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06.09.2007

LA RHÉTORIQUE RÉACTIVE DE M. SARKOZY

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Qu’appelle-t-on la mondialisation ? Les définitions sont multiples, de la plus érudite à la plus populaire. La moins hypocrite consisterait à dire que la « mondialisation » désigne simplement la prise de conscience par l’Occident que son rapport au reste du monde n’est non seulement plus unilatéral et dominant, mais que ce « reste du monde » n’est plus en reste d’occuper une position créditrice dans les échanges de marchandises. Dans le monde daté du 6 septembre 2007, l’actuel président de la République française est cité : « La mondialisation, si on la craint, c’est qu’on n’a pas confiance en soi. » C’est une phrase qui peut séduire. Dans l’esprit de M. Sarkozy, elle veut dire à peu près : il y a ceux qui vont au devant de la compétition, ce sont les potentiels vainqueurs. Et il y a ceux qui s’effraient de l’apparence d’accroissement de l’hybris capitaliste et veulent se sentir protégés plutôt que toujours en guerre pour assurer leur pain quotidien.
D’après M. Hubert Védrine, l’ancien ministre socialiste des affaires étrangères (1997-2001), qui vient de remettre un rapport au Président sur la température de notre psyché économique, il règne en France une « répugnance morale persistante envers l’économie de marché et son moteur, le profit ». Cette répugnance serait néfaste à la croissance et à l’épanouissement des ménages : il s’agirait d’une « méfiance stérile ». Ce qui nous intéresse ici, c’est la façon dont M. Sarkozy et M. Védrine expliquent le dit ralentissement de l’économie française par des arguments psychologisants : manque de confiance en soi, répugnance morale. Nous sommes bien là dans une vision volontariste de l’économie : « Si je veux, je peux. Si je ne peux pas, c’est qu’il faut travailler sur la confiance individuelle et les préceptes moraux. » Est-ce à dire qu’il faut mettre de côté cette soit-disant « morale » ? Où met-on la morale lorsqu’on ne s’en sert pas ? On voit bien qu’en réalité une morale ici se substitue à une autre, et le nouvel impératif que propose le pouvoir – peu nouveau en réalité – serait à peu près le suivant : « Est juste ce qui me permet d’avoir le dessus. » Une logique conquérante qui peut séduire.
Seulement cette logique conquérante ne semble pas reposer sur un élan sain, mais sur la peur. M. Sarkozy déclare en effet : « Je ne peux pas me permettre d’être sceptique, face à la mondialisation, ma posture est offensive. » Voilà le discours rhétorique du pouvoir pris en flagrant délit de contradiction : « Je ne peux pas me permettre d’être sceptique » est une posture réactive, pas une posture de réel vainqueur, ni une posture humaine (si l’on admet que l’homme est un être pensant et que la pensée commence par le scepticisme). Avec de tels discours, où le développement économique ne semble reposer que sur le sentiment d’une menace (et VOULOIR avoir confiance en soi est encore une forme de sentiment d’infériorité), comment construirait-on un monde plus juste ?
Pire, M. Védrine semble ne plus attendre de l’Europe et de l’Occident aucun sursaut moral, aucune suprématie spirituelle : il recommande d’une part à la France de se départir de son « ton arrogant » sur sa « vocation universelle », et d’autre part il écrit : « Ce n’est pas parce que les Occidentaux ont pollué massivement depuis les débuts de la révolution industrielle que les émergents peuvent en faire autant ». Une manière claire (et naïve) d’espérer que le « reste du monde » soit plus moral que ne l’a été l’Occident.
En somme, si l’on en croit MM. Sarkozy et Védrine, nous voilà bien décadents : non seulement nous devrions plonger dans le vouloir-vouloir (dans une eau trouble éclairée par le discours du profit financier) et être au mieux portés par une énergie de réactivité défensive, mais de plus nous devrions attendre du reste du monde qu’il soit plus vertueux (notamment sur l’écologie) que nous ne l’avons été, tout en rejetant pour ce qui nous concerne notre inutile « répugnance morale ».
Non, décidément, bien que la rhétorique de M. Sarkozy et consorts soit parfois aussi séduisante qu’un livre de développement personnel, ses effets sont identiques à la Cocaïne : un sentiment de surpuissance artificiel et éphémère. Ce n’est pas cette politique qui va relever durablement un pays et lui préserver sa spécificité.
Bien entendu, il n’y a pas de « guerre des civilisations ». Il y a la vie civilisée et celle qui ne l’est pas.


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Commentaires

Il nous faudrait un président qui joue de la musique...

Écrit par : Melchior | 11.09.2007

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