31.10.2005
PREMIÈRE BRIQUE
Les autorités avaient ordonné de tout recouvrir, les cimetières, les terrains de jeu, les parcs. Il fallait enterrer les vestiges les plus dérisoires du passé sous quelques mètres de terre puis d’asphalte. Si possible, y glisser quelques corps humains à demi-vivants.
Cette nouvelle ne m’ébranla pas. Depuis quelques temps, j’avais planté mon campement à quelques mètres de l’Ombilic du monde, et ma seule activité consistait à le garder en vue sans qu’il m’absorbe. Son appétit était vorace. Des milliers d’êtres et d’objets, des centaines d’attentions et de nostalgies y affluaient.
Je ne m’étais pas installé là par ambition. J’avais été appelé, et bien qu’ayant évité des années durant ce rendez-vous, en prenant mille détours, voilà que j’étais arrivé à destination. Mon objectif désormais ? Creuser un centre alternatif à quelques mètres du centre. Détourner l’énergie magnétique de l’abîme pour ériger une tour en réponse à l’absorption de l'Avide.
11:25 Ecrit par Luis de Miranda | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.10.2005
LA HAINE DU VIDE
Arsenal dit à Lise : "Tu sais, je suis tout près de la vérité, je la sens, elle diffuse sa sève, sa lumière, sa joie, mais je ne suis pas DANS le vrai. Il ajouta : Mais comme je ne suis plus non plus dans le faux, dans le monde de la falsification, de l’emprunt, du bavardage et de la rupture, je me retrouve dans un entre-deux. Tout près de la vérité qui pourrait me transporter, encore trop près du monde des déchets et de la profusion mimétique."
Lise regarde Arsenal dans les yeux. Elle a toujours apprécié sa franchise. Elle a toujours considéré Arsenal comme un être rare, à protéger, à entourer. Arsenal poursuit, souriant par politesse : "Je ne sais pas pourquoi je reste si près du vrai, au point que je peux le sentir et le presque le toucher, et pourtant sa plénitude glisse sur ma peau comme de l’eau."
Lise a sa propre réponse à cette question : "Si les purs restent à deux doigts d’être dans le vrai, de boire le lait du Vrai, c'est parce que le monde grouille des autres, et que tout ceux-là, ceux, nombreux, qui sont dans le faux, communient dans une même haine affairée et féroce, une haine à vide qui est la pire de toutes les haines, car elle finit par se confondre avec l'oubli du Plein, cette indifférence ruminante."
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