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21.02.2007

LES VEILLEURS

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Plusieurs livres habitent, à demi lus, les surfaces horizontales de mon appartement. J’y vais et j’y reviens, avançant lentement, mettant parfois un ou deux ans à finir. L’un de ces livres est ‘L’Axe du Néant’, de François Meyronnis, que m’a conseillé mon ami Valentin. Le texte est publié à l’Infini ; pourtant il n’en émane pas la préciosité BCBG fragile de certains des pensums de la collection. Disons-le, c’est plus que pas mal, ‘L’Axe du Néant’. En tous cas les 100 premières pages (ensuite, je l’ignore, j’ai provisoirement lâché). Pour faire très simple, Meyronnis redécouvre la vacuité bouddhiste, cette fontaine de jouvence, et la relie à la créativité.

Le livre est assez spéculatif, mais en revanche relativement clair sur l’embrigadement du capitalisme avancé, qu’il appelle Agencement. Si toutefois vous aimez, en matière de pensée, la précision analytique et la miroitante complexité de la forme, il est préférable de vous tourner vers Simondon, Straus, Ruyer ou Deleuze. Mais ces derniers demandent plus de patience, et sont, à première vue seulement, moins amusants que Meyronnis, qui effectivement est sollersien dans sa façon de balancer des phrases énormes mais un peu gazeuses. Le lecteur notamment est tutoyé, ce qui, lorsque systématisé, peu apparaître comme une faute de goût, alors que l'ensemble est plutôt d'une écriture plaisante. Citons :

"L’état présent du nihilisme rend nécessaire que tu fasses enfin l’expérience du lieu sans lieu qui le gouverne, et où il n’y a Rien-d’étant.
À partir de ce point d’abîme, tous les grands massifs de la bibliothèque se redistribuent devant toi.
Et surtout un écartèlement ouvre ton existence à son côté le plus caché, comme tu n’avais jamais cru en acquérir le droit."

Tout cela est assez heideggérien, mystique. Cela me rappelle ce poème de Martin H., intitulé ‘Les Veilleurs’ :

"Monde et Terre depuis longtemps confondus,
la loi de leur combat renversée
retirent aux choses toute modération.
Le nombre se déchaîne dans la quantité vide
et ne prodigue plus liaison et figure."
(édition allemande des ‘Gesamtausgabe’, tome 13)

Les plus pragmatiques se détourneront de ces discours en citant cette idée de Marx (‘L’Idéologie Allemande’), selon laquelle c’est la division du travail qui produit la spiritualité. La conscience non impliquée dans un travail abrutissant s’imagine qu’elle est « capable de s’émanciper du monde et de passer à la formation de la théorie pure, théologie, philosophie, morale, etc. »

Mais il est temps de ne plus opposer les spéculatifs aux pragmatiques. L'important est de tenter de penser les zones d'ombre (et penser, c'est aussi imaginer), quelque soit la forme par laquelle on manifeste ensuite cette exploration.

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