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01.05.2006

La Nef des Fous

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Olivier de Sagazan, sculpture, Sans titre, 2004

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Le monde est une bouche, dit Arsenal, un ventre dont on ne sort qu’à la faveur d’une discipline dérégulée, porté par le courant d’une salive insensée, sur la barque crissant le réveil solitaire.

Le monde porte ses dents vers son Créateur absent, absent car intérieur au ventre, source vide des organes, creux des cavernes internes, espace entre les échafaudages qui nous tiennent. L’intérieur est l’extérieur, mais se regardent en chien de faïence, rendus fragiles par cette opposition.

C’est un envol qui se prépare, où les fous sortiront de leur recroquevillement pour se déployer immenses, aigles, condors longilignes. Auparavant exorbités, leurs yeux se fermeront car le spectacle sera intérieur, créé par leurs images réconciliées avec la vérité.

En attendant d’être crachés par la ronde infâme, espérant ne pas être digérés dans l’estomac de l’époque, espérant ne pas s’étrangler dans le rire que le parfum d’ambiance des obéissants ridicules distille, ils attendent le courant salvateur. Et si la nef tarde à passer, ils nageront.

Pourtant, il leur arrive de surestimer le ressac, l’inversion de l’inversion les guette, et il se pourrait qu’ils finissent à genou d’avoir inventé trop de vols hors-limites. Qu’ils se souviennent alors que leur structure est leur porte-voix, qu’ils se souviennent alors de tordre en cercles dilatés les barbelés qui les tiennent.

Leur corps est en attente de chair, mais qu’ils ne se donnent pas de cet aliment. Plus ils mangent, plus ils s’effritent. Seule l’inversion de l’extérieur et de l’intérieur les libérera, et alors ils seront leur propre navire.

On assistera à un vol groupé, ce qui jamais ne fut encore vu sur cette terre, un vol groupé sans dominance interne, où les seuls titres de gloire, indistincts, seront des poitrines déchirées longitudinalement, puis cicatrisées, signe d’une division surmontée.

Je suis l’autre, crieront en cœur les créatures volantes, libres et unies, singulières et se reflétant les unes les autres en feu de parcelles.

Ce rêve vaut bien un cri aspiré. Les yeux, d’ici là, cerneront de plus en plus concentriquement les limites vitales, au point qu’un faisceau de lumière isolera les essences des cadavres, avant de sucer le ciel, dans le but silencieux de le recracher ailleurs, pur.

19:35 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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