Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25.09.2007

RETRO PLANNING

4f78ca9d3c9129086fb48835884ae60d.jpg



Les écrivains les plus courageux ne sont pas toujours ceux dont on se souvient le plus. Je lis en ce moment ‘Nous autres’, d’Eugène Zamiatine, récit d’anticipation écrit en 1920, précurseur de Huxley et d’Orwell. Cet extrait par exemple :

« Le ciel magnifiquement bleu, les minuscules soleils dans chacune de nos plaques, les visages non obscurcis par la démence des pensées, tout semblait fait d’une seule matière lumineuse et souriante.
Brusquement, je compris comme pour la première fois dans ma vie, je compris tout : les rues impeccablement droites, le verre des chaussées tout arrosé de rayons, les divins parallélépipèdes des habitations transparentes, l’harmonie carrée des rangs de numéros gris-bleu. J’eus alors l’impression que ce n’étaient pas des générations entières, mais moi, bel et bien moi, qui avais vaincu le vieux Dieu et la vieille vie, et que c’était moi qui avait construit tout cela ; je me sentais comme une tour, et craignais de remuer le coude, de peur que les murs, les coupoles, les machines ne s’écroulassent en miettes…
Immédiatement, à droite, j’entendis un rire. Je tournai la tête de ce côté et des dents pointues, extraordinairement blanches, me frappèrent les yeux. C’était le visage d’une inconnue.
« Excusez-moi, dit-elle, mais vous regardez tout ce qui vous entoure d’un air tellement inspiré, comme le dieu du mythe le septième jour de la création. Vous êtes sûr, ce me semble, que c’est vous qui m’avez créée aussi, et non un autre. J’en suis très flattée… »

Zamiatine, avant son exil à Paris, où il diluait son angoisse entre les tables des Deux Magots, avait écrit à Staline :

« L’auteur de cette lettre, un homme condamné à la peine capitale, s’adresse à vous avec la requête de commuer cette peine. Pour moi, en tant qu’écrivain, être privé de la possibilité d’écrire équivaut à une condamnation à mort… »


_______

22:10 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

Les commentaires sont fermés.