Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26.03.2007

ESTHÉTIQUE DU DÉTROIT

medium_magellan.jpg

(vue du détroit de Magellan)


Le héros est celui dont l’inconscient est en recherche incessante d’impasses apparentes. On ne choisit pas d’être rebelle. L’héroïsme est un instinct. Nous ne spéculerons pas sur le fait que tout inconscient soit héroïque : le fait est que la plupart s’en dédouane, choisissant le confort de la normalité, où rien ne se risque et peu se perd en apparence – tandis qu’en réalité tout fuit goutte à goutte. Un ami m’a dit aujourd’hui que le compromis était la pire des solutions et il n’a pas tort. Alors que soit on ne cède pas, soit on accorde. Arriver à ce point où l’on n’a pas d’autre choix que d’être héroïque. En souffrir, mais être sauvé, in extremis, par la fierté d'une issue inouïe ou la dignité d'un mur de sable. Gagner, ou être bon perdant.


______

23:11 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

25.03.2007

JET D'EAU (à P. et à Michaux)

medium_dauphin.2.jpg


Il n'était pas pauvre en monde le clown
À l'identité incertaine
Qui parfois s’annulait
Par la distance de soi
À soi – il persistait et signait
Presque sans peur
Ni foi
Conscient que sa légèreté n'était pas vaine
Mais fécondante – sa profondeur
Au carrefour de ceux qui cherchaient l’identité qui bouge
Et de ceux qui la fuyaient, offerts,
Passaient en trombe des abstractions au feu vert
Et des singes aux yeux rouges
Faute de marcher simplement sur le trottoir
Sans attaches minimes
Les plus belles âmes étaient capables du plus triste désespoir
Au grand plaisir des riches infirmes
Se fiançant au passage des cons
Par volonté d’annulation
Le clown n'avait pas de comptes bancaires
L’idée d’avoir un jet privé lui était vomissure
L’explosion suave venait de l’intérieur
Sans nerfs
Lui même son jet
Sûr
De l'Ailleurs
Il en a connu des bars sans dimension
Des barbares sans prétention
Des arts en va-et-vient
Artifices de regards quêtant un secours quotidien
Un délire perpétuel s’infirmerait – où serait la lyre ?
Le sillon – plus difficile à parcourir
Que la dispersion dans la gueule à l'haleine avide
Au carrefour des confusions
Son absence semi-innocente jettera un pavé livide
À la vitrine des illusions
Voraces – lui persistait et signait sa farce.




_______

13:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

23.03.2007

Peuplement de l'espace

medium_caravane_large.jpg


Le René de Chateaubriand, l'un des plus grands petits livres sur ce que les romantiques appelaient le Mal du siècle. Soif d'intensité sans compromis, sans baisses de fréquence, comme le désir d'une sursaturation du monde. Sturm und Drang – Tempête élan.

Ce qui est moins romantique, c'est de placer l'illusion du côté de l'absolu et la vérité du côté du vide. On n'est pas nécessairement fondé à les opposer comme des vases communicants. Le vide est une perception et un affect lié à cette perception. Croire que c'est une composante du monde, c’est l’objectiver.

La cause de la perception du vide, c'est peut-être l'idée que les choses ont un début, un milieu et une fin. Comme des machines que l'on brancherait, qui atteindraient leur plein régime puis qu'on éteindrait. Mais rien n'est jamais fini. Spatialité du vivre.

Tension au coeur du vide ne s'appuyant sur rien d'autre que cette idée : rien n'est jamais fini. Une volonté de persévérance et de don tranquille. Pas de début, de milieu et de fin mais des sphères qui s'imbriquent, la sphère musique dans la sphère écriture, la sphère toi dans la sphère moi, la sphère mécanique dans la sphère organique.

Un absolu qui dépend d'un début d'un milieu et d'une fin est-il encore un absolu ? C'est l'élan qui compte davantage que la Tempête. Le flux jamais coupé. Un fleuve massif qui ébranle tous les vides et les retourne. Que serait la musique sans le silence ?

Retourner le monde et non le broyer. Broyer c'est la définition de la création du vide. On retourne le silence et le désert – peuplement.



