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16.05.2007

PRENDRE RACINE EN VUE DU MOUVEMENT

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Cher Luis,

"On n’est pas sorti de l’auberge." L’autre jour, tu évoquais le "Vais-je aller à la taverne ?" de Deleuze. Ce matin, tu travailles encore à ton roman, et de temps en temps tu marques une pause, essoufflé, tout en chantant sur un air d’opéra : "On n’est pas sorti de l’auberge."

Tu te dis que tu as bien encore quatre mois de travail, que chaque phrase doit être reprise, que tout ça ne respire pas encore, n’est pas assez ample, que ça sent encore l’échafaudage et l’impatience maigre. Mais savoir qu’il y a encore du travail te réjouit, car tu sens ce qu’il y a à faire, et tu entrevois (tu l'espères...) que c’est possible, puisque tes premiers essais en laboratoire semblent le prouver (le prouver à qui ? À toi seul – car c’est le plus dur chemin de l’auteur, peut-être jamais tout à fait atteint, que d'être à la fois le cheval et le cavalier, de se constituer une autorité sans validation externe).

Quant au résultat, il devra être celui d’un travail mené à terme, si possible vivant : être moins dans la considération du bien et du mal esthétique, de l’air du temps ou du modernisme, mais plutôt dans la nécessité interne, sentie, qu’un roman soit tissé de chair et de souffle. Cela prend beaucoup d’énergie, car c’est à partir du désir que tu écris vraiment et que tu construiras lentement un organisme en mouvement plutôt qu’une plaquette autopromotionnelle de mots secs.

Écrire est comme faire l’amour ; on ne peut pas faire ça à longueur de journée, à moins de tomber dans la pornographie, la simulation ou l’abattage distant et vide.

Cesser de pratiquer le recouvrement panique du vide dans ce que nous faisons. Cesser de nous précipiter éperdus dans les petites morts, pierres sur lesquelles nous sautillons comme pour mieux rejoindre la Grande (Ah, cette impatience d'en finir chez les hommes !). Respirer et plonger dans le flux vivant où les candences sont moins infernales. Se donner le luxe de la durée, et avoir le courage de se tromper. Mais se tromper seulement aux yeux des autres, et au bout d’un chemin cohérent pour soi : s'en tenir au même tronc le temps qu'un arbre se déploie.

Bref, tu n'es pas sorti de l'auberge.
Mais tant que tu chantes, ça va.
C'est l'aube qui émerge.


Amicalement,

Arsenal du Midi.



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