Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10.05.2007

LA POSSIBILITÉ DE L'ARGENT

medium_2160881.jpg



La France est désormais décomplexée. Elle a évacué sa tradition idéaliste en la figure d’une psychologie de pure ambition pécuniaire. Rien à craindre de plus visiblement fascisant du nouveau Président que ce que l'Hexagone nous montre déjà depuis des années. En revanche, Monsieur S. a le mérite de se livrer avec ostentation à l’amour de l’argent et du confort bourgeois. Il l’a dit avant d’être élu : si j’échoue, je vais dans le privé. "J’ai envie de gagner de l’argent."

La France qui a élu Monsieur S. est celle qui a envie de gagner de l’argent. Il y aurait presque de quoi se réjouir d’être dans un pays où 46% des personnes n’a pas l’ambition de s’enrichir. Quant à ceux qui crient au scandale électoral, d’où sortent-ils ? Chirac valait-il mieux que Sarkozy ? Il était bien plus hypocrite (façon belle-âme) tout en favorisant la même société du lucre avec rétrécissement des valeurs nobles et sincères, la même société du mensonge en faveur, de la négation de l’Autre (du Soi) par l’affirmation d'un moi standardisé. Darwin contre Marx ? Plutôt Rank Xerox contre le printemps. Nicolas S. est un heureux, habile et séduisant arrivé, qui a le mérite de mettre en évidence avec moins de préchi-précha que son prédécesseur le premier scandale du Capital : l’existence de classes sociales et la naturalisation d’une pseudo supériorité psychologique des riches. Certes la gauche ne vaut pas mieux en décrétant que le bas est haut, que le pauvre ou l'immigré est précieux EN TANT QUE pauvre ou immigré. Seul est précieux l'homme (la femme) qui surmonte son moi standardisé et canalise sa supériorité en créativité. Élaborer la chance, favoriser le triomphe de la vie plutôt que l'embrigadement mortifère, cela demande beaucoup de travail. Du vrai travail. Un travail cosmique où la noblesse est de se juger soi-même, plutôt que de jauger de sa qualité à l'aune de valeurs en cours.

Pour avoir côtoyé tous les milieux sociaux, du plus élitiste au plus modeste, je confirme ce qu’on sait déjà : nulle part l’intelligence est répartie en force. Partout on compte des fous qui s’ignorent fous, des rêveurs confus ou orientés, des délirants qui encadrent leur folie ou finissent en démence ou en joie, des hargneux que la morale ou l'envie entrave et rend, in fine, beaux ou désespérés. Nicolas S. a le mérite d’exposer en plein jour le scandale des inégalités et l'absence d'horizon de la classe dominante. Idéologie américaine : celui qui travaille deviendra riche. Possible, mais au prix de quel appauvrissement de l’imaginaire, de quelle rénonciation aux différences créatrices et co(s)miquement aristocratiques, au prix de quel étouffement des possibilités humaines ?

Le travail des Nicolas S. est un divertissement de cloisonnement, un recouvrement des forces du devenir désirant au service de l'instinct de propriété. L’affairement du bourgeois boutiquier gravissant en ligne droite les échelons est éminemment incompatible avec ce que William Blake appelait l’errance qui mène au génie, c’est-à-dire à la réalisation de l’impossible.

Avec Nicolas S., rien de nouveau sous le soleil – le possible continue de renier sa multiplicité et ne porte toujours qu’un seul nom : argent.



_______

10:25 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

Les commentaires sont fermés.