_______

15:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

22.03.2007

L'INSTANT

medium_PICT0001.jpg


Le noyé s’agite et s’agitant ne s’accroche à rien. C’est par les pieds qu’il pourrait se sauver. La pointe des pieds s’agrippant au sable suffirait. Mais il agite les bras. Cécité. Ne pas la voir la subir. Il n’y a pas de vide pour qui se pose en aveugle ; cette position irradie. L’instant d’émotion qu’on refuse. Elle te dira ce qu’est un instant lorsqu’elle vivra un instant avec toi. C’est par-delà le oui et le non. Combien de oui qui veulent dire non, combien de non qui veulent dire oui. Vouloir un cadre – peut-être, mais ne pas oublier que de la taille du cadre dépend la taille de la création. Avec de petits cadres, on ne fait que des miniatures : les Riches Heures d’Ennui des Ducs Vengeurs. Lorsqu'on vous offre un cadre plus vaste, dépasser, tenace, l’impression qu’il n’y a pas de cadre.

Cécité consciente – douce lueur. L’instant est dans tes yeux fermés par intermittences. Dire l’émotion n’est ridicule qu’aux côtés du cynisme vengeur. Dostoïevski : « Vous comprenez : bien sûr que tout m’était égal, mais la douleur je la ressentais. » Et aussi, sur le vide : « Une angoisse terrible dans mon âme : je veux dire cette conviction constante qui m’avait pénétré que tout au monde, partout, était égal. »

Et puis, en un instant, le monde se recompose, en un instant ivresse et présence de tout alors que d'habitude absence de tout. Tentation de retourner à l'absence, loin du fouet des cristaux liquides, notes de musique incandescentes, égales mais en harmonie. Dostoïesvki encore, apaisé : « Et pourtant, c’est si simple : en un jour, en une heure tout pourrait se construire d’un coup ! » Au coin d'une avenue, posant son vélo sur la pointe des pieds.

Cécité : l’accueillir – entrer dans la nécessité, peuplée et murmurante. L’instant ne passe et ne fait silence que parce qu’on ne souffle pas dessus, lentement, cendres plus vives que les flammes.

Sous le vide profond, quelque chose de plus profond, lui dit-il, sur la pointe des pieds. Un soleil cadrant ta poitrine.


________

11:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

19.03.2007

CAP AU MEILLEUR (à P. et à Beckett)

medium_Mer_de_Cap_d_eau_3_JPG.jpg


C’est un fil. Incandescent. Définir un visage par le regard. Pas seulement. Définir un être par le vœu qu’il vous impose de lui consacrer votre vie. Non. Définir un être par la définition qu’il vous retire de votre vie, pour vous la redonner incandescente. Non, ou presque cela. Faire attention. Un regard tantôt ailleurs tantôt là. Tourné vers vous – vous ne savez pas pourquoi en particulier mais vous savez pourquoi en général. Dans l’absolu. Non, retirer absolu. Dire Incandescence. Pure joie. Retirer. À la limite de pleurer de joie dans la poche du vide explosé. Ecrire en silence au feu de cet être. Dire lyrique. Être obligé de le dire comme cela. Une rencontre. La première rencontre. La seule, qui rend les autres possibles, mais en deçà. La rencontre définitive. Indéfinitive. Ne pas choisir entre le définitif, dont on veut qu’il dure, et l’indéfini, dont on veux qu’il brûle. Une incandescence. Sacrée. Être obligé de dire sacrée. Si quelque chose est sacré c’est – attention. À la limite de pleurer. De joie. Non sans peur. Que le sacré. Non, impossible. Puisqu’on s’est offert. Mais le temps sera-t-il favorable ? Joindre l’extrémité de ses doigts – "tu as des mains de pianiste" – et fondre prière et constat. Cette fusion même. Prière est constat. Constater l’incandescence. S’en réjouir lentement. Ne pas choisir entre l'indéfinitif, cet instant vif, et le définitif, ce tempo attentif. Ne pas prendre totalement feu. Faire durer. Une vie. Deux vies. Trois vies. Dire que cela revienne. Plusieurs vies. Encore. Plusieurs nuits. Marcher dans la rue, avec elle même sans elle. Mais jamais loin. Refuser loin. Même à distance la protéger. Écouter. Boire du Coca-Cola. Constater que le Coca-Cola même est sacré puisqu’elle boit du Coca-Cola. Être un peu ennuyé que le Coca-Cola soit sacré. Dire que seul le Coca-Cola qu’elle boit est sacré. Le constater. Constater aussi qu’elle a – non rayer cela, ne pas tout dévoiler. Laisser intime. Laisser brûler. Respirer l’incandescence. Être comme elle à la limite de pleurer après la huitième minute – ne pas le dire. Accords enchaînés. La caresser dans l'incandescence, l’absolu jamais loin. Non, retirer absolu. Le remettre. Dire Incandescence. À la limite. C’est un fil. Deux lèvres. Se taire.




