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28.04.2007

Le paradoxe de l'écrivain

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Qu’il ne soit pas dit que ce lieu ne cite que Nietzsche. Je ne connais pas le travail de Madeleine Chapsal, mais j’ai lu ce matin par hasard cette jolie phrase d’elle, qui m’a fait rire :


« Un écrivain, un poète en particulier, est quelqu’un qui travaille toute sa vie à faire de soi un être sans défense. »



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25.04.2007

Du lion à l'enfant

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"La destruction active signifie : le point, le moment de transmutation dans la volonté de néant. La destruction devient active au moment où, l'alliance étant brisée entre les forces réactives et la volonté de néant, celle-ci se convertit et passe du côté de l'affirmation, se rapporte à une puissance d'affirmer qui détruit les forces réactives elles-mêmes. La destruction devient active dans la mesure où le négatif est transmué, converti en puissance affirmative : "éternelle joie du devenir " qui se déclare en un instant, "joie de l'anéantissement ", "affirmation de l'anéantissement et de la destruction". Tel est le "point décisif" de la philosophie dionysiaque : le point où la négation exprime une affirmation de la vie, détruit les forces réactives et restaure l'activité dans ses droits. Le négatif devient le coup de tonnerre et l'éclair d'une puissance d'affirmer. Point suprême, focal ou transcendant, Minuit, qui ne se définit pas chez Nietzsche par un équilibre ou une réconciliation des contraires, mais par une conversion. Conversion du négatif en son contraire, conversion de la ratio cognoscendi dans la ratio essendi de la volonté de puissance."

Nietzsche par Deleuze

Vouloir périr est la clé du rebondissement vers le vouloir vivre. Après avoir été chameau (transporteur de la peine), le lion devient enfant, mais le "oui sacré" de l'enfant doit être précédé par le "non sacré" du lion.




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20.04.2007

NOTES

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Devenir humain. Processus lent et insensé. Identique au devenir divin. L’humanisme est un régime d’épreuves. Il l’est de toute façon. Épreuve de la folie, épreuve de la solitude (ce qui est peut-être la même chose), épreuve de l’impuissance, épreuve de la jalousie (ce qui est une manière de se juger impuissant), épreuve de la vanité et de l’élan, épreuve de la presque mort et du trop plein de vie.

Un jour, on se stabilise dans une image de soi. Le jour suivant elle vacille. Un jour on croit avoir trouvé le Graal, et par humilité, on se détache de cette idée, on la donne. Un jour on croit savoir, le jour suivant, on se sait naïf. On aime parfois davantage sa naïveté que sa sagesse, car la sagesse, croit-on, rend laid tandis que la candeur serait une grâce. Un jour, on croit devoir se figer en statue digne, faute de tenir dans le trop-plein de vie.

Et puis il y a l’espoir, parfois pire ennemi que le désespoir. L’espoir n’est pas loin souvent de la volonté de toute puissance subjective. L’espoir est donc un désir de désespoir. Prendre la posture du désespoir, c’est encore se situer dans l’espoir.

Et puis il y a la volonté d’être soi-même, cette folie. Car ce soi-même on le place plus volontiers du côté de la toute puissance subjective que du côté de la petitesse de la chose. Et pour peu que le soi-même soi divin, alors est-ce encore soi-même ?

Et puis il y a la volonté de sentir, de pleines sensations d’ivresse. Volonté solipsiste. Ne faudrait-il pas s’interdire le sentir solitaire pour ne favoriser que le sentir à deux ? Mais sentir à deux, n’est-ce pas une impossibilité liée à notre idée que le sentir est pure subjectivité ?

Les uns à côté des autres, les uns se néantisant les uns les autres. Liés par quoi en dehors de ce contradictoire appel à un autre sujet qu’on transforme en même temps en objet (de mépris ou d’adoration) ? Être se dit au présent. Mais être ne se dit pas d’un sujet. Désirer se dit d’un sujet, or désirer, c’est s’aliéner, c’est se projeter, c’est faire de soi le reste pantelant du désir.

