21.09.2006

XÉNOPHANE, DIOR ET LES STÉROÏDES

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Si les bœufs pouvaient peindre et sculpter, disait paraît-il Xénophane, ils concevraient les dieux à leur image. Ce rhapsode et théologien grec, adepte de l’Un, critiqua par ailleurs vers 536 av. JC le goût de ses compatriotes pour l’athlétisme et le luxe.

Pourtant athlétisme et luxe chez les Grecs étaient les deux sommets d’un triangle dont le troisième portait le nom de sophia. Tout vrai créateur sait à quel point, si l’on ne garde que la sagesse, sans l'athlétisme de l'âme dont parlait Artaud (et un entretien régulier de la musculature, du souffle et de l'endurance physique), sans l'aspiration au luxe et à la volupté qu'a dépeint Baudelaire, on produit des œuvres moisies et affaissées, baignées dans les lacs du Monde de Sophie.

Mais si Xénophane avait vécu aujourd’hui ? Qu’aurait-il dit de la volonté transcendante remplacée par les produits dopants, du raffinement annulé par le luxe fordisé, de l'identité publicitaire sagesse = sommeil ?

Et si ces pâles avatars du triangle grec étaient précisément dus à plus de 20 siècles d’obsession de l’Un, un atavisme qui aurait abandonné à tort le sensible et le multiple à l’avidité des marchands ?

(Quel incorrigible nietzschéen je fais...)

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