06.03.2007
Wake up
L’une de mes connaissances m’attriste : il passe son temps à dire qu’une telle est conne, qu’un tel est nihiliste. Il ne croit plus que le monde puisse être changé, mais que la quasi-totalité des êtres humains sont déjà morts – il fait bien entendu partie de l’exception vivante.
Cette personne émet des analyses peu personnelles mais souvent difficilement discutables à propos de la confusion ambiante, mais à force de juger, il patauge dans le ressentiment, objective les autres et s’entoure de spectres. Il me fait penser à ce personnage de Marcel Aymé, le bourgeois Lepage, qui prône un confort intellectuel basé sur l’éradication impossible de toute trace d’irrationalité.
Oui, nous sommes cerclés de charlots et de charlottes, mais ne faire que les juger c’est déjà baisser les bras, c’est encore une position de faible. Bien plus difficile est de prendre un nihiliste entre quatre yeux et lui faire éprouver au bout de quelques minutes d'effort l’avidité impensée et fuyante de sa position, derrière laquelle se cache encore une âme à réanimer et surtout un monde à reconstruire. Bien plus douloureux et courageux est de s’attarder auprès d’une conne, et de retrousser son… pardon, ses manches jusqu’à illuminer un instant son esthétique.
Les contempteurs du monde ont ma sympathie complice (pour qui n’ai-je pas de sympathie ?), mais je les renvoie dos-à-dos auprès des idiots – dont je fais par intermittences partie. Je préfère même les candides, car au moins acceptent-ils, plus souvent qu'on ne le croit, de progresser, tandis que les Pancritiques ne rêvent souvent que d’asseoir leurs contradictions sur le trône de la suffisance. Être déçu par ce monde est un signe de santé. Rester dans la déception un symptôme de maladie. À moins bien entendu d’avoir une philosophie totalement non-interventionniste, qui en toute rigueur paraît illusoire.
Construire, transformer, orchestrer, raviver en stratège : les plus hautes vertus, les plus difficiles dans ce monde déserté, infâme et somnambule – à la limite du possible, à la portée des héros, peut-être au-dessus de nos forces.
"We don’t need another hero", chantait Tina Turner à propos de l'univers désespéré de Mad Max. Posture très années 1980 et fausse. Plus que jamais nous avons besoin de héros lucides, d'autant plus héroïques qu'ils sont lucides, et qu'ils luttent sur deux fronts : contre la pieuvre de la bêtise, contre l’hydre du ressentiment.
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09:35 Ecrit par Luis de Miranda | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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