23.08.2006
NOSTALGIA
La rentrée est une période intéressante. Il est alors plus facile de remarquer un certain nombre de filles à ne pas aborder : celles qui sont très bronzées. Si elles sont si parfaitement tannées, c’est souvent qu’elles ont passé des heures (inter)minables à griller au soleil, dans le seul but d’être parfaitement tannées et de plaire à la rentrée, ce qui n’est que rarement le signe d’un esprit curieux.
À la rentrée, certaines personnes ont disparu de votre vie, sans effort, et d'autres ressurgissent, rafraîchies par l'absence, comme Luisa la grande espagnole, alias Txiki Margaleff, qui a réalisé cette vidéo ego-tripée (« I was alone but with myself », www.holott.org), que je découvre – dont je ne saisis pas l’intrigue, mais qui reflète bien notre obsession paresseuse pour ce que nous appelons "mon corps".
La rentrée, ce n'est pas que le temps des résolutions, c'est aussi celui de la nostalgie. En regardant une publicité pour Nike, j’ai eu soudain l’impression que la nostalgie était, contre toute attente, le ressort d’une bonne partie de la culture jeune. Il n’y a pas que les chaussures de sport qui sont désormais "revival" plutôt que novatrices (lorsque j'étais adolescent, on guettait plutôt l'innovation technique de la semelle). Il y a aussi, par exemple, dans la tonalité des morceaux rap récents quelque chose de la plainte langoureuse. C'est peut-être ainsi qu'on nommera les années 2000 : les années Nostalgie.
Hier, assez tard dans la nuit, près de Luisa, il m’est venu la nostalgie de New York en écoutant une compilation de musique lounge. La musique électronique devient elle aussi de plus en plus nostalgique.
Mais qu’est-ce que la nostalgie ? Dans le meilleur des cas, je dirais que c’est la culpabilité de n’avoir pas perçu, à un moment de notre histoire subjective, la beauté d’un lieu ou d’une personne qui soudain vous rejaillit en pleine poitrine, comme une caresse intérieure qui tente d'attraper la coquille vide du temps. Comment éviter la nostalgie ? Logiquement, en tentant d'être sensible, à chaque instant présent vécu, à la beauté derrière l’apparente laideur.
La beauté est une entité vivante qui se fraie un chemin dans la masse sombre de l'Histoire. J’aurais envie de lire dans sa totalité l’Esthétique de Hegel : « L’objet considéré comme beau n’apparaît ni opprimé ni contraint par le sujet, ni combattu et défait par les autres choses extérieures. » Tant de livres à lire en détail, dont je n’ai parcouru que des passages. Ah, et puis revoir le film de Tarkovski... Il faudrait mille vies pour tout lire, relire, pour tout vivre et revivre sous divers angles, dans divers états émotifs : c’est cela aussi la nostalgie, la conscience que nous sommes, inévitablement, essentiellement, des touristes de l'existence.
"Il faut que le coeur se brise ou se bronze", disait Chamfort. Mais comment ne bronzer qu'à la lumière d'un seul soleil ?
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