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14.12.2006

Weildeburg

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Il y a quelques jours, au château de B., j’ai rencontré maître T., un homme généralement considéré comme fou par son entourage. Je lui avais déjà rendu visite en 1832, et je ne l’ai pas trouvé beaucoup changé, hormis sa barbe désormais rasée et ses yeux devenus plus petits que ses orifices nasaux. Il portait toujours sa veste blanche et son pantalon de toile noire. Sa conversation était toujours aussi agréable, bien que sa voix se fût voilée avec l’âge. Je n’ai pas retenu tous ses propos, car j’étais déconcerté par l'oubli de ma montre, mais j’ai noté quelques-unes de ses phrases.

Maître T. m’a dit :

« Weildeburg est considéré comme un génie par 95% de la population. Mais 98% de la population ne comprennent pas la Théorie de la Permanence et ne s’y sont jamais intéressés. Personnellement, si on me demande qui est Weildeburg, je dis : quelqu’un qui a une fois dans sa vie au moins énoncé une équation indéchiffrable par la plupart et dont on dit que c’est un génie. Néanmoins, sa théorie ne semble pas s’appliquer au quotidien. »

Il a ajouté :

« Ce que nous disons de Weildeburg est une généralisation considérée comme utile. Elle suscite des vocations. Notre quotidien est tissé de généralisations plus ou moins admises par la majorité, comme le fait qu’il faille s’arrêter à un feu vert pour attendre que le train passe. Autre exemple, si je trouve une femme belle, j’aurais tendance à la croire plutôt belle tous les jours. J’aurais tendance à gommer le fait qu’un visage est sans cesse en inversion de lui-même, surtout si je suis lié par contrat marital à cette femme. »

Maître T. m’a encore dit, quoique d’une voix plus faible :

« Prenons un autre exemple. Nous disons : il y a les hommes et il y a les femmes. C’est une division courante qui semble pratiquée dans le monde entier. Mais après tout, qu’est-ce qui nous indique que l’espèce humaine n’est pas en réalité composée d’une quantité X de céphalopodes ? »

Après quoi, maître T. s’est senti fatigué, et s’est étonné que je n’aie pas bu mon thé au millepertuis. Il m’a indiqué la seule porte de la chambre, et m’a dit, tandis que je me levais déjà :

« Revenez dans cent ans. Et cette fois-là, ne vous trompez pas de porte. »

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