Une note d'espoir malgré tout ? À Paris, la porte de pantin donne sur la cité de la musique.



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16.04.2007

PHILOPATHIE

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On dit souvent qu’un artiste doit avoir souffert pour créer. On dit souvent que la souffrance intérieure (écartons la douleur physique induite par un objet matériel sur l’extérieur du corps) rend plus mur, plus clairvoyant. Mais quelle est la nature exacte de la souffrance ? Elle est si évidente, si prégnante, que l’humain ne tente pas de voir en elle autre chose que sa manifestation. « Il y a la souffrance et elle est originelle. » Et si la souffrance n’était pas originelle et encore moins négative ?

Et si elle était précisément une poche d’informations se diffusant dans le corps ? On connaît les causes parfois terrifiantes de la souffrance, perte, manque, absence. Mais on connaît aussi son pouvoir de maturation psychique et physique. Peut-être que ce qu’on appelle souffrance intérieure n’est qu’un autre mot pour dire la croissance spirituelle, et peut-être est-ce la façon dont la nature informe l’esprit. Le fameux lien manquant entre l’esprit et le corps que tant cherchent…



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12.04.2007

LE TUNNEL EN PLEIN JOUR

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On écrit parfois comme un jour chasse l’autre, pour recouvrir le passé. On parle parfois pour se cacher, par pudeur d’avoir un moi trop affirmé. Je lis en ce moment ‘Le Tunnel’ de Sabato, cette histoire d'amour et de meurtre. Implacable démonstration de tout ce qu’il ne faut pas dire dans une relation amoureuse, tout ce métalangage que beaucoup ne savent réprimer. Comme si l’amour pouvait seul résoudre le débordement vital, ces fuites de toutes parts que seule une relative discipline peut canaliser. Le narrateur s’accroche à Maria pour se sentir exister, s’arrime à elle comme si elle était l’âme de la marionnette qu’il se sent être. Naufrage de demander à l’autre qui on est, alors que ce qu’on peut faire de mieux est de se porter responsable. Malgré tout. Et tenter de parler sur le fil du trop-plein et du vide.

Toutes ces questions que le narrateur de Sabato ne sait pas retenir : m’aimes-tu ?, en aimerais-tu un autre ? Questions de qui croit à l’illusion que les autres ont une âme plus fixée, une identité plus établie. Cette illusion fait « quelques » ravages. Bien entendu, les autres n’ont pas une identité plus unie, ou rarement. On peut leur apprendre à colmater leurs brèches. Pas toutes, car aimer, c’est aussi risquer. Car se porter trop responsable est une erreur tout aussi envahissante. Le pompier pyromane. L’autre a besoin de s'exposer au risque. Un peu de brèches par où la végétation peut renaître. Aimer, passion fixe et mouvante, discipline contenue et débordement souterrain, laisser-venir vigilant, réduction de l'inquiétude : se porter volontaire pour l'épanouissement d'un jardin anglais – sans meurtre de préférence...




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11.04.2007

Retour(s)

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Retour d'une parenthèse à Capri avec P. Là-bas, si l'on regarde attentivement les rochers, au niveau de la mer, ils peuvent vous renvoyer l'image souterraine et animale de votre être. Avons eu l'honneur de marcher sur le toît de la villa Malaparte, grâce à Michele, guide occasionnel de 77 ans. Terminé la lecture de 'Océan mer', de Barrico, en poche : quelques beaux passages dans ce texte enfantin, notamment les pages 177-178.

Le psychanalyste Jean-Claude Liaudet m'apprend la sortie de son livre : 'L'Impasse narcissique du libéralisme'. Il m'avait déjà cité dans son précédent ouvrage. Il semblerait que nous développons les mêmes thèses sur l'affectation de l'ego par le Capital. Flatteur venant d'un spécialiste. Je me souviens d'avoir écrit 'Ego Trip' en tremblant, car en attaquant le pseudo-Moi délirant on risque toujours, par dommages collatéraux, de frapper les vertus de l'imagination créatrice.

