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30.04.2006

Naissance de l'Océan Pacifique

À l’origine, l’océan Pacifique était un désert de sable.

Y marchait un homme qui ne tombait jamais. Y marchait un autre homme qui tombait souvent mais toujours se relevait. Après quelques temps, ils se lièrent d’amitié. Ils eurent des traversées du désert communes, s’arrêtant parfois pour jouer au poker. "L’important, disaient ces deux hommes à l’unisson – d’une voix si homogène qu’on pouvait douter qu’ils fussent deux –, c’est d’avancer." Ils disaient ça en riant. Visiblement, ils tiraient une grande joie de leur endurance.

Sans douter de leur joie, certains, qui vivaient sédentaires dans les oasis, se demandaient lequel des deux était le plus heureux, celui qui ne tombait jamais ou celui qui tombait souvent et toujours se relevait. À quoi les nomades qui circulaient en caravane répondaient que c'était une question trop simple, et même une question complètement fausse, vide, sans intérêt : ces deux hommes s’importaient peu de bonheur. Ils s’importaient tout aussi peu de malheur. Ils avançaient. Ils s’attendaient, surtout, et étaient devenus les meilleurs amis du monde. Car celui qui ne tombait jamais n’avait pas l’arrogance des vainqueurs, il ne tirait de son aisance aucune morale. Celui qui tombait souvent et toujours se relevait ne se plaignait jamais. Ils étaient fidèles l'un à l'autre.

L'histoire dit qu'un jour, les deux hommes, au milieu de leur désert, rencontrèrent une femme qui cherchait un lac où vivre en apnée. Elle portait une couronne de promesses sur la tête. Nul ne sait ce qui se dit ou se passa cette nuit-là entre cette femme et ces hommes.

Le jour suivant, plutôt que d’avancer aveuglément dans le désert, les deux hommes, unifiés dans une incroyable métamorphose, étaient devenus un lac. On dit que la femme y plongea, et que le lac devint océan. Un océan puissant, calme et lointain auquel on donna le nom de Pacifique.

15:05 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

Dépendance

Un train a traversé la piscine. Les roues de fonte se sont craquelées au contact de l'eau. Chaque goutte s'est diffractée en reflets d'elle-même dans le regard des voyageurs qui s'étaient penchés au dehors. Le bassin de la piscine était une vitre opaque au fond de laquelle brillait une lueur.

Je nageais. Il m'importait moins de subir sur mon dos le poids de la locomotive que de retrouver deux mots qui, quelques secondes plus tôt, avaient émergé de ma conscience comme une éruption de fièvre et que par molesse j'avais aussitôt oublié : "Théologie amoureuse" ? "Tératologie émotive" ?

Une fois de plus, je chevauchais, dans le vide, un cheval qui courrait à côté de moi. En coulant, le train vida le bassin de son eau et de ses nageurs, projetés contre les parois de verre qui nous séparaient des souterrains de la ville. Les voyageurs sautaient du train en hurlant. On se blessait en essayant de fuir. Je continuais de nager, le corps indolent car son énergie était mobilisée par la quête des deux mots disparus : "Monadologie négative" ?

Le train s'était finalement dissous dans quelques gouttes d'eau. Les passagers s'étaient envolés en frottements humides. La piscine n'était plus qu'un long couloir de boue où galopait mon pur sang, de long en large.

Mais tout cela, je ne le voyais que par bribes : j'avais l'esprit mobilisé par la recherche des deux mots oubliés, qui me semblaient plus importants qu'un train déraillant dans une piscine municipale. En cela, dans cette dépendance aux lettres composées en hologrammes de sens qui m'aveuglaient sur les phénomènes, je me montrais humain.

14:40 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

Océan

Je n'écris pas pour affirmer ceci ou cela. J'écris comme on parcourt un océan de mots à la recherche du détroit qui ouvrira sur le revers de l'humanité.

Mais pourquoi croire que l'humanité est retournée, inversée, prisonnière de son image dans le miroir ? Pourquoi, là où d'autres voient un monde, ne percevoir qu'un antimonde, un artifice ?

Patience.

00:40 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer