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22.03.2007

L'INSTANT

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Le noyé s’agite et s’agitant ne s’accroche à rien. C’est par les pieds qu’il pourrait se sauver. La pointe des pieds s’agrippant au sable suffirait. Mais il agite les bras. Cécité. Ne pas la voir la subir. Il n’y a pas de vide pour qui se pose en aveugle ; cette position irradie. L’instant d’émotion qu’on refuse. Elle te dira ce qu’est un instant lorsqu’elle vivra un instant avec toi. C’est par-delà le oui et le non. Combien de oui qui veulent dire non, combien de non qui veulent dire oui. Vouloir un cadre – peut-être, mais ne pas oublier que de la taille du cadre dépend la taille de la création. Avec de petits cadres, on ne fait que des miniatures : les Riches Heures d’Ennui des Ducs Vengeurs. Lorsqu'on vous offre un cadre plus vaste, dépasser, tenace, l’impression qu’il n’y a pas de cadre.

Cécité consciente – douce lueur. L’instant est dans tes yeux fermés par intermittences. Dire l’émotion n’est ridicule qu’aux côtés du cynisme vengeur. Dostoïevski : « Vous comprenez : bien sûr que tout m’était égal, mais la douleur je la ressentais. » Et aussi, sur le vide : « Une angoisse terrible dans mon âme : je veux dire cette conviction constante qui m’avait pénétré que tout au monde, partout, était égal. »

Et puis, en un instant, le monde se recompose, en un instant ivresse et présence de tout alors que d'habitude absence de tout. Tentation de retourner à l'absence, loin du fouet des cristaux liquides, notes de musique incandescentes, égales mais en harmonie. Dostoïesvki encore, apaisé : « Et pourtant, c’est si simple : en un jour, en une heure tout pourrait se construire d’un coup ! » Au coin d'une avenue, posant son vélo sur la pointe des pieds.

Cécité : l’accueillir – entrer dans la nécessité, peuplée et murmurante. L’instant ne passe et ne fait silence que parce qu’on ne souffle pas dessus, lentement, cendres plus vives que les flammes.

Sous le vide profond, quelque chose de plus profond, lui dit-il, sur la pointe des pieds. Un soleil cadrant ta poitrine.


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