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02.10.2006

scanner la disharmonie

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L’idée de l’hémisphère droit du cerveau en compétition avec l’hémisphère gauche est le climax du film 'A Scanner Darkly', tiré de l’œuvre de K. Dick. Cela finit par produire un individu hébété, qui affirme mollement, en humant l’air de la campagne : « J’aime l’air… » Bien entendu, cet homme hagard victime de la « Substance D. » (D comme Death, la Mort), c’est le Dernier Homme (après avoir joué Néo, Keanu Reeves joue Archéo), qui après des milliers d’années d’Histoire, de compétition entre les deux hémisphères de tout, passe encore une grande partie de ses journées à dire, avec candeur : « Il fait beau aujourd’hui » et « J’aime le soleil ».

À partir de l’instant où les deux experts, dont on apprend finalement qu’ils sont eux-mêmes complices des fabricants de la drogue D., lui apprennent qu’il est en compétition avec lui-même, le héros s’effondre. Là encore, l’idée est très lisible. Sans cesse le système capitalistique nous montre des images de compétition interne à l’espèce humaine (les ectoplasmes téléguidés de la pornographie, du sport ou de la guerre), et en même temps des images d’individus hébétés, censés représenter le risque de la compétition contre soi-même : « Soyez en compétition avec les autres, c’est plus sûr. »

L’horreur quotidienne tient à ça : à l’abandon au verdict des experts-producteurs qui nous disent : la compétition est inexorable, elle a lieu à l’intérieur de ton cerveau ou dehors. Soumets-toi à la compétition externe et deviens un corps vendu, et tu jouiras un peu au passage, une jouissance d'esclave. Sinon, tu seras une loque progressive, un lutteur contre soi et tu finiras seul et sans l’aumône du petit orgasme rémunéré.

Pendant ce temps, les objets nous regardent, et nous les manipulons tous de même. En apparence nous appartenons à une même espèce ; en réalité nous sommes de plus en plus séparés par les effets de la compétition, rendus étrangers et monstrueux les uns aux autres par notre plus ou moins grande résistance à l'Argent.

09:39 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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