_______

21:45 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

18.03.2007

NOUS SOMMES TOUS ÉTRANGERS

medium_etranger.2.jpeg


Le débat sur l’immigration est en réalité, si on l’extrait de sa confusion, d’abord une tentative de tracer une ligne entre esclavage et liberté. On dit que les économistes ignorent si l’afflux d’immigrés relance une économie ou la freine. En réalité, ce qu’on ignore, c’est la définition de la liberté. Le travailleur immigré, en temps de prospérité, est un référent pratique car il est censé indiquer qui est libre et qui est esclave. Mais en temps de crise structurelle, l’autochtone se sent lui-même esclave, à juste titre d’ailleurs. Dès lors, c'est connu, puisque 80% des Français au minimum peuvent se sentir esclaves du Capital, ils ne se sentent plus de différence de caste avec les immigrés et leur haine du Capital se retourne contre les étrangers.

Il n’est pas si étrange de lier la notion de liberté à l’économie. Les Grecs anciens ne s’en privaient pas. Mais un Socrate ou un Diogène étaient là déjà pour rendre les consciences dominantes moins sûres de leur différence.

Quant au problème de l’identité, c’est à la question de l’origine – mais l’origine prise au sens métaphysique plutôt que géographique – qu’elle renvoie, et donc encore à celle de la liberté. Serait libre, idéalement (c’est-à-dire à la limite), un homme dont la pensée serait majoritairement singulière plutôt que tributaire de réactions passéistes. Serait libre et doté d'identité un groupe humain qui proposerait et appliquerait une pensée et une politique nouvelle. Il ne s’agirait pas pour lui seulement de sortir de la confusion, mais en en sortant de ne pas tomber dans un système de pensée disponible, que ce soit le cynisme, le racisme réactif, le tolérantisme mou ou l’ultralibéralisme.

Le refus de l’immigré est l’échec du projet civilisationnel européen, le signe de notre décadence. Le Pen est un décadent, pas du tout un visionnaire bâtisseur. Ses propositions n’ont rien de créatif ; il baigne dans la réaction faible. Prôner la grandeur de la France est un discours faible qui fait sourire tous ceux qui observent la misère du pays et la déréliction de ses citoyens. C’est vers l’Europe qu’il faut se tourner, l’Europe comme idéal philosophique et politique, si l’on veut avoir une chance de sortir du déclin de l’Occident.

Si l’Europe avait une vision, si l’Europe était un Empire libre, c’est-à-dire le lieu d’une pensée neuve et immunitaire pour le plus grand nombre, alors il n’y aurait plus d’immigrés. Seulement des Européens.

Nous sommes aujourd’hui tous étrangers à la vraie vie et la haine de l’immigration est le reflet de notre haine de nous-mêmes et de notre asservissement aux dérèglements du Capital. Étrangers à une vision constructive, utopiste et neuve de l’Europe.

L’humanisme réel postéconomique n’a pas eu lieu puisque l’esclavage est le fonds de notre réel.

Je propose que nous soyons tous reconduits hors des frontières de l'Europe, Blancs, Noirs, Jaunes, Gris, Verts, jusqu'à ce que nous soyons devenus libres.



_____

13:20 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

15.03.2007

L'oreille absolue

medium_vincent_vangogh_-_Autoportrait_a_l_oreille_bandee.jpg

"... L'esprit n'est cette puissance qu'en regardant le négatif droit dans les yeux, en s'attardant chez lui. Ce séjour est la force magique qui convertit ce négatif en être."
(Hegel, Phénoménologie de l'Esprit).


Le projet pythagoricien de penser la cacophonie est aujourd’hui une question de vie ou de mort. C’est ce que j’ai tenté de dire, sous une forme humaine, dans mon premier roman, ‘Joie’.

Poser le problème en termes de cacophonie plutôt que de chaos implique une éventuelle solution du côté de l’euphonie, de la polyphonie, plutôt que du côté de l’ordre politique. Une euphonie absolue peut inclure l’improvisation, tandis qu’on voit mal comment un régime politique d’ordre absolu puisse accepter l’imprévisible.

