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10.10.2006

Clochard céleste

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Aujourd'hui. Vers 19 h 45. Je lis dans le métro les premières pages des 'Naufragés', enquête sur les clochards de Paris (de Patrick Declerck), quand j'entends crier dans la rame un clochard ivre. Il régurgite, avec une voix très théâtrale, des phrases incohérentes mais littéraires, comme issues d'un théâtre expérimental des années 1970 – peut-être a-t-il été comédien à l'époque. L'homme, ou plutôt ce qu'il en reste, s'approche de moi. Il pue, c'est une épave de bave rocailleuse.

Toujours en débitant ses répliques à des êtres imaginaires situés de l'autre côté de la vitre ("Toi l'enfant, je t'ai vu mort !"), il agite un doigt menaçant, doigt qui vient frapper comme par hasard les pages ouvertes du livre que je tiens à la main...

Après quoi le clochard descend à la station suivante, me laissant là, lecteur du réel, inactif face à cette déchéance locale, intéressé par son décryptage...

Et voici le passage que le clochard a touché du doigt. Page 15 :

"... Au soleil noir de la mort, la science objectivante apparaît comme une chose bien petite et quelque peu dérisoire. 'Un divertissement', disait Pascal. Dans ce cas-là, une façon surtout de se pencher, myope, au pied des arbres pour ne pas percevoir la menace qui sourd de la forêt profonde. La rumeur des forces obscures et des monstres de la nuit..."

22:27 Publié dans littérature, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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