22.09.2005
EX NIHILO 13
Je n’avais pas trente ans et je commençais à me considérer comme une troisième personne les jours où il me semblait que j’étais le plus sain – Il est un peu idiot aujourd’hui –, comme une deuxième personne lorsque je cédais aux voluptés de la bienveillance – tu as besoin d’un bain chaud –, mais de moins en moins, croyais-je, un Je inquiet, mimétique et assoiffé de singularité et de reconnaissance – pourquoi ne suis-je pas le maître du monde ? Par un jeu conventionnel, par quelque expectative humoristique et certainement par instinct de survie, je continuais toutefois à dire Je, convaincu qu’il était inutile de compliquer ma quête des conditions de possibilité d’un monde autre par la multiplication hasardeuse des inconnues de l’équation et par un internement forcé pour cause de psychose schyzophrénique dysthymique, une prouesse mentale dont j’étais d’ailleurs bien incapable. Depuis ce que je n’osais pas appeler ma révélation de l’Étrange, je me sentais enclin à mettre entre parenthèse mon inclination à l’introspection, cette idée qu’en creusant en soi-même à la manière d’un tournevis qui se dévisserait lui-même de son manche en usant de techniques de contorsion on pouvait découvrir les vérités ultimes du cosmos, un postulat dangereux, peut-être mégalomaniaque et sûrement redevable de son masochisme à la tradition chrétienne de la confession. Il s’agirait de développer mon sens de l’extrospection en creusant dans le roc des apparences, voire dans la psyché d’autrui, ce qui a priori devait être moins éprouvant bien que probablement tout aussi impraticable de manière objective et radicale.
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