Ecouter le monde demande aujourd'hui beaucoup de courage. Chaque jour sont tentés de se rendre sourds nombre de ceux qui ont la force suicidaire d'écouter. Il est plus facile de s'endormir de calculs, pour survivre – dans la mésentente.

Seulement voilà : une fois qu'on a vraiment entendu la cacophonie, on est perdu pour le calcul. Car en nous brûle désormais le désir de l'euphonie.

Il ne reste donc plus qu'à faire face.

Devenir des guerriers de la polyphonie.




_______

11:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

09.03.2007

LA FÊLURE (Deleuze et les lignes)

medium_lignes.jpg



On peut se demander ce qui nous fait agir, ce qui nous meut dans l’espace, nous êtres vivants. On présente souvent une vie humaine comme une droite ayant un commencement, un milieu et une fin, et nous nous voyons évoluer sur cette ligne sans toujours nous sentir maîtres de notre direction et lucides quant au but à atteindre.

Vectoriser ainsi la vie a-t-il un sens ? On parle parfois d’une courbe de vie pour les produits de fabrication industrielle. Mais le vécu humain suit-il une ligne ? Son essence est-elle résumable sous la forme d’un schéma linéaire qui ne soit pas qu’une abstraction dénuée de tout lien avec la vie même, la chair, l’incarnation ?

C’est ce que défend Gilles Deleuze en plusieurs points de son œuvre, notamment le chapitre premier de 'Différence et Répétition', lorsque, examinant la distinction entre le fond des choses et leur surface, il écrit : "Le fond qui remonte n’est plus au fond, mais acquiert une existence autonome ; la forme qui se réfléchit dans ce fond n’est plus une forme, mais une ligne abstraite agissant directement sur l’âme." Dans les dialogues avec Claire Parnet, Deleuze déclare : "Individus ou groupes, nous sommes faits de lignes." L’individuation suivrait donc une ligne. Mais comment décrire cette ligne et la dynamique qui la gouverne ?

Gilles Deleuze suggère que cette ligne se subdivise en trois tendances : "La ligne de fuite première, de bordure ou de frontière, se relativise dans la seconde ligne, qui se laisse stopper ou couper dans la troisième." Que sont ces lignes ? Des flux antagonistes de trois ordres : coupure, fêlure, rupture. Les lignes de coupure sont des agencements de type binaire, segmentants, ordonnants, des forces de maîtrise et de surcodage par évidement de l’élan vital. Cela peut rappeler ce que Nietzsche qualifiait d’apollinien. Les lignes de rupture sont des lignes chaotiques de pente naturelle, de "fuite" vers un devenir animal, une faim impétueuse de remplissement. Elles semblent s’opposer aux lignes de coupure, et évoquer en cela le concept de dionysiaque. Entre les deux, ni tranchante-évidante, ni fuyante-affamée, il y a la ligne de fêlure, qui selon Deleuze avance par "chutes" et "élans", tel un flux moléculaire à quanta.

Notre hypothèse est la suivante : la ligne de vécu correspondrait à une ligne spatio-temporelle de fêlure par opposition affirmative à la pression des deux autres lignes. Les lignes de coupure exerceraient une force antispatiale, dans une tentative d’entretenir un monde de pure forme, homogène dans son ordonnancement. Les lignes de rupture exerceraient une force antitemporelle, dans une tentative d’entretenir une ivresse constante, un monde de pur fond. La ligne de vie semble être création d’espace-temps, poussée expulsant les blocs monolithiques apolliniens et limitant les faims circulaires dionysiaques en pulsant vers une direction singulière.

Mais quelle est cette direction vers laquelle tend la ligne de vie, si ce n’est ni la forme pure, ni le pur fond ? Quelle est cette fêlure constitutive de la dynamique de la ligne de vie, comment fonctionne-t-elle ? N’est-elle pas tout simplement le résultat d’un processus duel que nous appellerons le "se mouvoir en regardant de côté" ? Et cette latéralisation, cette répétition du regard de côté, n’est-elle pas ce qui crée, à travers la figure du quart de cercle, l’espace et le temps, bref, l’horizon d’une quatrième ligne, circulaire, délimitant le territoire du monde vivant ?



______

23:20 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | |  Imprimer