonger dans le réel pour y prélever la matière première dont on pourrait construire, pavé par pavé, note par note, le sol et le son d’une ville nouvelle, où la vie circulerait en cascades de phonons actifs.

Je rentrais trempé, épouvantail liquide mais apaisé, convaincu que si le monde n’était qu’un dictionnaire massif, la tâche restait possible d’en extraire des phrases inouïes. Mais le seuil de l’autre monde était sale car beaucoup s’y étaient interminablement essuyés les pieds, avec cet agacement obstiné contracté par les nerfs à force de résistance, à force de ne voir dans les territoires déjà habités que la poubelle où chutaient les brouillons d’un Dieu ayant matérialisé ailleurs son grand œuvre.

11:10 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : luis de miranda | |  Facebook | |  Imprimer

Les commentaires sont fermés.