05.04.2007
DU SAINT AU SAIN
Ce matin, j’écoute la musique de Nietzsche, notamment la belle pièce pour piano et violon nommée Eine Sylvesternacht. Et je regarde cette image, des élastiques qu'il y a quelques mois j'ai collés sur une surface que j'ai mise sous verre.
Quel est le point de vue jalonné par un Nietzsche, et plus tard un Deleuze, entre autres ? Qu’il faut penser l’excès plutôt que le manque. La religion nous avait habitués à habiter un monde généré par le manque. Manque de Dieu, manque d’un paradis. La figure suprême était celle du grand saint. Dieu comme au-delà est mort et le capitalisme a pris provisoirement sa place, comme économie du manque. Le manque à gagner comme figure du refoulement. C’est à ce titre que le capitalisme, comme l’a montré Max Weber, est un paradigme de l’Ancien Monde encore. Le protestant – la figure la plus adaptée au capitalisme – est le gestionnaire du manque.
Mais le capitalisme maintient artificiellement vivant l’Ancien Monde, tentant de régimenter ses sujets autour de la marchandise absolue manquante. Tentant simultanément de masquer les manques sous l’apparence d’une société d’abondance. Insuffisant. La vie est surabondance. L’être vivant obéit moins à une économie du manque qu’à une économie de l’excès. Le manque est la ruse du corps face à l’ivresse de l’excès.
Vivre, c’est surabonder de toutes parts, désirer d'abord sans objet, déborder d’énergie sans canalisation. Différence originaire comme sain prurit débordant, comme l’a montré Leibniz relu par Deleuze. La figure suprême du monde à venir est l’homme sain. Le grand sain comme débordant d’énergies mais ne retournant plus ces énergies contre lui. Toute la difficulté du monde à venir va être d’établir une économie de l’excès qui ne verse pas dans un agencement de manques. Cela suppose l’abandon de la figure de l’ego comme lieu de la limite figurée prise dans le temps. "Nietzsche semble bien être le premier à voir que la mort de dieu ne devient effective qu’avec la dissolution du Moi." (Deleuze, 'Différence et répétition').
L’oubli de soi, disait Eurydice. Oui, mais la coïncidence avec son principe aussi. L’homme sain est celui auquel le temps ne manque pas, parce qu'il se situe à l'origine du monde, voire même... avant.
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12:25 Ecrit par Luis de Miranda | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





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