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09.10.2007

CONFESSION D'UN VANDALE

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« J’avoue, ouais, c’est moi qui ai donné un coup de poing au Monet d’Orsay samedi dernier, en pleine Nuit Blanche. Ce n’était pas un acte gratuit, nan. La vérité, c’est que lorsque j’étais petit, à Noël, ma grand-mère m’offrait toujours la même boîte de chocolats de chez Casino, avec en illustration ce Pont d’Argenteuil moche. C’était mon seul cadeau de Noël, ouais. Lorsque je me suis infiltré dans le musée d’Orsay, je ne pensais pas avoir ce choc, de retrouver ce souvenir d’enfance, et surtout de trouver ça beau, merde ! Alors que je me sentais si misérable petit avec ma boîte de chocolats pour seul cadeau de Noël à la con.
Alors quand l’alarme a sonné, j’ai senti une colère monter en moi, ouais. Cette image, on ne pouvait pas m’empêcher de la savourer, ce n’était pas la propriété de l’état et des riches, avec leurs systèmes de sécurité à la con. C’est ma seule image d’enfance qui brille maintenant ! En fait, j’ai tenté de voler le Monet, mais il était trop bien attaché. J’aurais bien uriné dessus, ouais, mais il était trop haut et je n’ai pas cette habileté. Alors j’ai donné ce coup de poing, nan pas contre l’image, mais contre ceux qui prétendent la posséder, et ceux qui font du monde un musée où tout est empaillé, même l’enfance…
En rentrant chez moi, j’ai mangé une tablette de chocolat mais ce n’était pas la même chose. Je regrette. Ouais. Mais voilà, combien d’entre nous ne vandalisent pas quotidiennement les belles images de leur vie, retournant leur colère contre eux-mêmes, parce que ces images sont toujours prostituées ailleurs, dans la pub, dans les musées, dans les films ? Merde, pardon, je ne sais plus ce que je dis. Mais bon, la beauté n’appartient à personne ! L’artiste la donne au monde, comme la nature, nan ? Et si Monet est digne d’être vendu aux marchands de chocolats, alors il est digne de mon poing, parce que l’œuvre d’art unique est un mythe, et d’ailleurs il paraît que Monet a peint sept fois cette vue, alors... Les musées croient présenter l’original, ils ne présentent que des fantômes empaillés les uns à côté des autres. On se croirait au rayon surgelés de l'hypermarché. Il faudrait un musée pour chaque tableau, à la rigueur. Enfin, je ne sais pas, tout ça s’embrouille dans ma tête avec des souvenirs d'enfance, et je peux vous dire que je n'idéalise pas mon enfance, moi ! Et puis en cognant, je me suis fait mal : il n’y avait pas de chocolats à l’intérieur, bien sûr. Il n’y avait pas d’enfance, ni de filtre d’éternelle jeunesse, ni de billets de banque alors que ce tableau vaut paraît-il des millions. Juste une image. Ils n’ont qu’à exposer la boîte de chocolats maintenant ! »

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Commentaires

SANS VALEUR MARCHANDE

Le vandalisme a la saveur joyeuse
D'un instant de lucide inconscience
Au milieu des cimetières urbains
Le condamne l'aliénation propriétaire
Du haut de son mètre-étalon
Appelé justice pour faire mignon
Quand on sert l'immoralité
Existe-il un rayon justice
Dans les travées des supermarchés
De la compromission
L'oeuvre n'est que le fruit éphémère
De l'instant qui l'a fait naître
Les voleurs d'instant n'existent pas
Quel grand dommage que voilà
Pour la putain appelée justice
Qui ne peut donc créer de loi

Écrit par : gmc | 11.10.2007

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