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06.10.2007

TRAGEDIANTE, COMEDIANTE

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Elle posa le livre qu’elle feuilletait d’un geste circulaire, comme au ralenti, sur la table du café. Il lui arrivait de se demander pourquoi la vie à Paris l’ennuyait souvent, pourquoi elle s’éclipsait rapidement, sous des prétextes improvisés et souvent mensongers, lorsqu’elle se trouvait à une table avec plusieurs personnes, voire une seule. Il lui semblait que les Parisiens manquaient désespérément de sens tragique. C’était d’après elle une fonction de l’âme que les Allemands (à lire leur philosophie) ou les Portugais (à écouter leur fado) connaissaient, mais les Français – « en général bien entendu », s’empressait-elle d’ajouter un peu gênée –, lui paraissaient parfois des animaux fatigants, qui n’arrivaient pas à prendre la beauté, la volupté, la poésie du tragique au sérieux, tandis qu’ils prenaient au sérieux les petits affects et les petits plaisirs volatiles de l’individu. Il y avait dans le sens tragique, ajoutait-elle encore, une triste joie impersonnelle que ne pouvaient approcher des êtres qui ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez, fût-il ivre d’émotions et d’impressions de jouissances narcissiques. Finalement, l’absence de sens tragique, qu’un sourire futile venait souvent masquer, était peut-être de la lâcheté. Que cachait ce besoin maladif de légèreté ?

Un ami parisien lui avait un jour répondu en souriant : « Ton soit disant sens tragique, c’est le pire des narcissismes. En réalité, tu aimerais que les gens parlent de toi. Ce que tu ressens comme tragique, c’est l’indifférence du monde à ton égard. » Elle avait souri, intérieurement navrée : si seulement les choses pouvaient être aussi simples. Mais en réalité, elle savait que ce qui était tragique, ce n’était pas l’indifférence du monde à son égard, mais son indifférence à l’égard du monde. Cette idée que les jours n’étaient que de provisoires succédanés d’une vie absolue, intense et autre. Ailleurs.

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Commentaires

c'est vrai que si tout les commentaires étaient aussi pertinents que celui de vic(e)...

Écrit par : Aline | 07.10.2007

ce n'est pas décourageant de poster des articles sans n'avoir jamais un seul commentaire??

Écrit par : vic | 07.10.2007

Les commentaires sont fermés.