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25.09.2007

RETRO PLANNING

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Les écrivains les plus courageux ne sont pas toujours ceux dont on se souvient le plus. Je lis en ce moment ‘Nous autres’, d’Eugène Zamiatine, récit d’anticipation écrit en 1920, précurseur de Huxley et d’Orwell. Cet extrait par exemple :

« Le ciel magnifiquement bleu, les minuscules soleils dans chacune de nos plaques, les visages non obscurcis par la démence des pensées, tout semblait fait d’une seule matière lumineuse et souriante.
Brusquement, je compris comme pour la première fois dans ma vie, je compris tout : les rues impeccablement droites, le verre des chaussées tout arrosé de rayons, les divins parallélépipèdes des habitations transparentes, l’harmonie carrée des rangs de numéros gris-bleu. J’eus alors l’impression que ce n’étaient pas des générations entières, mais moi, bel et bien moi, qui avais vaincu le vieux Dieu et la vieille vie, et que c’était moi qui avait construit tout cela ; je me sentais comme une tour, et craignais de remuer le coude, de peur que les murs, les coupoles, les machines ne s’écroulassent en miettes…
Immédiatement, à droite, j’entendis un rire. Je tournai la tête de ce côté et des dents pointues, extraordinairement blanches, me frappèrent les yeux. C’était le visage d’une inconnue.
« Excusez-moi, dit-elle, mais vous regardez tout ce qui vous entoure d’un air tellement inspiré, comme le dieu du mythe le septième jour de la création. Vous êtes sûr, ce me semble, que c’est vous qui m’avez créée aussi, et non un autre. J’en suis très flattée… »

Zamiatine, avant son exil à Paris, où il diluait son angoisse entre les tables des Deux Magots, avait écrit à Staline :

« L’auteur de cette lettre, un homme condamné à la peine capitale, s’adresse à vous avec la requête de commuer cette peine. Pour moi, en tant qu’écrivain, être privé de la possibilité d’écrire équivaut à une condamnation à mort… »


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22.09.2007

(Ne pas) se pencher au dehors

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Il lui arrive de préférer l’inconscience à l’Inconscient. Car celle-ci serait au-dehors, et désignerait l’innocence de l’Inconnu (et du naïf qui le soupçonne). Tandis que l’Inconscient serait un sac de nœuds bien fatigant à hisser (oh, mate l'haut !) de l’intérieur. Et d’ailleurs (ici moment de torpeur), il est possible, se dit-il, que la philosophie ne soit qu’une entreprise a-charnée de recouvrement du sensible. À moins que le pensé nous soit une zone inconnue, d’inconscience donc. Or il lui arrive de préférer l’inconscience (ad infinitum)...



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21.09.2007

MAGIE CRITIQUE

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('Maestro', par Sandokan)


Dans l’article de Thierry Labica intitulé 'Le grand récit de la postmodernité', publié ce mois-ci par la Revue des Livres (www.revuedeslivres.net), je note cet extrait qui me semble une façon de résumer mon essai de 2003, ‘Ego Trip, ou la société des artistes sans œuvre’ (cf. le forum en haut à droite) :

« La subjectivité "artiste" et "créative" du salarié soumis à des régimes d’individuation sans précédent, mobilisée dans l’activité de production, ne constitue-t-elle pas la meilleure figure de l’écrasement du culturel dans le rapport de production marchande, comprimant ainsi toute distance, toute autonomie, toute marge critique, coïncidant par ailleurs avec des capacités accrues de prescription et de contrôle de l’activité salariale ? »

Ego Trip n’est pas un texte désenchanté. Je ne nie pas, et même j’accueille la magie qui s’enveloppe autour de l’individu inspiré à force d'exercer sa pulsion de lucidité et d'altérité. Comme l’écrivait Mozart dans une lettre à Bulliger (cité par Giorgio Agamben dans son ‘Profanations’) : « Vivre bien et vivre heureux sont deux choses différentes, et la seconde, sans magie, ne m’arrivera certainement pas. »

« Mettre le génie de la bouteille de son côté » est un art axial qui me semble d’un autre ordre que le narcissisme.


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19.09.2007

DIABOLUS IN MUSICA

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Avant de lire 'Chambre obscure', dont une métalolita qui m’est chère me dit qu'elle préfère, je lis en ce moment la nouvelle traduction de 'Lolita' chez folio. Nabokov s’enivre, avec une précision et une jubilation contagieuses, de mots qui semblent faits pour recouvrir le réel d’un écran d’angoisse papillonante (ou pour recouvrir l'Angoisse d'un écran de Réel).
Puis arrive cette phrase qui me paraît aussi essentielle qu’intrigante, comme un grave et subit accord tragique (le moment du commandeur chez Don Giovanni), page 242 : « Mais quelle concupiscence abjecte le lascif individu – j’ignorais son identité, mais, à bien y réfléchir, il ressemblait à mon oncle suisse, Gustave, lui aussi un grand admirateur du ‘découvert’ (en français dans le texte) – n’aurait-il pas éprouvée s’il avait su que chacun de mes nerfs était encore nimbé et oint par le contact de ce petit corps – le corps de quelque immortel démon déguisé en fillette. »
Ici est la faille, la contradiction, qui va probablement découper le narrateur en deux. Il dit être amoureux de la grâce infinie et divine de la nymphette, plutôt que des appâts vulgaires de la chair. Mais il avoue la possibilité que l’âme de cette fille soit celle d’une entité diabolique...
(À noter que cette couverture de l’édition de poche me paraît être d’un mauvais goût étonnant…)



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14.09.2007

FIAT LUXE

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Tandis que, signe des temps, le quotidien Libération publie un portrait de dernière page très premier degré du banquier David-Weill intitulé « Être riche, tout un art » (un « monsieur charmant qui sait recevoir »), Gorbatchev pose pour une pub Louis Vuitton en quatrième de couverture du magazine l’Express. L’Histoire est en marche aux dos des couvertures médiatiques...



