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24.11.2006

COMMENT PASSER DU RIEN AU TOUT

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Tandis que le personnel de l’Élysée sert l’entrée, en apparence un tartare de tomates à la ricotta, ‘Nietzsche’ se lève péniblement, fait sonner son verre à trois reprises au moyen d’un couteau, rote brièvement puis se tourne vers Marianne :

Au commencement, chère Égérie, il n’y avait rien. Rien n’était rien. Rien n’aimait rien. Rien ne voulait rien, et d’ailleurs il n’obtenait pas grand chose. Un jour sa pupille, abîmée par l’ennui, se dilata. Rien venait de comprendre que n’être rien, c’était tout de même être Rien. Ce n’était pas rien. N’aimer rien, c’était aimer Rien ! Grouillant de l’intérieur de ses tripes, une cuisante jouissante commença à le remplir.
‘Freud’ assène en un sourire mauvais :
Parfaite définition de la vanité.

...

Après la seconde entrée, des huîtres que ‘Einstein’, ronchon, semble trouver insipides, ‘Nietzsche’ monte sur la table, ce qui semble n’étonner personne. Se tirant les oreilles vers l’extérieur, il adresse une grimace mi-souriante, mi-agressive à ‘Freud’, puis reprend son cosmologique discours sur le rien, cette fois-ci en chantant, sur l’air – approximatif – de Douce France, de Charles Trenet :

Le-eu Rien-un s’est tell’ment enflé de jouissance… qu’il a fini par se prendreu, par se prendre pour Tout… De ce dédou-dédoublement entre Rien et Tout… a résulté une explo-sion, explosion orgasmique, Bigue Bangueu…

Ses talents pour le chant modérément reconnus par l’assemblée, ‘Nietzsche’ change de registre. Il pointe d’un index apocalyptique le lustre massif qui, au-dessus des têtes, paraît attendre son moment pour se jeter sur la table :

Tout, au moment de jouir de sa dispersion à tout va, a manifesté son plaisir : Oh, je suis parti ! Encore un peu dur d’oreille – séquelle d’un temps où il n’entendait rien –, son jumeau Rien a entendu : Oh, je suis parties ! De cette funeste confusion est née la Grande Illusion, conviction douloureuse qu’a chaque élément du Tout d’être séparé des autres.

‘Nietzsche’ se tourne vers ‘Bouddha’, lui adresse un clin d’œil, et poursuit, doctoral :
Les symptômes de la Grande Illusion sont connus : isolement, manque, ennui, frustration, colère, mélancolie, ainsi que de nombreux soucis de santé. Chaque partie de l’univers reste pourtant porteuse de la mémoire du Grand Orgasme, ravivable de mille façons, la plus simple – en apparence – étant ledit acte sexuel. Il est naturel que par mille procédés plus ou moins pertinents chacun tende au retour vers le Tout. Appelons cela, si ‘Freud’ est d’accord, le syndrôme de l’Éternel Retout.


Extrait du roman ‘Moment Magnétique de l’aimant’ de Luis de Miranda, La Chasse au Snark, 2002.

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