25.08.2006

RENTRÉE LITTÉRAIRE 1965

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La fraîcheur du papier n'est pas synonyme de fraîcheur du texte et vice versa. Avez-vous remarqué aussi la distance qui sépare une critique élogieuse française (criant toutes les cinq lignes au génie, multipliant les superlatifs contradictoires) avec l'impression réelle qu'on a ensuite en feuillettant le livre en librairie : "Ce n'est que ça !?").

Mon roman de la rentrée, c'est un titre brésilien de 1965, traduit par Gallimard en 1970. Vous le trouverez dans la collection L'Imaginaire : LE BÂTISSEUR DE RUINES, de Clarice Lispector, brésilienne d'origine ukrainienne. C'est peut-être le seul roman réellement heideggérien que je connaisse. D'ailleurs, le héros s'appelle Martin, comme le penseur allemand. Puissance et étrangeté, art du déplacement infinitésimal et du paysage naturo-mental. Un extrait ?

"Avec un effort surhumain, il chercha à vaincre chaque jour son orgueil d'appartenir à une nature si vaste qu'elle croissait sans signification ; avec austérité il refoula le goût qu'il avait pour l'harmonie vide. Avec effort il se surmontait et s'astreignait – contre le courant qui l'entraînait dans sa grâce – à ne pas trahir son crime. Comme si, par bonheur, il poignardait sa propre révolte. Alors il se forçait durement à se rappeler son propre engagement. Et il se remettait intérieurement dans un état spirituel de travail : quand il en avait besoin, il tombait volontairement dans une sorte de transe."

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