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13.09.2007

L'IMPORTANCE D'ÊTRE CONSTANT

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Sous sa fine pellicule cynique, Wilde était un amoureux. Il a beaucoup souffert de la froideur de ceux qui ont peur d'aimer, de peur de perdre. Mais il a su préserver la grâce de ceux dont la volonté d'atteindre les plus hautes lattitudes n'assèche pas la coeur. Seul celui qui s'est trouvé ne craint plus rien. Il évolue complice du Destin et de la Volonté. Mais il souffre encore, de compassion pour les enfermements, de colère contre les égoïsmes, et d'aveuglement partiel, probablement, car nul ne saurait regarder le soleil trop longtemps.

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06.09.2007

LA RHÉTORIQUE RÉACTIVE DE M. SARKOZY

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Qu’appelle-t-on la mondialisation ? Les définitions sont multiples, de la plus érudite à la plus populaire. La moins hypocrite consisterait à dire que la « mondialisation » désigne simplement la prise de conscience par l’Occident que son rapport au reste du monde n’est non seulement plus unilatéral et dominant, mais que ce « reste du monde » n’est plus en reste d’occuper une position créditrice dans les échanges de marchandises. Dans le monde daté du 6 septembre 2007, l’actuel président de la République française est cité : « La mondialisation, si on la craint, c’est qu’on n’a pas confiance en soi. » C’est une phrase qui peut séduire. Dans l’esprit de M. Sarkozy, elle veut dire à peu près : il y a ceux qui vont au devant de la compétition, ce sont les potentiels vainqueurs. Et il y a ceux qui s’effraient de l’apparence d’accroissement de l’hybris capitaliste et veulent se sentir protégés plutôt que toujours en guerre pour assurer leur pain quotidien.
D’après M. Hubert Védrine, l’ancien ministre socialiste des affaires étrangères (1997-2001), qui vient de remettre un rapport au Président sur la température de notre psyché économique, il règne en France une « répugnance morale persistante envers l’économie de marché et son moteur, le profit ». Cette répugnance serait néfaste à la croissance et à l’épanouissement des ménages : il s’agirait d’une « méfiance stérile ». Ce qui nous intéresse ici, c’est la façon dont M. Sarkozy et M. Védrine expliquent le dit ralentissement de l’économie française par des arguments psychologisants : manque de confiance en soi, répugnance morale. Nous sommes bien là dans une vision volontariste de l’économie : « Si je veux, je peux. Si je ne peux pas, c’est qu’il faut travailler sur la confiance individuelle et les préceptes moraux. » Est-ce à dire qu’il faut mettre de côté cette soit-disant « morale » ? Où met-on la morale lorsqu’on ne s’en sert pas ? On voit bien qu’en réalité une morale ici se substitue à une autre, et le nouvel impératif que propose le pouvoir – peu nouveau en réalité – serait à peu près le suivant : « Est juste ce qui me permet d’avoir le dessus. » Une logique conquérante qui peut séduire.
Seulement cette logique conquérante ne semble pas reposer sur un élan sain, mais sur la peur. M. Sarkozy déclare en effet : « Je ne peux pas me permettre d’être sceptique, face à la mondialisation, ma posture est offensive. » Voilà le discours rhétorique du pouvoir pris en flagrant délit de contradiction : « Je ne peux pas me permettre d’être sceptique » est une posture réactive, pas une posture de réel vainqueur, ni une posture humaine (si l’on admet que l’homme est un être pensant et que la pensée commence par le scepticisme). Avec de tels discours, où le développement économique ne semble reposer que sur le sentiment d’une menace (et VOULOIR avoir confiance en soi est encore une forme de sentiment d’infériorité), comment construirait-on un monde plus juste ?
Pire, M. Védrine semble ne plus attendre de l’Europe et de l’Occident aucun sursaut moral, aucune suprématie spirituelle : il recommande d’une part à la France de se départir de son « ton arrogant » sur sa « vocation universelle », et d’autre part il écrit : « Ce n’est pas parce que les Occidentaux ont pollué massivement depuis les débuts de la révolution industrielle que les émergents peuvent en faire autant ». Une manière claire (et naïve) d’espérer que le « reste du monde » soit plus moral que ne l’a été l’Occident.
En somme, si l’on en croit MM. Sarkozy et Védrine, nous voilà bien décadents : non seulement nous devrions plonger dans le vouloir-vouloir (dans une eau trouble éclairée par le discours du profit financier) et être au mieux portés par une énergie de réactivité défensive, mais de plus nous devrions attendre du reste du monde qu’il soit plus vertueux (notamment sur l’écologie) que nous ne l’avons été, tout en rejetant pour ce qui nous concerne notre inutile « répugnance morale ».
Non, décidément, bien que la rhétorique de M. Sarkozy et consorts soit parfois aussi séduisante qu’un livre de développement personnel, ses effets sont identiques à la Cocaïne : un sentiment de surpuissance artificiel et éphémère. Ce n’est pas cette politique qui va relever durablement un pays et lui préserver sa spécificité.
Bien entendu, il n’y a pas de « guerre des civilisations ». Il y a la vie civilisée et celle qui ne l’est pas.


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COUCHES PROFONDES

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J'ai trouvé ce prospectus dans ma boîte aux lettres. La question est : ces couches permettent-elles :
- de penser moins, chaque jour ?
- de penser moins à la vie quotidienne ?
À noter que la date de validité semble limitée du mercredi 5 au samedi 15 septembre. Que faire le 16 ?

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