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05.04.2007

DU SAINT AU SAIN

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Ce matin, j’écoute la musique de Nietzsche, notamment la belle pièce pour piano et violon nommée Eine Sylvesternacht. Et je regarde cette image, des élastiques qu'il y a quelques mois j'ai collés sur une surface que j'ai mise sous verre.

Quel est le point de vue jalonné par un Nietzsche, et plus tard un Deleuze, entre autres ? Qu’il faut penser l’excès plutôt que le manque. La religion nous avait habitués à habiter un monde généré par le manque. Manque de Dieu, manque d’un paradis. La figure suprême était celle du grand saint. Dieu comme au-delà est mort et le capitalisme a pris provisoirement sa place, comme économie du manque. Le manque à gagner comme figure du refoulement. C’est à ce titre que le capitalisme, comme l’a montré Max Weber, est un paradigme de l’Ancien Monde encore. Le protestant – la figure la plus adaptée au capitalisme – est le gestionnaire du manque.

Mais le capitalisme maintient artificiellement vivant l’Ancien Monde, tentant de régimenter ses sujets autour de la marchandise absolue manquante. Tentant simultanément de masquer les manques sous l’apparence d’une société d’abondance. Insuffisant. La vie est surabondance. L’être vivant obéit moins à une économie du manque qu’à une économie de l’excès. Le manque est la ruse du corps face à l’ivresse de l’excès.

Vivre, c’est surabonder de toutes parts, désirer d'abord sans objet, déborder d’énergie sans canalisation. Différence originaire comme sain prurit débordant, comme l’a montré Leibniz relu par Deleuze. La figure suprême du monde à venir est l’homme sain. Le grand sain comme débordant d’énergies mais ne retournant plus ces énergies contre lui. Toute la difficulté du monde à venir va être d’établir une économie de l’excès qui ne verse pas dans un agencement de manques. Cela suppose l’abandon de la figure de l’ego comme lieu de la limite figurée prise dans le temps. "Nietzsche semble bien être le premier à voir que la mort de dieu ne devient effective qu’avec la dissolution du Moi." (Deleuze, 'Différence et répétition').

L’oubli de soi, disait Eurydice. Oui, mais la coïncidence avec son principe aussi. L’homme sain est celui auquel le temps ne manque pas, parce qu'il se situe à l'origine du monde, voire même... avant.




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04.04.2007

DOS NU

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(dos nu femme, par Nadège Herigny)


L’étincelle de départ, est-ce une étincelle, ou un fourmillement qui s’éprouve lui-même comme petite brûlure agréable. Ce n’est pas l’embrasement, me direz-vous. L’embrasement, est-ce que j’y crois ? J’y crois, mais de manière inconsciente. Être conscient de l’embrasement des âmes serait épuisant, et c’est probablement ce qu’on appelle la folie. Être conscient de la petite flamme suffit, cela révèle un système de filtrage qui fonctionne bien, car la suave brûlure élançante signale qu’on n’a pas perdu le lien avec l’embrasement.

Interchangeabilité des émotions, et surtout de leur objet. Aptitude à la sensation du magnifique. La sensation du magnifique comme rencontre de la volonté, du regard, de la peau et du fond du réel, ce fond de petites différences infinies. La sensation du magnifique, non seulement par-delà le bien et le mal, mais par-delà la vie et la mort. Ce n’est pas très moral. Mais ce n’est pas non plus sublime, car il n’y a plus de franchissement des limites (tout est franchi) mais plutôt des correspondances entre tout, le haut le bas, le latéral, le faux absent et le présent. Importance de la phénoménologie pour comprendre que la vie, c’est l’apparaître magnifique pour une conscience. Le faux absent est tout aussi magnifique que le présent. N'être rien, comme dit Pessoa, ne suffit pas. C'est un moment. Et tout de suite derrière, il y a la perception magnifique, plus forte que la douleur, avec le temps.





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